^

Monde

Capitulation et trahison

Depuis Bruxelles, Puigdemont veut « ralentir » le processus d’indépendance de la Catalogne

Retranché à Bruxelles, Puigdemont a tenu une conférence de presse ce 31 octobre. Le président catalan a annoncé qu’il ne se rendra pas à Madrid, où il est convoqué par la justice. Dans le même temps, Puigdemont a annoncé que le processus d’indépendance de la Catalogne serait « ralentit ».

Puigdemont ne se rendra pas à Madrid ce jeudi

« Je ne suis pas ici pour demander l’asile politique » a répondu Carles Puigdemont à un journaliste britannique lors de la conférence de presse de ce mardi 31 octobre, à Bruxelles. Le président de la Catalogne, visé par une procédure judiciaire pour sédition et rébellion, a en effet rallié la capitale belge, et ne se rendra pas à Madrid jeudi prochain, date de sa convocation devant la justice. « Il ne va pas à Madrid et j’ai proposé qu’on l’interroge ici en Belgique. C’est possible, j’ai déjà eu dans le passé des cas comme ça, quand on a interrogé le suspect en Belgique » a ainsi confirmé son avocat sur TV3.

Pour justifier sa présence à Bruxelles, Puigdemont a avancé deux arguments. Celui de la nécessité de « mettre le problème catalan en lumière au cœur de l’Europe » en affirmant que « la cause catalane est celle des valeurs de l’Europe » et sa volonté de ne pas « exposer les citoyens à une nouvelle vague de violences ». Une position on ne peut plus cynique quand, dans le même temps, le Govern capitule sans résistance face à Rajoy et les mesures autoritaires du 155, sans aucun plan de bataille concret contre le coup d’état institutionnel de l’État central.

Capitulations et trahisons en cascade. Puigdemont ignore le référendum, appuie les élection du 21 décembre et appelle à « ralentir » le processus d’indépendance !

C’est ce que l’on appelle un « combo » ! Lors de sa conférence de presse, Puigdemont a non seulement affirmé qu’il respectera « les résultats des élections du 21 décembre, comme cela a toujours été le cas », scrutin totalement illégitime suivant une période de mise sous tutelle autoritaire de la Catalogne via le 155 et visant exclusivement à s’asseoir purement et simplement sur le référendum du 1er Octobre. Ironie du sort, la cour constitutionnelle de l’État Espagnol a, dans le même temps, suspendu la déclaration d’indépendance de la Catalogne.

Mais Puigdemont ne s’est pas arrêté en si bon chemin. En effet, ce dernier a tout simplement déclaré qu’il fallait « ralentir » le processus d’indépendance !

Nous avons été obligés d’adapter notre plan de travail pour éviter la violence […] si cette attitude a pour prix de ralentir le déploiement de la République, alors il faut considérer que c’est un prix à payer raisonnable dans l’Europe du 21e siècle

Carles Puigdemont, lors de sa conférence de presse à Bruxelles ce 31 octobre

C’est donc au nom d’une posture pacifiste que Puigdemont justifie sa capitulation sans combat face à l’État central madrilène. Des concessions sur toute la ligne, de l’acceptation de la mise sous tutelle jusqu’à la validation de la manœuvre politique consistant à effacer des tablettes le référendum du 1er octobre. Plus qu’un simple ralentissement, la trahison consiste bel et bien à s’asseoir purement et simplement sur les aspirations à l’auto-détermination exprimées par le peuple catalan ces dernières semaines, par le référendum d’une part et par des mobilisations d’ampleur d’autre part. Une posture soutenue jusque par Podemos, ou Iglesias impose sa vision espagnoliste en muselant la section catalane.

Les aspirations démocratiques du peuple catalan ne seront pas assouvies par les classes dominantes !

Ce qui ressort clairement de la conférence de presse de Puigdemont, ainsi que du « non-plan de bataille » général contre le coup d’État institutionnel de Madrid contre la Catalogne, c’est que les aspirations à l’auto-détermination du peuple catalan ne passera pas par la Généralitat. En effet, comme à chaque une des poussées indépendantistes au cours de l’histoire, les classes dirigeantes catalanes font la démonstration de leur plus pitoyable lâcheté, incapable qu’elles sont à mener le processus jusqu’au bout.

C’est au contraire du côté des organismes d’auto-organisation qui ont fleurit ces dernières semaines, et par la prise en main des opérations par la classe ouvrière qui a fait une démonstration de force lors de la grève générale du 3 octobre, que se trouve l’alternative politique à même de mener le processus à terme. Face à un Etat central de plus en plus ouvertement violent, l’auto-défense populaire est une nécessité absolue pour faire valoir les droits démocratiques légitimes du peuple catalan contre le coup d’état institutionnel de Madrid. Une lutte qui passe par l’expropriation et la mise sous contrôle des travailleurs des grandes entreprises capitalistes, qui appuie directement le gouvernement de Rajoy en jouant la carte de la pression économique, et ainsi élargir le processus d’indépendance au question sociale, afin de permettre l’unité de la classe ouvrière à l’échelle de l’ensemble de l’État espagnol. En d’autres termes, la seule alternative possible (et réaliste) consiste à lutter pour une Catalogne indépendante et socialiste permettant non seulement de répondre à l’aspiration démocratique du peuple catalan tout en combattant le régime monarchiste et post-franquiste à l’échelle de l’État espagnol tout entier.




Mots-clés

Catalogne   /    Monde