Politique

Comment le gouvernement tente de ramener Berger à la table des négociations

CFDT. Une nouvelle trahison comme en 2003 pendant le mouvement contre Fillon ?

Publié le 29 février 2016

Face à la pression exercée par en bas, le gouvernement a annoncé le report au 24 mars de la présentation du projet de loi El Khomri. La menace de voir descendre dans la rue la jeunesse, aux côtés des secteurs les plus remontés du monde du travail, a imposé un premier recul du gouvernement. Mais ce dernier, malgré une impopularité record, reste déterminé à faire passer son projet. Pour cela, il tente de manœuvrer pour tenter d’obtenir l’appui de la CFDT en négociant des ajustements, qui ne changeront rien pour le fond, sur les sujets qui fâchent.

Damien Bernard

Ainsi, durant ces quinze jours de report, le Premier ministre tentera de « lever un certain nombre d’incompréhensions, expliquer, répondre à une série de fausses informations qui sont données sur ce texte ». Pour cela, il recevra, séparément, les partenaires sociaux dès la semaine prochaine », avant une ultime réunion, collective, en début de semaine suivante. Il s’agit ainsi pour le gouvernement de désamorcer la mobilisation en marche, le 9 mars, contre la bombe lancée sur le code du travail, en tentant de ramener dans son giron une partie des directions syndicales, et notamment la CFDT.

Pour séduire la CFDT, Matignon est désormais prêt à « discuter des curseurs » sur le plafonnement des indemnités prud’homales et les licenciements économiques. Pour faire baisser la pression et faire un premier geste à l’un de ses principaux appuis syndicaux du quinquennat, c’est sur le terrain du compte personnel d’activité, cher à Laurent Berger, que le gouvernement compte lâcher du lest. Ce dernier sera « renforcé », tentant ainsi de faire baisser la pression de sa base qui, dans son ensemble, est en ébullition contre la loi Travail.

Après le report du projet par le gouvernement, et face à la pression de la base, lui imposant un premier recul, c’est bien la CFDT qui compte en retirer les lauriers. En effet, Hollande et Valls cèdent de fait à la demande de report de la centrale réformiste. Laurent Berger tente désormais de mener la danse en prenant désormais position pour obtenir « un rééquilibrage du texte ». Il exige notamment le « retrait » du plafonnement des indemnités prud’homales et que soit « revu le cadre des licenciements économiques ». Pourtant, Hollande et son gouvernement restent déterminés à ne pas revenir sur « le cœur du texte », en l’occurrence le renforcement des accords d’entreprises, ni même à le retirer.

Désormais, l’ensemble du gouvernement est sur le pont pour tenter de ramener dans son giron et à la table des négociations la CFDT. Voilà Manuel Valls en toute première ligne, Myriam El Khomri poursuivra quant à elle cette semaine ses propres consultations, tout en participant comme Macron aux négociations, avec les directions syndicales. Mais plus que jamais, face à ces manœuvres du gouvernement, et à la tentative de la direction de la CFDT de mettre à profit ce premier recul du gouvernement, la question d’un plan de lutte pour imposer le retrait total de la loi Travail sans négociation ni amendement reste d’actualité.

Malgré la frilosité de la direction de la CGT, de nombreuses fédérations et syndicats appellent à la grève le 9 mars. De même, la jeunesse et une partie des 800 000 pétitionnaires ont toujours l’intention d’en découdre le 9 mars contre la destruction des acquis du mouvement ouvrier, fruit de dizaines d’années de lutte. Mais pour obtenir plus qu’une simple reculade du gouvernement et exiger des directions syndicales de rompre avec la négociation, c’est dans les lieux de travail, dans les facs et dans la rue qu’il faudra l’imposer, à commencer par le 9 mars, tous et toutes dans la rue et en grève.