^

Monde

Apologie de Mussolini et chasse aux travailleurs migrants

En Italie, les fachos ne prennent pas de vacances

Pas de trêve estivale pour les néo-fascistes italiens. En ce début d’été, ce sont les plages qui sont devenues leur terrain d’intervention privilégié.

La polémique fait rage en Italie depuis quelques jours autour de plusieurs opérations médiatiques plus ou moins savamment orchestrées par les néo-fascistes et l’extrême droite qui révèlent bien le climat idéologique réactionnaire qui se respire dans la péninsule, alimenté par la politique anti-migrants que mène le gouvernement du Premier ministre Paolo Gentiloni (« centre-gauche ») dans la droite ligne de son prédécesseur, Matteo Renzi.

Le premier épisode glaçant a pour cadre les plages du littoral romain, à Ostie. Dimanche dernier, un groupe d’une quinzaine de militants du mouvement Casapound, dont les adhérents se définissent comme des « fascistes du troisième millénaire », ont fait une action coup de poing sur une série de plages pour en chasser les vendeurs ambulants d’origine extra-communautaire, le plus souvent nord-africains, subsahariens ou indiens et bangladeshi. Dans la bonne vieille logique fasciste (des années 1920, pour le coup), ils ont défilé paré d’un gilet rouge distinctif, affirmant vouloir chasser des «  vendeurs sans licence qui non seulement vendent des produits venus d’on ne sait où, mais qui vendent également des boissons qui font concurrence aux commerçants qui, eux, achètent leurs licences et qui sont eux écrasés par les contrôles systématiques de la police  ». Discours raciste, défense des déclassés et raids punitifs, tous les ingrédients sont là.

Le second épisode a trait au concessionnaire d’un établissement balnéaire à Chioggia, près de Venise. Sous le doux nom de « Playa Punta Canna », l’établissement, avec son bar, ses parasols et ses chaises-longues loués à la journée ou à la semaine aux estivants, était tout simplement truffé de références explicites au fascisme, avec des portraits du Duce et des affiches faisant l’apologie des chemises noires. Sommé par la justice de faire le ménage et mis en examen par un tribunal de Venise le 13 juillet, le propriétaire, Gianni Scarpa, a reçu de multiples soutiens sur sa page facebook mais également sur place.

La conseillère régionale droite de Vénétie, Elena Donazzan, s’est pour sa part insurgée contre l’ouverture d’une enquête pour « apologie de fascisme » alors même que « le préfet ne fait rien contre les gitans ». A gauche, le malaise est perceptible également : le secrétaire local du Parti Démocrate, membre de la majorité gouvernementale actuelle, qui avait pourtant travaillé pendant plusieurs saisons estivales, dans le passé, pour l’établissement, a déclaré à la presse qu’il «  ne s’était pas rendu compte de la présence de buste de Mussolini  » sur place.

Alors que la question de la loi interdisant l’apologie du fascisme a été relancée au Parlement, ce n’est pas seulement le secrétaire de la Ligue du Nord et grand ami de Marine Le Pen, Matteo Salvini, qui s’est opposé à ce que des sanctions puissent renforcés pour les coupables, car, selon lui, « on ne peut faire le procès des idées ». Le Mouvement 5 Etoiles, de Beppe Grillo, a quant à lui pris position contre la nouvelle version du texte qualifié de « liberticide ».

L’été italien, qui tient davantage des poubelles de l’histoire que de la « dolce vita », donne un triste aperçu du climat qui risque de se renforcer à l’approche des élections du printemps prochain pour lesquelles l’extrême droite et les populistes réactionnaires du Mouvement 5 Etoiles ont le vent en poupe.




Mots-clés

discrimination   /    Italie   /    Extrême-droite   /    Monde