Société

Montagne d’or et d’insouciance gouvernementale

Dévastation de la forêt guyanaise par les multinationales chercheuses d’or

Publié le 8 juillet 2016

Le temps des chercheurs d’or est loin d’être révolu et d’autant plus dangereux qu’ils ont remplacé le tamis par le tractopelle. Alors que l’orpaillage clandestin constitue déjà une menace pour la faune et les peuples de la forêt primaire guyanaise, le projet d’exploitation de la Montagne d’Or porte en germe non des arbres, mais leur destruction, à laquelle s’agglutinent, en bonnes sangsues de la terre, grands projets inutiles, déchets miniers et débauche d’énergie. Attali, Macron et Juppé, carnassiers se fichant de nos lendemains, se réjouissent et donnent leur aval à une multinationale déjà épinglée pour violation des droits humains. Gloire au capitalisme vert ! Chantent-ils quand, partout dans le monde, les populations locales subissent déjà les retombées de cette grande illusion bourgeoise.

Roma Caracol

Orpailleurs clandestins et incurie française


L’orpaillage consiste à extraire les paillettes d’or du sable contenu dans les rivières et, à ce titre, attire nombre d’exploitants clandestins dans la région du Haut-Maroni, en Guyane française. C’est sur ces terres que vivent plusieurs tribus amérindiennes, tributaires d’un fleuve et d’une forêt chaque jour davantage fragilisés par les orpailleurs. Leur activité nécessite du mercure, qu’ils rejettent ensuite dans l’eau sans se soucier du fort taux de contamination des poissons, de son effet dévastateur sur les sols, etc. À ceci se rajoutent les vols et les violences, lot commun des activités illégales au détriment des habitants des lieux. Face à cela, l’État Français est inefficace et si Hollande a promis – comme toujours – la fin de ces pratiques, il n’a rien changé aux dispositifs déjà en place, qui brillent plus par leur impotence que par leur intérêt réel. Malheureusement, c’est plutôt sans surprise qu’on assiste au mépris de la France pour ses colonies – enfin, départements – surtout lorsqu’il s’agit de venir en aide aux indigènes : malgré les recommandations de l’ONU, elle refuse de ratifier la législation sur les peuples indigènes qui l’obligerait à tout mettre en œuvre pour leur assurer une existence pérenne. Les amérindiens, plus menacés que jamais, ne parlent de la présence des forces armées qu’en terme de décor, de magouille et de destruction de la végétation aux abords de leurs villages.

Exploitation de la Montagne d’or, un business mortifère


C’est dans une situation déjà délétère qu’arrive le projet d’exploitation de la concession minière de la Montagne d’Or, qui promet au mieux 1,5g d’or pour une tonne de roche broyée. Le chantier sera la cause d’une déforestation sans précédent d’une des dernières forêts primaires du globe. Il impliquera la construction d’infrastructures telles qu’une route et une ligne haute tension qui relieront la zone à la ville de St-Laurent-du-Maroni : 120 km de table rase et autant d’arbres abattus, d’écosystèmes disparus sans même avoir été connus ! Le projet, énergivore, aurait besoin selon les exploitants qu’on construise un immense barrage hydro-électrique qui noiera 100 000 hectares de forêt et de terres agricoles et qui n’a comme intérêt que la proclamation que l’industrie minière en Guyane est viable. Un Grand Projet Inutile et Imposé pour ravir les grandes entreprises de BTP et de l’Énergie, auquel s’ajoute une usine alimentée en bois de forêt primaire. La Cop 21 s’estompe à peine qu’on ne cache plus la logique des profits sans lendemain. Le forage de la Montagne d’Or rejettera une grande quantité de déchets miniers qui seront stockés à ses abords, sécurisés par des digues qui ne résistent pas, comme on a pu le voir au Brésil.

Économistes, hommes politiques et multinationales se réjouissent

Aux commandes de cette catastrophe annoncée, la multinationale Nordgold et ses capitaux russes pour l’exploitation, au côté de la junior – petite entreprise qui tire ses bénéfices de la spéculation – Colombus Gold pour l’exploration et la prospection. C’est elle qui a acquis 8 concessions minières guyanaises en 2011, dont celle de la Montagne d’Or. Nordgold est connu pour l’exploitation des mines du Burkina Faso qui, selon plusieurs rapports d’ONG, viole le droit humain et réduit la population locale à une difficile survie. C’est dans les mains dorées de ces spéculateurs que repose l’existence de peuples millénaires, que la ruée vers l’or annoncée par tant d’infrastructures met plus en péril que jamais. C’est eux qui auront pouvoir de décision sur la destruction d’une biodiversité nécessaire au bien être des populations locales. Pour cela, ils sont assistés et encensés par la crème des défenseurs des intérêts bourgeois, à savoir Jacques Attali, Alain Juppé et Emmanuel Macron. Il faut alors préciser, pour bien comprendre en quoi leurs intérêts divergent des nôtres, qu’Attali siège au comité consultatif de Colombus Gold. Les profits faramineux que dégageront les deux entreprises n’iront pas aux habitants de Guyane mais aux actionnaires, dans la droite ligne des exploitations minières en Bolivie qui ont maintenu le pays parmi les plus pauvres d’Amérique Latine. De plus, quelle ironie de priver la Guyane de son « paradis vert » pour produire de l’or destiné principalement à la bijouterie, luxe pour une poignée de riches qui ceint rarement les poignets des travailleurs... Juppé peut bien clamer que les lobbys écologistes empêchent la création d’emplois, rappelons que ces promesses viennent de la junior, de la Colombus Gold donc, qui promet des emplois alors qu’elle ne gérera aucune partie de l’exploitation, assurée, elle, par la Nordgold. Quoi de plus facile de promettre des emplois quand on ne sera pas l’employeur ?

Cette déclaration de Juppé met en exergue la contradiction inhérente au capitalisme vert. Des emplois – c’est à dire du profit pour des actionnaires – ou l’écologie ? Tel est le choix cornélien que cette société voudrait nous obliger à faire. La qualification de « lobby » des quelques ONG qui résistent encore contre ce projet – quand WWF reste neutre – finit d’attester le mépris des politiques pour la défense de l’environnement. La palme de l’hypocrisie revient cependant à Emmanuel Macron, en visite sur le chantier, chantant une ode à la « mine responsable ». Le capitalisme, qu’il soit vert ou trop fatigué pour faire semblant d’en avoir quelque chose à faire de l’écologie, est bien responsable : des morts, des catastrophes climatiques, des déplacés écologiques, de la disparition d’espèces à vitesse accrue. Mais il ne pourra se responsabiliser de notre survie dans sa grande course au profit. C’est à nous de nous emparer de la question écologique et de nous battre pour un monde qui alliera notre bonheur avec la santé de la planète et le respect des populations indigènes !