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Monde

Xénophobie aux Etats-Unis

Détention des enfants d’immigrés. Trump applique la « tolérance zéro » aux pratiques existantes sous Obama

Des enfants enfermés dans des cages grillagées, des matelas à terre, gardés par des policiers. Ces images ont fait le tour du monde et provoquent un véritable tollé. Elles révèlent les pratiques des services migratoires américains qui enferment les familles d’immigrés clandestins et les séparent volontairement de leurs enfants, également retenus en détention. Sous l’aval de Trump et de son gouvernement, mais également des démocrates qui ont permis de voter et d’appliquer ces lois sous les mandats précédents.

Leo Zino

Trad. N.K

Photo : centre de protection des frontières

« un puissant moyen de dissuasion » (John Kelly, chef de cabinet de la Maison Blanche)

Les images ont fait le tour du monde. Sur les visages de ces enfants d’immigrés séparés de leurs parents, on peut lire le désespoir et la peur. La plupart sont allongés sur des matelas posés à même le sol de cette cage de métal, entièrement grillagée. Les conditions de vie de ce « centre de détention » ressemblent à celles d’une prison voire d’un camp de concentration… Sauf qu’il accueille des enfants très jeunes dont certains en bas-âge. Des bébés en couche-culotte… Le journal Associated Press News a même révélé que ce sont les plus grands qui doivent changer les couches puisqu’ici les plus petits sont tout aussi soumis à la séparation de leurs familles et aux conditions carcérales que les plus grands.
Les gardiens sont des policiers. Pas des assistantes maternelles. Ils ne connaissent rien aux enfants et ne s’en occupent pas. Aucun jouet, ni livre pour occuper leur attention. Seulement, parfois, un écran de télévision suspendu au mur. Des pratiques ignobles, consistant à animaliser des enfants issus des catégories les plus pauvres et les plus oppressés, que John Kelly, chef de cabinet de la Maison Blanche, justifient allégrement : il s’agirait d’un « puissant moyen de dissuasion » pour lutter contre l’immigration clandestine.

La vieille histoire américaine de la maltraitance des enfants noirs et indiens…

En instaurant la « tolérance zéro » à l’égard d’enfants sans défense, le gouvernement américain va encore plus loi dans l’application d’une politique migratoire déjà injuste et inhumaine. Rien à voir avec une soi-disant « démocratie ». Ces actes relèvent de crimes contre l’humanité qu’il faut combattre.
Les images d’enfants retenus en cage rappellent l’un des pires moments de l’histoire américaine : celui de l’esclavage où les enfants étaient vendus et séparés de leurs parents ; celui des internats dans lesquels les enfants des populations autochtones, les indiens, étaient élevés et « rééduqués » dans des camps de concentration appelés « camps de civilisation ». En séparant les enfants de migrants de leurs parents, le gouvernement américain fait le choix de répéter une histoire marquée par le racisme et la brutalité.

Il ne s’agit pas d’un écart vis-à-vis d’une Amérique qui se voudrait démocratique. Les souffrances de ces enfants s’inscrivent dans la continuité de cette Histoire sanglante et dramatique. Les bombes et la torture que les Etats-Unis exportent à l’étranger au nom des « droits humains » et qui ont tué ou déplacé des millions de personnes, en sont la toile de fond. La révélation de ces images d’enfants séparés de leurs parents et enfermés par la police américaine fait tomber, une fois de plus, le masque de la démocratie américaine aux yeux du monde, et révèle son vraie visage : celui du racisme, de l’oppression et de la cruauté.

Une continuité avec l’administration Obama

En vérité, les premières images d’enfants enfermés, dévoilées en même temps que cette information qui a fait scandale, ne datent pas de cette année. Elles sont plus anciennes et datent du mandat de Barack Obama. En vérité, sous l’administration Obama, il y a eu plus d’immigrés clandestins déportés que sous n’importe quel autre gouvernement jusqu’à aujourd’hui. Et les enfants de migrants étaient déjà à l’époque, séparés et enfermés dans des conditions similaires à celles qui ont été révélées ces derniers jours.

Centre de détention de mineurs sous Obama – 2014 AP News

Trump s’est défendu et expliqué au sujet de ces camps de détention. Invoquant leur mise en place par de précédentes lois démocrates, il a assuré que sa démarche consistait à renforcer l’application de ces lois en instaurant la « tolérance zéro ». Il a par ailleurs opposé la détention des enfants à la construction du « mur » à la frontière américano-mexicaine promise à son électorat, dans une sorte de chantage odieux.

Démocrates et Républicains, unanime sur la « défense des frontières »

Certes Donald Trump approuve ces pratiques en les aggravant avec un discours xénophobe et instrumental. Mais, les Démocrates et leurs politiques anti-migrants ont une part importante de responsabilité dans la situation. Alors que ce scandale en termes de droits humains éclate, des sénateurs démocrates prennent la parole dans les médias pour venir au secours de ces politiques. Parmi eux, Kamala Harris, a pris le temps d’intervenir sur CNN pour défendre les pratiques de l’ICE (Immigration and Customes Enforcement), agence de Contrôle de l’Immigration. Sans surprise. A chaque crime raciste contre la jeunesse noire, les Démocrates défendent systématiquement la police.

Démocrates et Républicains sont unanimes dans la défense des dispositifs répressifs, qu’il s’agisse de l’ICE ou de la police. Ils sont d’accord pour dire que les Etats-Unis doivent « défendre leurs frontières » quand ce qu’ils défendent, en réalité, c’est la protection des capitalistes et de leur système qui permet à 1% de la population de détenir 43% des richesses tandis que 80% se partagent seulement 7%.

Le scandale qu’a provoqué dans tout le pays ces horribles crimes policiers montrent que la politique de Trump ne reflète pas l’opinion générale américaine vis-à-vis des migrants. Tandis qu’une petite partie de la population donne un grand écho à la propagande xénophobe du président, une grande majorité de la population américaine et des travailleurs continuent de rejeter ces traitements inhumains.
Il est l’heure de lancer un autre mouvement massif en faveur des droits des immigrés, dans l’esprit de la « Day Without an Immigrant » de 2006 qui avait eu un énorme poids et avait pu montrer l’importance des travailleurs immigrés dans l’économie américaine. Une grève pour montrer le soutien des travailleurs américains aux immigrés et imposer l’arrêt de la séparation des familles, des déportations et la fermeture de la très réactionnaire agence ICE.




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