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Politique

Discours de politique générale

« Prêt au combat », Edouard Philippe décline son plan de bataille contre le monde du travail

Edouard Philippe a prononcé son discours de politique générale devant la nouvelle Assemblée. S’il apparaît sur la forme comme cherchant encore ses marques, le Premier Ministre a réaffirmé les grandes lignes du programme de choc du nouveau gouvernement et se dit « prêt au combat ». Les députés ont ensuite voté la confiance au gouvernement avec 370 pour, 67 contre et 129 abstentions.

Le Premier Ministre Edouard Philippe, ancien maire du Havre et encore inconnu il y a quelques mois, a prononcé ce mardi 4 juillet son « discours de politique générale », rituel habituel de la Vème République, mis soigneusement en scène devant une Assemblée Nationale largement favorable.

Attendu notamment sur le planning des réformes et des coupes budgétaires, l’intervention d’Edouard Philippe devait venir préciser « la méthode » après que Emmanuel Macron ait « fixé le cap » lundi après-midi devant le Congrès à Versailles en se donnant en spectacle dans un long discours aux envolées lyriques qui s’est bien abstenu d’aborder les questions sociales, qui sont les plus brûlantes.

A la fin de son discours, et après que les différents groupes parlementaires se soient exprimés, le vote de confiance donne une large majorité au gouvernement avec 370 pour, 67 contre et 129 abstentions.

Edouard Philippe confirme les plans de l’exécutif

Un des objectifs principal annoncé par le premier ministre concerne la dette, dont « le niveau est insupportable », ainsi que l’arrêt des « addictions à la dépense publique ». Edouard Philippe s’engage à un déficit stable en 2018 par rapport à 2017. Pour ce faire, le gouvernement entend notamment « taper sur 3 leviers centraux » : stopper l’inflation de la masse salariale de la fonction publique, remettre en cause certaines missions de l’Etat, et repenser les politiques publiques. Autrement dit l’austérité pour la fonction publique (gel du point d’indice, suppression de postes, etc), la remise en cause des acquis sociaux, et la modification des régimes sociaux (destruction de la sécurité sociale par la suppression des cotisations salariales, hausse de la CSG). Edouard Philippe confirme donc les promesses anti-sociales de ce gouvernement, et compte les faire appliquer dès janvier 2018. En ce sens, le premier ministre appelle les français au « courage » et « aux efforts »…

Concernant la loi travail XXL prévue de longue date par Macron, Edouard Philippe reste évasif pour éviter que l’Assemblée ne se dissipe, mais là encore les objectifs sont clairs. Il faut renouer avec « l’attractivité, la croissance » et rattraper les concurrents européens en baissant les charges et en mettant en place des garanties pour les entrepreneurs. Autrement dit : casser ce qu’il reste du code du travail et de nos protections sociales pour faire de l’œil aux investisseurs. Les classes dominantes françaises savent qu’il est impératif pour elles de rattraper leur retard sur les autres puissances européennes.

Dans la longue feuille de route déclinée par le chef du gouvernement, certaines mesures servent aux effets d’annonce ou à noyer le poisson dans l’eau. Sur la santé, Edouard Philippe avance les vaccins obligatoires et la hausse du prix du tabac, à 10 euros le paquet ! Concernant l’éducation, il promet de faire « profondément évoluer » le bac d’ici 2021, en développant notamment les filières professionnelles (une façon d’orienter les jeunes des familles les plus précaires dès le plus jeune âge et de restreindre les portes de l’université à ceux qui l’ont le plus « mérité » !) Pour la justice Edouard Philippe annonce une loi de programmation d’ici 2018.

Une Assemblée largement favorable, mais un gouvernement attendu au tournant

Avec 370 pour sur 577 députés, Edouard Philippe obtient une large majorité lors du vote de confiance au gouvernement, et un record avec seulement 67 contre. Une majorité attendue depuis les résultats des législatives, puisqu’en plus des députés LREM (314) et MoDem (47) c’est seulement quelques constructifs (une dizaine, quand 23 se sont abstenus) qui se sont rangés favorablement au gouvernement, c’est-à-dire moins que ce que l’onde de choc sur les Républicains aux législatives pouvait laisser attendre. Au final, une partie importante des élus républicains (75 au total) et des socialistes (23) se sont abstenus. Les 17 députés LFI, les 11 communistes et les 8 du FN ont voté contre pour marquer leur volonté d’incarner l’opposition parlementaire à la majorité présidentielle, ainsi qu’une partie des Républicains qui espère sauver le parti de la crise.

« Je ne prends en aucune façon cette confiance comme un blanc-seing. Je remercie l’ensemble des députés qui l’ont votée, je respecte évidemment ceux qui ne l’ont pas fait », a déclaré le Premier Ministre. Derrière ce vote largement favorable se cache une majorité extrêmement hétéroclite, qui pourrait être difficile à diriger passée l’euphorie des premières heures. L’exécutif le sait bien et c’est ce qui explique en partie son choix de maintenir sa volonté de passer sa Loi Travail XXL par ordonnances. Enfin, Macron et son gouvernement savent que pour réussir à faire passer son programme brutal tant réclamé par les classes dominantes et le patronat français il leur faudra une majorité institutionnelle solide, tant sa base sociale est fragile. « On nous attend au tournant » avait déclaré Gérard Collomb au lendemain du second tour des législatives. Car en effet, l’hégémonie institutionnelle de Macron ne saurait cacher son instabilité, et l’onde assommante du macronisme pourrait ne pas durer, si tenté que les organisations du monde du travail et de la jeunesse se dotent d’un plan de mobilisation pour affronter les plans du gouvernement.




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