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Brésil : les 16 manœuvres putschistes pour manipuler les élections

De fin août au premier tour des élections, les institutions du système (pouvoir judiciaire, médias et Forces Armées), ont utilisé différents moyens pour appuyer le coup d’Etat institutionnel ayant destitué l’ex-présidente Dilma Roussef. Ces pratiques visant à empêcher la population de voter pour qui elle le souhaite, favorisent le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Depuis le coup d’Etat institutionnel de 2016, des ailes du pouvoir Judiciaire s’organisent pour garantir un plan d’attaques et intervenir dans le processus électoral brésilien de manière autoritaire, afin d’empêcher la population d’exercer son droit le plus élémentaire : voter pour qui elle veut. L’exemple le plus criant est celui de l’ex-président Lula, qui bien qu’incarcéré était en tête des sondages avant de voir sa candidature invalidée de manière arbitraire. Ces actions visent à favoriser le candidat d’extrême droite, Bolsonaro, avec qui ils peuvent mener des attaques plus dures envers les travailleurs.

Bolsonaro et son candidat à la vice-présidence, le général de l’Armée Hamilton Mourao, représentent les désirs esclavagistes de la classe dominante face à la classe des travailleurs. Le candidat xénophobe, homophobe et sexiste a voté contre les travailleurs pendant toute sa vie parlementaire alors que Mourao défend la fin des droits des travailleurs et, clin d’œil aux entreprises, critique le 13e mois de salaire. Ces défenseurs des tortionnaires de la dictature détestent les femmes, les noirs, les indiens, les LGBTs et les travailleurs. Les églises évangélistes, l’agrobusiness et les pro-armes reposent fondent leurs espoirs d’une réforme sanglante contre les travailleurs sur une victoire de Bolsonaro, qui a, par ailleurs, le soutien des secteurs de la finance et des marchés.

Nous énumérons ci-dessous les 16 manœuvres putschistes mises en place afin de manipuler les élections :

1. Le 25 août, le Tribunal Supérieur Electoral a refusé arbitrairement que les chaînes télé incluent dans leurs programmes des informations sur le programme de campagne de la coalition du PT.

2. Le 31 août, la juge responsable du dossier Lula, Carolina Lebbos, a ordonné à la parlementaire Gleisi Hoffmann, actuelle présidente du PT, de cesser d’agir en tant qu’avocate de Lula. Cette décision absurde et autoritaire a été justifiée par la loi qui interdit aux parlementaires d’exercer la fonction d’avocat dans les cas d’entreprises mixtes, telles que Petrobras. Le but était d’isoler Lula dans la prison de Curitiba, puisqu’il a aussi été empêché de recevoir des invités.

3. Le même jour, Le Tribunal Supérieur Electoral a apposé son veto (6 voix contre 1), à la participation de Lula aux élections. Cette mesure autoritaire qui a entériné les derniers vestiges de souveraineté populaire. Elle a empêché la population de voter pour qui elle veut, en l’occurrence le candidat réformiste Lula, qui avait 40% des intentions de vote et aurait vraisemblablement été élu dès le premier tour.

Cela s’est produit un jour après que le pouvoir judiciaire ait approuvé la sous-traitance sans restriction et perçu une augmentation de 5 500 R $ (environ 2200€) de leurs salaires déjà mirobolants. Ce qui montre qu’il n’y a pas de limite aux avantages et bénéfices financiers des politiciens hauts placés au sommet du pouvoir Judiciaire. Ceux-ci touchaient déjà un salaire d’environ R$36 mil (8000€) avant l’ajustement salarial, pendant que 28 millions de brésiliens sont au chômage.

4. Le 3 septembre, le ministre Sérgio Banhos, du Tribunal Supérieur Electoral (TSE), a décidé de suspendre les apparitions télévisées de la coalition "O povo feliz de novo" (PT (Parti des Travailleurs) /PC do B (Parti Communiste du Brésil) /Pros (Parti Républicain de l’ordre)) ayant une opposition au véto arbitraire de la justice putschiste.

