Politique

L’énergie de la lutte

Après les raffineurs, c’est au tour des centrales d’entrer dans la danse

Publié le 25 mai 2016

Après la pénurie de carburant, demain ce seront des coupures de courants que les salariés pourraient opposer à Hollande et à sa loi Travail. A l’appel de la CGT-Energie mais également de la fédération Energie et Mines de FO, les salariés de 16 centrales nucléaires, soit soit l’écrasante majorité des 19 centrales hexagonales, adhèrent à la grève pour cette huitième journée de grève nationale interprofessionnelle. Des salariés d’ERDF et de RTE en grève eux aussi compterons bien perturber la distribution de l’électricité provocant ainsi des coupures de courant, comme à Nantes ce mardi.

Damien Bernard

Alors que le gouvernement compte bien continuer le bras de fer pour imposer au forceps sa loi Travail, les salariés des centrales nucléaires ont décidé d’emboiter le pas aux raffineurs. C’est un nouveau secteur stratégique de l’économie, la production de l’électricité mais aussi sa distribution, qui entre en mouvement pour s’opposer à Hollande, au MEDEF et à la loi Travail, synonyme de précarité pour tous.

Après les raffineurs, les salariés des centrales nucléaires en actions !

« Jeudi, nous appelons le personnel à participer au mouvement et à faire monter la pression, que ce soit par des baisses de charge ou des coupures sur le réseau », a annoncé une porte-parole de la fédération. Ce mouvement débutera mercredi à 20h et devrait entraîner des baisses de charges mais pas l’arrêt des centrales, dont la relance prend 3 à 5 jours en cas d’arrêt de la totalité des réacteurs. « On n’arrête pas une centrale nucléaire comme cela, ce n’est pas une centrale thermique ou un barrage hydroélectrique », précise la porte-parole de la CGT-Energie.

Le mouvement a débuté dès ce mardi avec la grève annoncée à Nogent-sur-Seine ans l’Aube. Les salariés de la centrale, ont décidé y compris l’arrêt de la production d’électricité sur le site et ses deux réacteurs pour jeudi dans le but d’intensifier leur action contre la loi Travail. Les salariés de la centrale de Belleville-sur-Loire (Cher) ont d’ores et déjà annoncé qu’ils allaient procéder à des baisses de charge.
Peu médiatisés depuis le début de la mobilisation contre la loi Travail, les salariés des centrales nucléaires sont entrés dans la mobilisation, dès le 31 mars. Selon EDF, le pic du mouvement avait été atteint le 31 mars dernier avec 17% de grévistes.

ERDF, RTE, et quatre centrales thermiques, et une unité de stockage de gaz emboitent le pas !

Outre le mouvement dans les centrales nucléaires, les personnels d’au moins quatre centrales thermiques classiques ont également décidé de cesser le travail et il y aura le blocage d’une unité de stockage de gaz dans le sud de la France. Alors que les huit raffineries françaises étaient mardi à l’arrêt ou tournaient au ralenti, c’est désormais une potentielle grève généralisée dans la production et la distribution d’électricité qui pend au nez du gouvernement.

Cependant, ce n’est pas encore l’arrêt des centrales qui est votée, excepté à Nogent-sur-Seine. Des coupures ont eu lieu dès mardi matin, dans plusieurs communes en France, en raison de blocages de postes électriques dans certains quartiers de Nantes, notamment les communes de l’Ouest, Orvault ou Saint-Herblain, un centre commercial de Marseille, ou encore à Toulouse et Saint-Etienne.

Mais ces coupures ne sont pas à imputer à la baisse de charge de la centrale de Nogent-sur-Seine, c’est ce sont les salariés en grève travaillants dans la distribution de l’électricité, assurée par des entreprises comme ERDF et RTE, qui en sont à l’origine. Ce sont les grévistes qui ont occupé ces postes de transformation électrique, véritables gares d’aiguillage, qui ont ainsi mis hors tension certaines lignes électriques. A Nantes, l’alimentation a ainsi été suspendue 6 minutes.

Une mobilisation dans la durée ?

Alors qu’EDF prévoit de supprimer 6.000 postes dans le monde à l’horizon 201, soit environ 3,5% de ses effectifs, et qu’Areva prévoit, également, un gros plan de licenciements, c’est bien l’ensemble de la branche énergétique qui est menacé par les suppressions de poste. Le syndicat souhaite ainsi « le retrait de la loi Travail" »mais entend également réitérer ses inquiétudes quant à l’avenir de la branche énergétique.

Et la mobilisation compte bien s’inscrire dans la durée, dans le sillage des raffineurs. Priée de dire si la grève pourrait se poursuivre au-delà de jeudi dans l’énergie, Marie-Claire Cailletaud, porte-parole de la fédération de l’énergie et des mines de la CGT, a répondu que ce serait le cas si « le Premier ministre ne retire pas le projet de loi Travail ».