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Monde

Une politique « inadmissible et cruelle »

Critiqué sur le sort des enfants migrants, les Etats-Unis quittent le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU

L’administration Trump a décidé de se retirer du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU après que le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, ait dénoncé la politique « inadmissible et cruelle » des autorités américaines de séparer des enfants de leurs parents sans-papiers à la frontière mexicaine. Une occasion saisie par la représentante des USA, Nikki Haley, pour quitter ce cadre qui selon elle « entretient une hostilité sans fin à l'égard d'Israël ».

Cela fait plusieurs mois que Nikki Haley, ambassadrice états-unienne auprès des Nations unies, menaçait de quitter le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. Voilà chose faite, après s’être déjà retirée de l’Accord de Paris sur le climat, de l’accord nucléaire avec l’Iran, après avoir quitté l’Unesco, jugé « anti-israélien », et baissé ses dotations aux organes de l’ONU comme celle chargée des réfugiés palestiniens, c’est donc autour du CDH de se voir boycotté par les USA.

Les Etats-Unis : les champions des droits de l’Homme ?

L’occasion était trop belle. Lors de la dernière réunion du CDH, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Zeid Ra’ad Al Hussein a attaqué les Etats-Unis sur sa politique vis-à-vis de la séparation d’enfants de leurs parents sans-papiers à la frontière mexicaine, la jugeant « inadmissible et cruelle ». Il a appelé « les États-Unis à stopper immédiatement la séparation forcée de ces enfants » et a encouragé « le gouvernement à ratifier enfin la Convention sur les droits des enfants ». Les USA sont le seul pays à ne pas avoir ratifié ce texte.

Nikki Haley a donc saisie cette occasion pour dénoncer cette institution qu’elle qualifie de « cloaque de partis pris politiques », une institution d’« hypocrite », d’« égoïste » et qui est « une source d’embarras » pour les Etats-Unis qui sont sous le feu des projecteurs avec leur politique migratoire.

Pour justifier le départ des USA, l’ambassadrice a expliqué que « pendant trop longtemps, le CDH a protégé les auteurs de violations des droits de l’homme et il a été un cloaque de partis pris politiques », visant le Venezuela, l’Egypte, la République Démocratique du Congo (RDC), l’Iran et la Chine.

On peut se demander de quel côté est l’hypocrisie, lorsque l’on sait que le Maréchal al-Sissi est l’un des alliés des USA et que le pays de l’Oncle Sam n’est pas pour rien dans la situation en RDC. Dans sa conférence de presse Nikki Haley a déclaré : « Nous prenons cette mesure parce que notre engagement ne nous permet pas de continuer à faire partie d’une organisation hypocrite et servant ses propres intérêts, qui fait des droits de l’homme un sujet de moquerie. »

Les Etats-Unis, pays où les assassinats racistes policiers sont quotidiens, où la peine de mort est toujours pratiquée dans certains Etats, les Etats-Unis qui torturent dans les prisons comme Guantanamo, qui intervient militairement partout dans le monde lorsqu’il s’agit de défendre ses intérêts, qui maintient des dictatures ou en mets en place, ce pays serait donc le fer de lance des droits de l’Homme…

Les Etats-Unis : défenseurs de l’Etat israélien coûte que coûte

En bonne donneuse de leçon, Nikki Haley explique que le CDH « se focalise de manière excessive et entretient une hostilité sans fin à l’égard d’Israël » ce qui est, selon elle, « la preuve évidente que le conseil est animé par des intentions politiques et non par les droits de l’homme ».

En effet, à chaque réunion du CDH, il y a un point fixe à l’ordre du jour sur la situation en Palestine. Cela fait, trois points par an. Lorsque l’on voit l’utilité de telles réunions sur la situation palestinienne, on peut se dire que ça ne devrait pas poser de problème. Pourtant ces points sont une source de colère pour les États-Unis qui dénoncent une cabale contre l’Etat israélien par une institution jugée partielle et anti-israélienne. Nikki Haley s’est consternée devant les cinq résolutions qui ont été votées contre l’Etat israélien. « C’est plus que toutes les résolutions confondues contre la Corée du Nord, l’Iran et la Syrie.

Il ne faut pas toucher au plus important allié des USA dans la région. Lorsque le 18 mai dernier, le CDH avait déclaré être en faveur d’une enquête sur le massacre de Palestiniens désarmés par Tsahal à la bordure de Gaz, les USA avaient alors expliqué que cette prise de position de la CDH était « un nouveau jour de honte pour les droits de l’homme ».

De fait, Netanyahou s’est frotté les mains, saluant une « décision courageuse contre l’hypocrisie et les mensonges de ce soi-disant Conseil des droits de l’homme de l’ONU ». L’ambassadeur de l’Etat israélien à l’ONU Danny Danon a remercié les États-Unis pour leur refus « de la haine aveugle à l’égard d’Israël dans les institutions internationales ».

De fait, cette décision de la part des USA n’a guère d’importance étant donné le peu d’efficacité de la CDH. Pourtant c’est un geste qui fait écho à l’unilatéralisme et au retrait américain de plusieurs accords internationaux. C’est aussi une marque de renforcement du soutien vis-à-vis de l’Etat israélien qui voit son meilleur allié le conforter dans sa politique coloniale et assassine en Palestine.




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