5. Le 9 septembre, le commandant des Forces Armées, Eduardo Villas Boas, a été interviewé par le journal de droite Estadao. Toujours aussi soumis aux "intrusions dans la souveraineté nationale" par les institutions impérialistes, le courageux Villas Boas a déclaré cette fois au Comité des Nations Unies favorable à Lula qu’il s’agissait "d’une tentative d’envahir la souveraineté nationale". Villas Boas a ainsi affirmé que la légitimité du nouveau gouvernement peut même être questionnée après que Bolsonaro ait été poignardé, en montrant tout l’estime que le réactionnaire club des militaires a pour la candidature de Bolsonaro.

Villas Boas était déjà intervenu en faveur de la poursuite du coup d’Etat institutionnel le jour précédent le jugement de l’habeas corpus de Lula au TSE, le 4 avril, en faisant pression pour que le TSE n’accepte pas l’habeas corpus, pour qu’il libère le juge Sérgio Moro (responsable de la persécution politique de Lula) et enfin, que le Tribunal Régional Fédéral de la 4e région emprisonne Lula arbitrairement.

6. Le 10 septembre, la présidente du Tribunal Supérieur Electoral (TSE), Rosa Weber, a nié la prolongation du délai pour que le PT substitue le nom de Lula dans la liste des candidats à l’élection. N’importe quel parti avait le droit de changer son candidat jusqu’au 17 septembre, mais ce droit minimum n’a pas été accordé au Parti des Travailleurs, ce qui montre clairement une persécution politique.

7. Le 11 septembre, quand le véto à la candidature de Lula a été scellé par le TSE, la procureure générale Raquel Dodge a décidé de clôturer une des enquêtes qui touchait le politicien du Parti de la social-démocratie Brésilienne (PSDB) Aécio Neves.

8. Le 15 septembre, le TSE a nié la demande de défense de Lula pour qu’il puisse enregistrer des vidéos et des audios de la prison en soutien à la candidature de son successeur Haddad.

9. Deux jours après, le 17 septembre, dans la continuité de l’autoritarisme et du bonapartisme présents, le ministre substitut du TSE, Carlos Horbach, a ordonné que Facebook supprime 4 publications dans lesquelles le PT promouvait Lula. La demande avait été faite par l’équipe de la campagne de Bolsonaro, candidat du Parti Social Libéral (PSL)

10. Le 18 septembre, le TSE a accepté la demande de coalition de Bolsonaro et a décrété le retrait de la propagande électorale du PT dans laquelle avait été lue une lettre de Lula à son candidat. Cette demande était une tentative évidente d’agir sur la capacité de transfert de voix de l’ex-président.

11. Le 21 septembre, le TSE a autorisé à ce que plus de 1 400 candidats interdits par la loi Ficha Limpa (loi du casier vierge) de participer aux élections, y participent quand même pour les élections de 2018. Cela même alors que le même TSE ait apposé son veto à la candidature de Lula.

12. Le 26 septembre il a été annoncé que le pouvoir judiciaire putschiste éliminait plus de 3,6 millions de titres de électeurs au Brésil. Parmi lesquels, 1,5 millions correspondait à des titres de la région Nord-Est, région avec le plus d’intentions de vote pour le PT. Il s’agit d’une nouvelle mesure afin de favoriser le candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro. Ces titres ont été invalidés par le fait que ses électeurs n’avaient pas fait l’authentification biométrique, ce qui est absurde puisqu’il était décidé de manière arbitraire quelles régions auraient les titres invalidés en raison de l’absence de registre biométrique, affectant plus centralement la région Nord-Ouest dans laquelle l’intention de voix de Bolsonaro est très faible et celle d’Haddad élevée.

