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Société

Une hausse alarmante

Au moins un sans-abri sur deux voit sa demande de logement d’urgence refusée par manque de moyens

Des chiffres alarmants qui ne sont pourtant que la partie émergée de l’iceberg.

« Cet été, la moitié des sans-abris restés à la rue » titre un article de Libération du 31 juillet. L’article s’appuie sur le « baromètre du 115 », mis en place par la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS, qui regroupe 870 associations de lutte contre l’exclusion sociale, notamment l’Armée du Salut, Emmaüs et le Secours Catholique) depuis 2011. Ce baromètre révèle que sur la période du 10 juin au 10 juillet, 10 632 demandes de logements n’ont pas pu être prises en charge, sur les 20 845 demandes faites au 115, le numéro d’urgence des sans-abris. C’est donc bien plus en réalité qu’un sans-abri sur deux qui reste à la rue cet été, le ratio ne valant que pour les demandes de logement qui ont été faites, et qui sont bien inférieures aux contingents de sans-abris, toujours plus nombreux en France. Une hausse que le baromètre permet de mettre en évidence quand on s’intéresse aux tendances des chiffres, qui révèlent une hausse de 17% des demandes de logement d’urgence par rapport à la même période l’année dernière, mais également une hausse de 10% des personnes n’ayant jamais été hébergées parmi les demandeurs.

Une hausse alarmante, dont le détail des populations concernées met en exergue la complète démission politique en matière de lutte contre la précarité extrême, l’Etat se désengageant du peu d’aides qu’il fournissait en la matière, ajoutant à la brutalité du capitalisme la brutalité des politiques d’austérité et policières. La FAS pointe en effet une augmentation très significative de la population âgée de 18 à 24 ans parmi les demandeurs d’un logement d’urgence, qu’elle attribue en particulier aux ruptures de parcours à la sortie des services de l’aide sociale à l’enfance (ASE). Selon Florent Guéguen, « d’un département à l’autre, il n’existe pas toujours une prise en charge spécifique de ces jeunes quand ils sortent à 18 ans de l’ASE, sans ressources et sans logement ». Comment ne pas songer alors aux 300 millions d’euros de dotation aux collectivités locales que le gouvernement de Macron vient de suspendre par décret pour l’année 2017 ? Cette nouvelle coupe budgétaire qui s’ajoute à celles des précédents gouvernements aura un impact sur le tissus associatif que l’on désagrège de plus en plus et qui joue donc de moins en moins en particulier le rôle « d’amortisseur social ». C’est-à-dire, en clair, celui d’arrondir un petit peu les angles d’un système d’exploitation, mais aussi patriarcal et homophobe, en offrant des solutions de fortunes à quelques uns des jetées à la rue. Mais cette augmentation des sans-abris est aussi le résultat de la crise migratoire, que le gouvernement à le projet « ambitieux » de régler à sa manière, c’est-à-dire en améliorant ses structures visant à laisser hors de France ou reconduire aux frontières un maximum de demandeurs d’asile. Un projet tout à fait cohérent avec le traitement criminel que la police française leur fait d’ores et déjà subir sur le territoire depuis des mois, notamment par l’utilisation continuelle et massive de gaz poivre sur les personnes, les matériels de couchages, l’eau et la nourriture, de jour comme de nuit, comme le dénonce notamment un récent rapport d’Human Right Watch sur la situation à Calais ; mais aussi par les rafles quotidiennes, à Paris ou Vintimille notamment.

D’un autre côté, le nombre de logements vides a progressé de 3,5%, atteignant le nombre de 8 millions : largement de quoi loger l’ensemble des sans-abris, qu’ils soient français ou non. La réquisition de ces logements, notamment ceux détenus par les spéculateurs en région parisienne, est une mesure plus que jamais nécessaire.

Crédit photo : Nelson Minar




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