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Politique

Prison avec sursis pour les étudiants mobilisés

Besançon : pendant que Benalla fait le 20h, la répression judiciaire s’abat sur des étudiants

La récente décision du tribunal correctionnel de Besançon, à l’encontre d’un groupe d’étudiants nous rappelle fort à propos que la répression judiciaire, même si elle prend les formes acceptables d'une Justice prétendument impartiale, est tout aussi violentes que le tabassage qui choque en ce moment l’opinion publique. Sept étudiants ont en effet été condamnés à des peines de 3 à 5 mois de prison avec sursis pour avoir envahi le Conseil d’Administration de l’Université de Franche-Comté en opposition à la sélection en master.

Le 14 février 2017, 19 étudiants de la Faculté de Lettres de Besançon, militants notamment à l’AMEB Solidaires Etudiant.e.s, envahissaient le Conseil d’Administration de l’Université de Franche-Comté pour empêcher que soit votée en catimini la sélection en master et demander la tenue d’une réunion publique autour de cette décision. L’Université avait alors appelé la police pour réprimer violemment les étudiants, plaqués au sol, menottés et emmenés en garde à vue.

A la suite des événements, l’Université avait publié un communiqué qui fait état de prétendus faits de violence et d’intimidation lors de l’action des étudiants, qui auraient « séquestré » les administrateurs, ce qui justifiait d’en avoir appelé aux forces de l’ordre. Ce récit, pourtant démenti par certaines personnes présentes lors du Conseil d’Administration et par les étudiants eux-mêmes, donnera lieu à l’ouverture d’une enquête préliminaire pour divers chefs d’inculpation : « séquestration », « rébellion » et « violences volontaires ». La procureure, Edwige Roux-Morizot avait rapidement affiché sa détermination à faire condamner les étudiants en les qualifiant de « terroristes ».

Par la suite, une partie des 19 étudiants avaient été convoquée devant la justice le 8 mars. Si 11 d’entre eux avaient alors accepté un stage de citoyenneté payant comme alternative aux poursuites judiciaires, 7 avaient refusé et été renvoyé en correctionnel. La décision de la justice les concernant est tombé le 27 juillet, et elle s’avère particulièrement lourde pour des faits qui n’ont pas été commis.

Ainsi, comme le rapporte France 3 Bourgogne Franche-Comté, si 3 étudiants ont été relaxés, un étudiant a été condamné « à 3 mois de prison avec sursis pour séquestration », un autre à « 4 mois de prison avec sursis pour rébellion et séquestration », enfin 2 étudiants ont été condamné à « 5 et 3 mois avec sursis pour rébellion, violence à l’encontre de policiers et séquestration » auxquels s’ajoutent des dommages et intérêts. Des peines particulièrement lourdes alors même que de nombreux témoignages et vidéos montrent des étudiants pacifiques, simplement déterminés à s’opposer à la sélection.

Dans un communiqué unitaire, Sud Education, CGT, la FSU et le NPA ont témoigné de leur indignation, mettant en perspective la lourdeur des sanctions avec l’impunité dont jouit encore aujourd’hui Alexandre Benalla. L’accroissement de la répression contre les militants semble en effet aller de pair avec le maintien d’une impunité pour ceux qui, légalement ou illégalement, sont chargés par l’Etat de faire taire la contestation. Nous relayons ci-dessous le communiqué :

"Le verdict est tombé ; les masques aussi !

Les membres du comité de soutien éprouvent un profond dégoût, une complète incompréhension et une vive indignation à l’énoncé du verdict ayant frappé, ce vendredi 27 juillet, une partie des 19 étudiant-es de la “Saint Valentin “ bisontine.

* Dégoût tout d’abord, car il faut rappeler de quoi se sont rendus “coupables” ces militant-es pour mériter de telles peines :
Ils et elles ont occupé, le 14 février 2017, le Conseil d’Administration de LEUR université pour lire un texte dénonçant les conditions de mise en application de la sélection en master et demandant son report avec tenue de réunions pour informer étudiants et enseignants.
* Incompréhension face à l’amplitude des peines infligées à ces 19 militant-es qui ont toujours revendiqué une action commune, menée pacifiquement ensemble : de 3 à 5 mois de prison avec sursis, assortis d’amendes variables.
* Indignation quand on comprend que les plus lourdes peines frappent ceux qui ont un engagement syndical ou politique.
Le comité de soutien est déterminé à rester aux côtés de ces étudiants injustement réprimés pour leur apporter tout son soutien dans cette affaire qui tourne très clairement au procès politique, le pouvoir, d’une façon de plus en plus décomplexée et brutale, cherchant à annihiler systématiquement toute forme de contestation sociale.

Nos organisations demandent à l’équipe présidentielle de l’UFC de revenir sur ses déclarations, en raison même de la situation intolérable que son comportement totalement inadapté et malveillant a engendrée :
- démentir publiquement ses accusations diffamatoires et fallacieuses
- reconnaître l’aspect politique et syndical de l’occupation du CA

Quand on compare les 15 jours de suspension dont a écopé le très proche collaborateur du chef de l’Elysée, filmé le 1er mai en pleine scène d’agression de manifestants, avec les poursuites pénales engagées et les peines prononcées à l’encontre de ces militants étudiants, ces vers de La Fontaine viennent spontanément à l’esprit :
Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.
Le comité de soutien invite tous les personnels, parents et étudiants à se mobiliser dès la rentrée universitaire pour lutter contre cette flagrante injustice.
Laisserons-nous le silence des tongs couvrir le bruit des bottes ?
Nous envisageons toutes les réponses, y compris juridiques, pour obtenir que justice soit faite et les peines abandonnées.
"




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