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Politique

Corruption et trafic d’influence

Bolloré en garde à vue, rattrapé par ses magouilles en Françafrique

Vincent Bolloré, milliardaire naviguant en eaux troubles pour de sombres affaires de corruption, vient d’être placé en garde à vue pour l’obtention de concessions portuaires au Togo et en Guinée.

Crédits photo : CELLOU DIALLO / AFP

Mardi 24 avril, Vincent Bolloré – patron-voyou qui n’est plus à présenter – a été placé en garde à vue, ainsi que le directeur général de la filiale Bolloré Africa Logistics, Gilles Alix, et Jean-Philippe Dorent, responsable du pôle international de Havas, une autre filiale Bolloré. La cause : soupçons de corruption et de trafic d’influence.

Ce n’est plus à prouver, les patrons sont les plus grands des voyous, la machine était bien huilée. Havas est une filiale de communication de Bolloré, qui est présent dans de très nombreux secteurs d’activité, dont les transports et les médias. La filiale Havas aurait servi aux dirigeants du groupe pour aider des dirigeants africains à accéder au pouvoir : Alpha Condé en Guinée et Faure Gnassingbé eu Togo. Des présidents aux élections par ailleurs douteuses et à la politique anti-sociale particulièrement contestée.

En échange de services sous-facturés (missions de conseil, communication…), Vincent Bolloré et ses sbires entendaient récupérer de juteux contrats. Ainsi, en 2011, Alpha Condé, président guinéen nouvellement élu, envoie les gendarmes déloger le concessionnaire d’alors du port de Conokry, la capitale. Il s’agissait de l’entreprise française Necotrans, et le prétexte était que « les investissements promis n’ont pas été réalisés et le personnel local n’a pas été formé ». C’est alors la filiale Bolloré Africa Logistics qui récupère le marché.

Au Togo, deux ans auparavant, le scénario est identique. Le président Gnassingbé retire au patron Dupuydauby la concession portuaire de Lomé, la capitale, au profit de Bolloré. Des pays qui ne sont pas dus au hasard quand on sait que le milliardaire fait un quart de son chiffre d’affaires en Afrique. Chiffre d’affaires qui a atteint les 18,3 milliards en 2017.

Ce placement en garde à vue, qui pourrait déboucher sur une mise en examen, intervient alors que l’affaire traîne depuis des années. Il y a plusieurs mois déjà, Dorent, dirigeant de Havas également placé en examen ce mardi, avait déclaré sans honte au Monde : « C’est un fantasme que de penser qu’un coup de main à la campagne d’un candidat à la présidentielle qui faisait figure d’outsider comme Alpha Condé permettrait l’obtention d’un port ».

Pour sa part, l’avocat de Bolloré déclarait il y a deux semaines que « face à une concurrence exacerbée, c’est la seule expérience du groupe Bolloré, son réseau industriel, son expertise portuaire depuis plus de 30 ans, sa position de leader sur le continent africain et les investissements très importants qu’il y réalise (plus de 2 milliards d’euros sur les huit dernières années) […] qui lui permet de se voir attribuer, seul ou en partenariat, des concessions portuaires ». Une concurrence qui s’exprime donc à coup d’intervention des forces de répression sur les chantiers, au détriment des travailleurs qui ne sont pour Bolloré et consorts qu’une variable d’ajustement, que de la chair à patrons.

Par ailleurs, il est certain que les milliards de Vincent Bolloré lui permettront de sortir sans encombre de cette énième affaire de corruption au sommet, à l’instar d’un Sarkozy qui avait pu rentrer dormir chez lui au cours de sa garde à vue. La justice a toujours été au service des classes dominantes, et ce n’est pas l’exposition au grand jour des magouilles françafricaines de Bolloré qui changeront la donne.

Mais ce que cette affaire dévoile par-dessus tout, c’est l’emprise des entreprises occidentales – en particulier des dirigeants et du patronat français – sur de nombreux pays d’Afrique, qui, mettent au pouvoir des corrompus prêt à vendre les ressources de leurs pays pour leurs propres intérêts. Les habitants vivent toujours dans la misère tandis que les entreprises étrangères s’enrichissent toujours plus.

Malgré ce qu’avait pu déclarer Macron au Burkina Faso, la Françafrique est toujours d’actualité. C’est d’ailleurs au cours de ce discours que ce dernier avait dévoilé nettement le visage impérialiste, colonialiste de l’État français, en interpellant le président burkinabé, Kabore, avec cette phrase : « Du coup il s’en va. Reste là ! […] Du coup, il est parti réparer la climatisation ».




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