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Politique

Une nomination qui en dit long sur l’après-législatives

Blanquer. Un ministre de l’Education… très à droite

Elle est où la société civile ? Macron et Philippe veulent nous vendre l’histoire qu’un certain nombre de ministres ne seraient pas des professionnels de la politique, parmi lesquels la presse a tendance à classer Jean-Michel Blanquer, nouveau ministre de l’Education. Si ce n’est pas un professionnel de la politique, c’est en tout cas un professionnel de la droite.

Crédits photos : Vincent Isore IP3 Press/MAXPPP

Celui qui va prendre ses fonctions rue de Grenelle siégeait jusqu’il y a hier à la tête de l’ESSEC, l’une des écoles de management française dans laquelle sont formés une bonne partie des patrons et DRH de l’Hexagone et d’ailleurs. Mais l’essentiel, dans un sens, est ailleurs également. Blanquer, en effet, n’est pas un petit nouveau à l’Education. C’est, au contraire, un fin connaisseur de ce ministère et de ses rouages et un fidèle exécutant de la politique anti-enseignant-e-s et personnels qui est montée en puissance sous Sarkozy.

Monsieur le Recteur de Cayenne

Il carrière connaît un tournant en 2004, lorsqu’il est nommé recteur de l’Académie de Guyane. C’est l’époque Villepin. Si l’on a en tête l’état de l’éducation dans ce qui, officiellement, est un département français comme un autre, où le manque de moyens humains et en infrastructutres est criant, comme l’a mis en avant la longue grève générale du mois d’avtril, on imagine que Blanquer a fait du bon boulot.

A la manœuvre dans l’Académie de Créteil en bon soldat de la Sarkozye

De Cayenne il est nommé, dans un second temps, à la tête de l’Académie de Créteil, l’une des principales au niveau de l’Hexagone, absolument centrale par les dossiers qui doivent y être traités et à cheval sur plusieurs départements, certains comptant parmi les plus pauvres, comme la Seine-Saint-Denis, et où les besoins sont les plus criants. Nous sommes alors sous Sarkozy et le mot d’ordre, c’est de procéder à coups de hache : c’est l’époque du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, ce qui implique la suppression de 80.000 postes d’enseignants au niveau de l’Education, l’époque de la liquidation des statuts des personnels non-enseignants qui passent sous la coupe des départements et des régions, mais aussi celle du gel du point d’indice.

Mais Blanquer ne procède pas classiquement. Pour faire passer la pillule, il multiplie les effets d’annonce que l’on retrouve dans le programme et Macron aujourd’hui et propose des dispositifs expérimentaux, vendus comme une série d’expériences pédagogiques innovantes, qui séduisent parfois des équipes enseignantes marquées à gauche, que tout devrait séparer de Blanquer, mais en recherche de supports nouveaux : c’est le développement des « micro-lycées », pour les élèves décrocheurs, de la « mallette des parents » et du « cartable numérique », pour « faire entrer tous les élèves dans l’ère du 2.0 », celui des « internats d’excellence », pour permettre aux « é lèves méritants issus des classes populaires de poursuivre une scolarité brillante », ainsi que des passerelles Sciences-Po-Education prioritaire, pour draîner vers la Rue Saint-Guillaume des profils de jeunes que l’IEP est incapable de recruter en général, se contentant d’assurer sa tâche de reproduction des élites. Mais tout cela s’accompagne également d’une intromission croissante du monde de l’entreprise dans le scolaire, avec la « Fondation pour l’Egalité des chances », financée par Coca-Cola, Airbus, Total, Véolia, Sodexo et HSBC. Blanquer surfe sur deux idées phare, vieilles comme la droite : le paternalisme condescendant à l’égard des secteurs populaires tout en restant droit dans ses bottes pour appliquer l’austérité avec une dose « d’innovation ».

Fort de son expérience « d’Hyper-recteur de Créteil », Luc Chatel, ancien DRH de L’Oréal nommé à la tête du ministère de l’Education, le nomme Degesco (Directeur Général de l’Enseignement Scolaire », à savoir numéro 2 de la rue de Grenelle. C’est là que Blanquer exerce entre 2009 et 2012, en bon petit-soldat de la Sarkozye. Mais l’homme est un « serviteur de l’Etat » (bourgeois, cela va sans dire), et lorsque Hollande arrive à l’Elysée et que Peillon est nommé à l’Education, c’est Blanquer qui reste en poste de façon à piloter la rentrée scolaire : tout un symbole.

Une autre expérience de dynamitage des Républicains mais pas seulement

C’est sur ce plan-là, notamment, que sa nomination par Macron en dit long. Indépendamment de son degré d’implication dans la rédaction du « volet éducation » du programme du candidat d’En Marche ou de François Fillon, Blanquer est surtout un intime et un fidélissime de François Baroin. Ils ont partagé la même scolarité chez les jésuites et Blanquer est extrêmement proche de celui qui, aujourd’hui, mène la campagne LR aux législatives.

On ne saurait imaginer que « l’ami de 50 ans » ait accepté ce poste à l’Education sans en référer à Baroin, pas plus que cette nomination fasse abstraction des questions organisationnelles absolument centrales auxquelles Macron doit faire face : il faut non seulement que son ministre soit en mesure d’organiser le bac, dans un peu plus d’un mois maintenant, à savoir après le second tour des législatives, mais également qu’il puisse orchestrer la rentrée de septembre, un moment qui pourrait s’avérer extrêmement délicat alors que Macron, compte « réformer » très vite.

Avec Blanquer, c’est bien ce « grand accord national » qui se dessine, et qui fait fi des petits sketchs de campagne auxquels à droite comme au centre et à gauche tout le monde se plie. Avec Blanquer, Macron continue, comme avec Philippe, de « dynamiter » la droite, cette fois-ci non plus avec l’accord de Juppé mais avec l’aval d’une partie de la sarkozye en déshérence qui se retrouve sans chef et sans parti, LR étant noyauté, selon eux, par les peu fréquentables « Sens Commun » et par la « droite forte ».

C’est donc également et surtout un « grand accord » pour matraquer qui se dessine, avec, dans le cas de l’Education, l’objectif de finir de casser les statuts et de remettre en cause fortement le cadre national de l’Education par le biais de l’autonomie des établissements, le tout accompagné d’un discours sur « l’égalité des chances » et la « réduction des effectifs dans les zones prioritaires ». Du vent ou, au mieux, une carotte, pour mieux faire passer les coups de bâton.




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