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Monde

Après l'accord avec l'UE

Brexit. Des démissions à la chaîne qui menacent de faire imploser le gouvernement britannique

Deux et demi après le vote britannique pour quitter l'Union Européenne, Theresa May est parvenue à un accord qui a été accepté par son gouvernement et les négociateurs de l'Union Européenne. Cependant, expression de la division au sein du parti conservateur, de nombreux ministres ont posé ce matin leur démission pour protester contre cet accord, ouvrant une crise au sein du gouvernement alors que Theresa May doit encore faire ratifier l'accord au parlement. Plus que jamais fragilisée, une crise majeure s'ouvre avec un gouvernement qui menace d'imploser et provoquer des élections anticipées.

Crédits photo : Sky News

Après des mois de tractation : un accord qui ne convainc personne

Une hémorragie gouvernementale

A peine Theresa May est-elle parvenue un accord avec les négociateurs de l’Union Européenne que le lendemain elle fait face à des démissions en série au sein de son gouvernement. Une réelle hémorragie qui ouvre une crise majeur : Shailesh Vara, secrétaire d’Etat à l’Irlande du Nord, puis Dominic Raab, ministre en charge du Brexit, et enfin Esther McVey, secrétaire d’Etat au Travail et aux Retraites, ont remis leur démission pour protester contre l’accord trouvé avec l’Union européenne. Dans la foulée, Suelle Braverman, sous-secrétaire d’Etat chargée du Brexit, quittait à son tour le gouvernement.

La frontière avec l’Irlande du Nord : sujet de la discorde

Le Brexit a réveillé une question hautement inflammable au Royaume-Uni : celle du rétablissement de frontières en Irlande du Nord. En effet, historiquement les accords du Vendredi saint de 1998, qui ont mis fin à plusieurs décennies de guerres civiles, ont aboli les frontières en Irlande du Nord. Le problème est cependant rouvert avec le Brexit : puisque le Royaume-Uni quitte l’Union européenne alors que de son coté la République d’Irlande entend y rester, une frontière doit en théorie être rétablie entre les deux pays.

Aussi, pour éviter de raviver de douloureux différends politiques et historiques, l’UE souhaite que l’Irlande du Nord soit maintenue dans l’union douanière et le marché unique jusqu’à ce qu’un nouvel accord commercial soit conclu entre l’UE et le Royaume-Uni.

Dans ce sens, une solution temporaire a été trouvée : Michel Barnier, négociateur de l’Union Européenne, a proposé un "filet de sécurité" qui vise à maintenir l’Irlande du Nord dans le marché unique de façon temporaire tout en maintenant le reste du Royaume-Uni, dans l’attente de trouver un accord définitif

Or c’est justement cet accord qui n’a convaincu personne et provoqué la saignée gouvernementale . La question d’un traitement préférentiel de l’Irlande du Nord a provoqué d’une part les ires des unionistes en Irlande du Nord (en faveur de l’unité de l’Irlande), et d’autre part celle des conservateurs britanniques qui considèrent cela comme une perte de souveraineté. Quant au maintien du Royaume-Uni dans l’union douanière, les hard brexiters y voient une « trahison » inacceptable du Brexit.

Avec cette crise gouvernementale qui s’ouvre suite aux démissions en série, le gouvernement britannique, et toute la classe dominante britannique, entrent en terre inconnue. En effet, malgré l’accord trouvé par Theresa May avec les négociateurs de l’UE, celui-ci doit être ratifié par les députés au Parlement – un risque majeur pour le gouvernement qui ne dispose que d’une courte majorité.

Une crise majeure qui plonge le gouvernement et la classe dominante britanniques en terre inconnue

Le risque d’un vote de défiance des parlementaires contre Theresa May

En effet, Theresa May ne dispose que d’une courte majorité au parlement, et le risque de rébellion au sein de son gouvernement pourrait entrainer un refus de l’accord et une chute de Theresa May. Car pour le moment, le gouvernement conservateur ne dispose que d’une courte majorité grâce aux voix du PUD, Parti unioniste démocrate irlandais, opposé au rétablissement d’une frontière en Irlande du Nord. Ce parti entend maintenir la pression sur Theresa May jusqu’au bout pour obtenir un accord avantageux.

En résumé, comme l’écrit le Financial Times : « La question cruciale est maintenant de savoir si l’accord de Mme May sera accepté par les députés. Elle fait face à une large coalition qui fait la queue pour la rejeter : des Brexiters purs et durs comme Boris Johnson aux Remainers concernés, dont son frère Jo. Les députés doivent examiner attentivement l’accord de retrait, d’une longueur de plus de 400 pages, ainsi que les engagements lâches concernant les relations futures. En fin de compte, ils devront réfléchir à la voie à suivre dans l’intérêt national : non seulement l’avenir économique de la Grande-Bretagne, mais aussi sa réputation internationale et sa stabilité politique. »

L’avenir de Theresa May à la tete du gouvernement est suspendu au vote des députés. Un rejet pourrait entrainer sa chute et précipiter toute la classe dominante britannique en terre inconnue , plus de deux ans après un le vote sur le Brexit. Le risque d’un « no-deal », d’une sortie sans accord devient de plus en plus probable, ce qui préoccupe particulièrement la bourgeoisie britannique.

Le risque d’un no-deal inquiète la bourgeoisie britannique

Certaines franges de la classe dominante britannique, effrayées par un no-deal, ont récemment appelé à un second référendum. Même si ces appels restent pour le moment lettre morte, il s’agit plus un moyen de faire pression sur Theresa May que de rejouer la partie.

La situation commence en effet à sérieusement préoccuper la classe dominante britannique, confrontée à l’affaiblissement de son rôle géopolitique et une sortie chaotique de l’Union Européenne. Comme l’écrit le Financial Times : « Le projet d’accord brise les illusions au sujet de Brexit : l’idée d’une rupture nette et rapide avec l’UE, l’idée qu’un nouvel accord commercial avec l’UE serait simple et réalisable d’ici la fin de 2019, et la vision panglossienne selon laquelle il ne pourrait y avoir que du bon dans une nouvelle relation, quoique indéfinie. »

Avec cette crise majeure ouverte au gouvernement, c’est une période accrue d’incertitude qui s’ouvre, non seulement pour le Royaume-Uni, mais pour l’Union Européenne au moment où Merkel connait son crépuscule et l’Italie est engagée dans une lutte avec Bruxelles.




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