13. Le 28 septembre, le ministre du TSE, Luiz Fux, a suspendu une injonction provisoire accordée par le ministre Ricardo Lewandowski et a interdit Lula de donner une interview au journal Folha de Sao Paulo, depuis la prison. En plus, il a déterminé une censure préalable au journal et à n’importe quel autre média qui voulait interviewer Lula, ce qui n’avait pas été fait depuis la dictature militaire au Brésil. Fux non seulement a censuré la presse, mais a violé les propres dispositifs de la constitution bourgeoise qui garantit la libre expression.

14. Le 1er octobre, le juge Sérgio Moro a violé la clause de confidentialité de la délation de Palocci, qui cherchait dénoncer Lula pour corruption : une fuite qui avait pour but de favoriser Bolsonaro dans la semaine qui précède les élections. La violation de la clause de confidentialité de Palocci, qui avait déjà été rejetée par le Ministère Public Fédéral en raison de l’absence de preuves, est la manière la plus grotesque d’intervenir dans les élections de la part de Sergio Moro et de l’opération pro-impérialiste Lava Jato.

15. Dans une nouvelle démonstration de l’avancée autoritaire de la justice brésilienne, le séance plénière du Tribunal Régional Electoral de l’état Paraná a nié à Lula le droit constitutionnel de pouvoir voter, même incarcéré.

16. Le 4 octobre, soit 3 jours avant le premier tour, le parquet fédéral a présenté des allégations sans preuve qui impliquent l’Institut Lula et un appartement à Sao Bernardo do Campo. Les procureurs de l’opération Lava Jato demandent une nouvelle condamnation de Lula, de manière toujours arbitraire et autoritaire.


Une assemblée constituante libre et souveraine

Cette série de mesures arbitraires infondées, qui est compilée en un seul mois, montre un régime qui fabrique d’innombrables manœuvres et manipulations, qui vont au-delà de sa propre constitution pour favoriser l’extrême droite personnifiée par Bolsonaro. L’objectif est de garantir des attaques beaucoup plus agressives que ce que le PT promet en proposant un pacte avec la droite putschste du PSDB, avec le MDB, et en s’engageant en faveur des réformes et du marché.

Aucune lutte contre l’extrême droite infâme représentée par Bolsonaro ou l’autoritarisme judiciaire soutenu par le Haut Commandement des Forces Armées, ne peut être menée de pair avec le capital financier et les putschistes. Nous ne pouvons pas vaincre l’extrême droite haineuse par le vote, comme l’entend le PT, mais par la lutte des classes.

Le seul moyen de continuer à se battre contre le coup d’Etat institutionnel, l’autoritarisme judiciaire et l’alliance que le PT offre aux putschistes et aux marchés est d’exiger une assemblée constituante libre et souveraine.

Une assemblée dans laquelle les brésiliens peuvent voter pour le non-paiement de la dette publique ; pour la ré-étatisation sous la gestion des travailleurs et le contrôle populaire de toutes les grandes entreprises stratégiques comme la Petrobras (entreprise d’Etat de recherche, d’extraction, raffinage et exportation de pétrole), l’Eletrobras (entreprise de production, distribution, et la fourniture d’électricité), des services d’eau et de transport dont les offres publiques soient transparentes et contrôlées par la population ; pour l’annulation des tous les lois réactionnaires adoptées par les gouvernements antérieurs et pour l’approbation de l’avortement légal, sûr et gratuit ; pour l’élection par voix directe de tous les juges et politiciens, qui gagneraient le salaire d’un professeur et seraient révocables en cas de trahison du mandat populaire. Que tous les cas de corruption soient jugés par un jury populaire, tout comme l’abolition du sénat et l’unification dans une chambre unique des pouvoirs législatif et exécutif.

Ce serait une expérience qui ferait progresser la conscience de la nécessité de lutter pour un gouvernement des travailleurs qui rompe avec le capitalisme, qui exproprie la bourgeoisie et socialise les moyens de production sous le contrôle démocratique des travailleurs eux-mêmes, ce qui est la perspective stratégique pour laquelle nous combattons en tant que socialistes révolutionnaires.




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