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Irak –Etat Islamique

Daech délogé de Ramadi. Une victoire pour Obama ?

Publié le 30 décembre 2015

Le gouvernement irakien a annoncé lundi la « libération totale » de la ville de Ramadi, capitale de la province d’Al Anbar, aux mains de l’État Islamique depuis mai dernier. Bien entendu, le succès est largement revendiqué par les États-Unis.

Juan Andrés Gallardo
C’est par un communiqué triomphant annonçant « la libération héroïque, quartier par quartier de la ville de Ramadi des mains de Daech » que les forces irakiennes ont rendu public la nouvelle.
L’opération ayant permis de reprendre le contrôle du centre-ville avait commencé une semaine plus tôt. Les troupes gouvernementales, appuyées par l’aviation et par les bombes de la coalition internationale emmenée par les Etats-Unis, ont avancé progressivement sur le centre-ville. Dimanche, le drapeau irakien était hissé sur la ville.
La province d’Al Anbar est la plus étendue du territoire irakien et sa capitale, Ramadi, se situe à seulement 100 kilomètres de Bagdad. Le fait que la ville soit tombée aux mains de l’EI en mai dernier, soit quelques semaines après que le gouvernement irakien n’avance sur Tikrit, autre ville emblématique contrôlée par Daech, avait démontré la faiblesse du gouvernement central et de la coalition conduite par les États-Unis. En cela, la reconquête de Ramadi est symbolique, bien que le reste de la province soit restée aux mains de l’EI.
Les États-Unis revendiquent la reconquête de Ramadi sur Daech comme étant leur propre victoire. Washington explique que c’est grâce à la pression qui a été mise sur le pouvoir irakien depuis des mois pour avancer sur la capitale d’Al Anbar que celle-ci a pu être libérée. Il était impératif pour Washington de faire la démonstration d’une victoire sur l’État Islamique et de s’affirmer sur une scène régionale toujours plus complexe, et notamment face à la présence toujours plus affirmée de la Russie en Syrie et au soutien de Poutine au gouvernement d’Assad.
La reconquête de la capitale d’Al Anbar permet également aux Américains de faire passer pour un succès leur politique d’entraînement des troupes irakiennes, la décision de se retirer du terrain tout en offrant un appui logistique, tout en continuant les bombardements. Cette tactique avait souffert d’un dur revers avec la débandade de l’armée irakienne après le retrait des troupes américaines et l’avancée de l’EI en 2014 à l’Ouest et au Nord du pays, notamment à Mossoul.
Selon le colonel américain Steve Warren, porte-parole de la coalition, durant les six derniers mois, en plus d’avoir encadré l’entraînement, fourni les conseils et les équipements au gouvernement, aux forces anti-terroristes et à la police irakiennes, la coalition internationale avait mené plus de 630 attaques aériennes sur la zone,
La perte de Ramadi est un coup dur pour l’EI et va permettre aux forces gouvernementales de se concentrer sur la libération de Mossoul, le principal fief du groupe en Irak, situé au Nord du pays.
Le gouvernement irakien a insisté sur le fait qu’il allait reconquérir « le reste des villes volées », en allusion à celles qui restent aux mains de l’EI malgré des tentatives de libération par ses troupes.
Le premier ministre irakien, Haida Al Abadi, a félicité les Irakiens, déclarant que l’année 2015 avait été une année de libération et que 2016 serait celle de la « victoire finale contre l’EI » et la fin de sa présence dans le pays. Al Abadi fait passer ses désirs pour la réalité...
Si la victoire sur Ramadi est significative, elle n’est cependant rien en comparaison des problèmes tactiques, militaires et géopolitiques que pose la présence de l’Etat Islamique dans la ville de Mossoul en Irak. Mossoul est la troisième plus grande ville d’Irak, compte plus de 2 millions d’habitants et représente le centre depuis lequel l’Etat Islamique a proclamé son califat en juin 2014 sur les territoires occupés d’Irak et de Syrie.

Trad. NK

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Mots-clés Syrie