Monde

Socialiste, anti-impérialiste, et anti-capitaliste

Etats Unis. Socialist Action, une candidature pour répresenter les intérêts de la classe ouvrière

Publié le 21 octobre 2016

Dans une série d’articles, le quotidien Left Voice donne la voix aux candidats qui ont pris en charge la tâche audacieuse qu’est de faire campagne en tant que socialistes. C’est Jeff Mackler, candidat du groupe Socialist Action, qui est interviewé ici.

En cette saison électorale, la vaste majorité des votants ne voient que deux options – Clinton ou Trump. Les médias mainstream nous bombardent continuellement des dernières nouvelles de ces deux candidats, mais ils mettent rarement en lumière les alternatives aux partis démocrate et républicain.

La plupart des Américains connaît peu les candidats socialistes en campagne pour les élections présidentielles de 2016. Ces candidats partagent la même vision, celle de dire que le socialisme est la seule alternative vivable, que c’est la seule solution à nos problèmes économiques et sociaux. Ce qu’ils ont en commun est le rejet du système politique dirigé par et pour les riches, du capitalisme de manière générale et la domination de la classe dirigeante à travers les partis républicain et démocrate.

Nous avons interviewé Jeff Mackler, Secrétaire national et candidat présidentiel de Socialist Action.

Comment avez-vous pris part au mouvement socialiste ?

En tant que participant au mouvement des droits civiques à la fin des années 1950 et début des années 1960, où j’ai été arrêté à neuf reprises dans divers sit-in et manifestations massives et ce en tant qu’opposant à la chasse aux sorcières de McCarthy, où j’ai encore été arrêté lors d’une protestation dans une séance du Comité sur les activités des non-Américains, je suis entré en contact avec le Parti des Travailleurs socialistes trotskistes (Trotskyist Socialist Workers Party) et son groupe jeunes, l’Alliance Socialiste Jeune (Young Socialist Alliance). Ces groupes m’ont introduit aux fondamentaux politiques de la classe ouvrière et, avec le temps, m’ont convaincu que les maux politiques et sociaux de la société étaient inhérents au système capitaliste. De là, c’était facile de conclure que le « système » devait être changé dans tous ses aspects et que cela requiert l’organisation de la vaste majorité pour lutter pour le socialisme.

Pourquoi avez-vous décidé de faire campagne pour les élections présidentielles 2016 ? Qu’espérez-vous accomplir à travers votre campagne ?

La crise économique mondiale qui a commencé par le crash de 2008 a eu lieu dans une période d’attaques concertées envers la classe ouvrière de manière très large et, en effet, sur les opprimés et les exploités partout sur Terre. Le capitalisme a prouvé à des millions que tous ses fléaux sans précédent – racisme, sexisme, homophobie, lutte contre les syndicats, destruction des services sociaux, incarcérations massives de Noirs, Latinos, et Américains natifs, et le réchauffement climatique, la destruction de l’environnement qui menace la vie même sur Terre – sont inhérents au système lui-même. Ainsi, nous sommes témoins de changements fondamentaux dans la conscience politique et de la naissance d’un intérêt nouveau et massif pour les idées socialistes. Tous les sondages démontrent que la jeunesse en particulier, comme la population plus largement, est plus que jamais ouverte aux idées socialistes. En réalité, la candidature de Bernie Sanders était plus une décision guidée et finement orchestrée par les Démocrates eux-mêmes, qu’une décision d’un politicien capitaliste convaincu pour défier le Parti démocrate.
Socialist Action a décidé d’entrer dans les arènes électorales avec notre campagne présidentielle pour gagner les cœurs, les esprits et les rangs de cette nouvelle frange de la jeunesse radicalisée et, par-dessus tout, pour canaliser leur énergie dans l’émergence de mouvements sociaux et politiques de masse, dont le pouvoir collectif est le prérequis pour défier le système en lui-même. En effet, nous gagnerons cette élection si nous aidons à construire le pouvoir des mouvements de masse organisés et indépendamment des partis du capital, et contre eux ; et, avec le temps, si nous construisons notre parti révolutionnaire de la classe ouvrière.

