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Premiers recours de justice contre Céacom, plateforme téléphonique filiale du groupe Arvato

Ceacom au Havre : 58 travailleuses déterminées face à un patron voyou

Publié le 26 septembre 2016

Mercredi 28 se joue la première étape procédurale d’une affaire mettant en cause l’entreprise Céacom. Elles sont une soixantaine de travailleuses de la plateforme téléphonique à porter un recours contre Céacom filiale du groupe Arvato. En cause, le paiement de leurs pauses que l’entreprise leur doit depuis des années.

Maryline Dujardin

Cela fait des années qu’elles attendent que leurs heures de pause leur soient payées. Cela représente de petites sommes, mais pour ces travailleuses mal payées c’est déjà beaucoup. Le patron, non content de les avoir arnaquées en utilisant une autre convention que celle qui devait s’appliquer à leur statut, continue son jeu de chantage en ne fournissant pas les éléments qui pourraient leur permettre cette réparation.

À la suite de nombreuses luttes, les travailleuses, dont la grève était et est encore menée par la CGT, avaient réussi à arracher le simple fait d’être rattaché à la convention collective à laquelle elles devaient naturellement être rattachées : celle des prestataires de services. Dans un fin calcul fait avant ces luttes, la société appliquait la convention des bureaux d’étude, qui est une des plus pauvres de France et une de celles qui offrent le moins de droits et de garanties pour les salariés. Le conseil des prud’hommes a été saisi après de nombreuses discussions infructueuses.
Nicolas Capron, leur avocat, s’exprime sur le sujet auprès des travailleuses : « J’estime que vous avez subi un préjudice dans la mesure où l’employeur n’employait pas la bonne convention collective, et a choisi d’appliquer dans son entreprise une convention collective volontairement moins favorable que celle qui était censée être appliquée. Après, on peut se targuer d’avoir des centres d’appels en France, mais à quel prix ? Au prix où on ne rémunère pas les salariés en ne les payant pas au montant qui est prévu par la convention collective, parce qu’on ne l’applique pas volontairement. »

Fin calcul donc du patronat qui, en plus de licencier, d’établir des conditions de travail écœurantes, de précariser l’emploi en n’embauchant plus que des CDD et des intérims, réfléchissait même à quelle convention collective il était possible de détourner pour payer au rabais ses employés. Une démonstration définitive du mépris qu’il accorde à ses employés. Ce qu’il n’avait pas calculé en revanche, c’est qu’elles allaient s’en rendre compte et se battre encore jusqu’à aujourd’hui pour faire valoir leurs droits.

Durant les années 2012-2013, pendant ces luttes contre des conditions de travail pour le moins difficiles, a émergé chez Céacom tout un groupe de travailleuses qui pour certaines se sont politisées et même syndiquées, et qui aujourd’hui ont une conscience aiguisée de la nature du patronat. Ce sont ces femmes qu’on a pu croiser à toutes les manifestations du printemps dernier contre la loi Travail et encore aujourd’hui sur les piquets de grève en soutien aux postiers.

Céacom, qui est une filiale du groupe Arvato, comprend aujourd’hui une dizaine de filiales, exploitant chacune des travailleurs de façon isolée et abusive. Les clients de ce groupe ? Le groupe Canal, Edf, SFR, Orange. Duacom, l’entreprise-sœur de Céacom, est d’ailleurs aujourd’hui sous la menace de licenciements.
Le patronat a bien organisé son plan en créant des filiales aux noms différents, en divisant ces travailleuses de plateforme téléphonique et en permettant par le biais de ces filiales de faire des attaques ciblées et isolées. Ce que le système capitaliste permet aujourd’hui, c’est un morcellement d’une classe de travailleuses qui vivent les même offensives mais qui ne peuvent pas se rebeller ensemble par cette répartition en filiales. Aujourd’hui, lutter contre Céacom pour récupérer des heures de pause non payées, c’est relever la tête face à un patronat méprisant, et préparer le terrain pour de prochaines victoires.