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Politique

Après la répression, l'embrigadement

Encadrement de la jeunesse. Vers un service national obligatoire à partir de 16 ans ?

Alors que le gouvernement tente par tous les moyens d'étouffer la colère étudiante qui gronde dans les facs, choisissant l'option des matraques et du tout répressif, le projet de service national obligatoire est remis sur la table. Le rapport remis à l’Élysée la semaine dernière préconise un service national universel obligatoire à partir de 16 ans, d'une durée d'un mois, dont une partie se fera en internat.

Crédits photo : REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Le service national universel obligatoire pour les 18 à 21 ans était une promesse électorale de Macron. Droit dans ses bottes, ce dernier a réaffirmé en février sa volonté de mettre en place ce projet. Plusieurs rapports sur sa viabilité et sa mise en place ont dès lors été commandités. Le rapport demandé par l’Élysée a été remis la semaine dernière. Il préconise un service national universel obligatoire d’une durée d’un mois, non pas à partir de 18 ans, mais de… 16 ans ! Ou comment embrigader et encadrer les jeunes de plus en plus tôt et éviter le plus possible que toute pensée critique à l’égard du système dans lequel on vit, des politiques menées à l’encontre du monde du travail et de la jeunesse, puisse émerger.

En effet, si le gouvernement parle de « cohésion sociale », d’apprentissage de premier soins, insistant sur les formations à caractère « civique », ce sont autant d’arguments utilisés pour mieux vendre son projet auprès de la jeunesse et de l’opinion publique.

Le but du service national, repris et recommandé par le rapport et le gouvernement, c’est aussi et avant tout l’inculcation des « valeurs républicaines » et « des enjeux de défense nationale : connaissance des menaces, moyens et organisations pour y remédier », et la dispense d’un « enseignement de défense » dans les collèges et lycées. Or ce qui se cache derrière ces notions de défense nationale, de menaces extérieures, de valeurs républicaines, de « socles de solidarité nationale affermie », selon les mots de Macron, ce sont bel et bien les intérêts de l’État français et de ses classes dominantes, et non ceux de la jeunesse.

L’instauration de ce service national est une mesure qui permettrait à l’État de remettre dans le rang une jeunesse qui se radicalise, à travers un endoctrinement idéologique produisant un consensus social, et ce à l’heure où son école républicaine ne suffit plus pour créer des générations dociles qui respectent l’Etat, leurs politiques et celles des patrons. Ce n’est par ailleurs pas un hasard si, après des mois de flottement au sein du gouvernement, le projet est aujourd’hui repris en main, avec une prochaine prise de position de Macron en mai, dans laquelle ce dernier tranchera sur les modalités de la mise en place de ce service national.

En effet ce projet réapparaît dans l’espace médiatique à l’heure où la jeunesse est mobilisée et où la colère gronde de plus en plus dans les universités. Une colère que redoute le gouvernement et qu’il tente d’étouffer violemment, avec l’envoi de ses forces de répression qui gazent, matraquent, tabassent les étudiants et évacuent les facs pour étouffer la contestation. À travers la mise en place de mesures comme le service national universel obligatoire, c’est cette radicalité que le gouvernement souhaite éviter et étouffer. Tout comme la répression que connaissent actuellement les étudiants mobilisés contre la loi ORE et sa sélection, le service national obligatoire est une offensive à l’égard de la jeunesse, la répression et l’embrigadement étant les deux faces d’une même pièce. Hier, lors de la manifestation du 1er mai, nous avons eu affaire à une véritable rafle policière dans la manifestation parisienne (LIEN ANNA). Demain, lorsque le service national obligatoire sera passé, aura-t-on le droit à des descentes de gendarmes pour rafler les jeunes les plus réticents qui s’opposent à cette mesure ?

Face aux possibles oppositions qui pourraient émerger au sein des jeunes à l’égard de ce projet, les auteurs mettent par ailleurs le gouvernement en garde, soulignant la nécessité de mener une « consultation approfondie » au préalable. Alors que depuis le début du quinquennat le gouvernement ne cesse d’imposer au monde du travail et à la jeunesse ses mesures antisociales de manière autoritaire, pas sûr que ce dernier choisisse l’option du dialogue et de la concertation.

Cependant, le rapport démontre que la mise en place effective de ce projet s’avère plus délicate que prévu, notamment du point de vue juridique et financier. Mais Macron s’est dit prêt à envisager une révision constitutionnelle afin de rendre à nouveau légal et possible le caractère obligatoire du service national. Il devrait trancher courant mai sur ce projet et sa faisabilité. Une chose est sûre cependant : sa volonté de mettre au pas la jeunesse et de réprimer toute contestation émanant d’elle, et au-delà, est bel et bien présente. Il l’a encore démontré lors du 1er mai avec la violente répression qui s’est abattue sur les manifestants.




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