Quel est pour vous la plus grosse différence politique entre votre campagne et celle des deux partis capitalistes dominants ? En quoi votre programme électoral diffère de celui de Bernie Sanders, qui se proclame socialiste ?

Notre campagne cherche à promouvoir les intérêts de la classe ouvrière et à contribuer à son organisation pour l’abolition du capitalisme. Les partis jumeaux du capitalisme, les Démocrates comme les Républicains, dont Sanders, sont les institutions clés pour défendre et servir l’intérêt de l’élite de la classe dirigeante. Bernie Sanders n’est rien qu’un avocat conscient de la politique de la classe dirigeante, assigné à utiliser la langue du changement social pour renforcer le Parti démocrate. Il est comme un “moins pire”, mis en avant et promu par un capitalisme conduit par la crise, pour encore une fois canaliser le mécontentement social massif dans ce que nous avons toujours appelé le cimetière de tous les mouvements sociaux, le Parti démocrate.

Pourquoi les candidats indépendants, dont les socialistes, sont-ils exclus des débats et des médias dominants ?

Les élections capitalistes ont toujours été la compétence exclusive de l’élite milliardaire, ou même trillionnaire, qui, tous les quatre ans, permet à l’électorat de choisir entre un parti de la classe dominante ou l’autre. Les élections sont exclusivement de leur fait, depuis la sélection des candidats, aux lois qui excluent essentiellement les socialistes du vote, aux entreprises médiatiques qui exercent un monopole quasi total sur le choix des idées traitées, au comptage des votes. Aujourd’hui, les élections sont toujours plus limitées à une frange très réduite de la population, avec quelques 50% des votants éligibles choisissant de ne pas participer et 50% autres votants enregistrés ne votant pas. De plus, de diverses lois anti-démocratiques, racistes et autres excluent consciemment ceux qui supporteraient le plus probablement les candidats anticapitalistes, ouvriers et socialistes.
En 2006, quand j’ai dénoncé une loi californienne qui excluait mon parti de la liste du vote, j’ai été condamné à une amende de 243 000 dollars par un système judiciaire corrompu qui a opéré pour protéger les intérêts des partis de la classe dirigeante.

Comment votre campagne se lie-t-elle à la classe ouvrière, au mouvement ouvrier et aux mouvements sociaux ? Quels mouvements sociaux existants sont spécifiquement importants et intéressants pour vous et votre organisation ?

Notre campagne est consciemment réfléchie pour atteindre les couches les plus larges de travailleurs et d’opprimés possibles. Mon camarade de campagne Karen Schraufnagel et moi avons participé à maintes conférences, débats et forums à travers le pays, pour exprimer nos idées socialistes et pour promouvoir les mouvements sociaux critiques d’aujourd’hui. Nous cherchons à construire et reconstruire un mouvement ouvrier combatif fondé sur des syndicats démocratiques de lutte de classe massivement étendus. Nous cherchons à faire avancer les luttes des Noirs, des Latinos et les autres opprimés. Nous sommes pour la formation d’un parti ouvrier de masse, basé sur un mouvement syndical démocratique, combatif et implanté largement pour les luttes ouvrières dans les secteurs clés du capitalisme . Nous sommes les combattants, les participants actifs et les leaders du mouvement anti-guerre et écologiste, et nous agissons pour une politique de lutte des classes dans le syndicat, en opposition à la politique largement collaborationniste de classe des dirigeants syndicaux actuels. Nos camarades ont toujours été des participants actifs dans toutes ces luttes et toutes celles où les opprimés et les exploités se sont organisés indépendamment et contre les politiques et les institutions du capitalisme. Les élections capitalistes ne sont qu’une tactique limitée pour atteindre de nouvelles franges de la jeunesse et des travailleurs radicalisés.

Comment construiriez/encourageriez-vous l’unité dans l’action des groupes socialistes et des organisations de la classe ouvrière autour de revendications communes ? Quelle possibilité voyez-vous pour une future activité électorale commune sur la gauche ?

Le deuxième prénom de Socialist Action est le front unique, où nous pouvons atteindre l’unité dans l’action, dans des actions indépendantes massives, basées sur des revendications de principe, dont la défense des travailleurs sur leur piquet de grève, pour massifier les mobilisations anti-guerre et environnementales. Nous combattons activement dans la lutte initiée par Black Lives Matter qui exige la fin des meurtres policiers, des incarcérations massives et du système industriel des prisons, institutions racistes et pratiquant le travail forcé. Dans les arènes électorales, d’autre part, nous sommes très critiques de toutes les organisations socialistes qui soutiennent de quelque manière que ce soit les candidats et les partis capitalistes. Aujourd’hui, nous sommes tragiquement témoins d’une large capitulation de la plupart des socialistes aux politiques capitalistes du « moins pire », que ce soit sous la forme du soutien à Sanders ou à la « moins pire » Hillary Clinton ou au parti vert des classes moyennes de Jill Stein, qui a défendu le fait que le politicien capitaliste de toujours Sanders puisse faire campagne en tant que candidat du Parti vert pour les présidentielles. Pour Socialist Action, les intérêts de la classe ouvrière aux élections est l’axe principal de toute notre politique. Nous rejetons toute forme d’unité dans l’arène électorale avec tout parti défendant les intérêts de la bourgeoisie. Nous rejetons tout soutien électoral aux partis capitalistes ou pro-capitalistes, les Verts inclus. Malheureusement, les efforts de recherche d’une “convergence socialiste” sont promus par presque toutes les gauches “socialistes” qui ont défendu le soutien à Sanders, aux Verts et/ou aux Démocrates. Ce seul fait tragique rend toute convergence sérieuse dans l’arène électorale impossible.

Il y a une poignée de socialistes faisant campagne indépendamment des Républicains et des Démocrates. Comment convaincriez-vous les lecteurs et lectrices de Left Voice de voter pour vous ?

À notre connaissance, tous les autres groupes socialistes ont appelé à voter pour Sanders, les Verts ou le Parti démocrate. Le Workers World (« Monde des travailleurs ») et le Party for Socialism and Liberation (« Parti pour le socialisme et la libération ») appellent au vote Sanders aux primaires du Parti démocrate. L’International Socialist Organization (« Organisation Internationale socialiste ») soutient généralement le Parti vert réformiste pro-capitaliste, comme le fait Solidarity (« Solidarité »). Tragiquement, Socialist Alternative (« Alternative socialiste ») a abandonné ses perspectives socialistes quand il a passé le cycle électoral à promouvoir le Démocrate Sanders, qu’il a positionné de fait comme le candidat leader d’une « révolution politique » à l’intérieur du parti capitaliste menant la nation. Ils ont initié la campagne « Mouvement pour Bernie » (Movement 4 Bernie) pour laquelle ils ont récolté 120 000 signatures, poussant Sanders à se porter candidat pour les Verts. Cette même pétition a encouragé ceux qui était réticents à penser en ce sens à voter Sanders dans les Etats « sûrs » (« safe states ») seulement, et a vivement incité au vote pour la Démocrate Clinton dans tous les autres Etats. La seule exception valant la peine d’être relevée est la campagne du Socialist Party (« Parti socialiste »), qui a rejeté le soutien aux candidats capitalistes de quel parti ou groupe qu’ils soient. Nous incitons au vote pour le Socialist Party comme au vote pour Socialist Action. S’il est possible aujourd’hui de mener une campagne sérieuse avec un nombre de groupes socialistes qui poseraient fondamentalement la question du pouvoir indépendant de la classe ouvrière, nous serons les premiers à le faire. Malheureusement, l’état de la gauche socialiste aux États-Unis et plus généralement dans le monde, est bien bas et celle-ci est donc incapable d’amener l’alternative d’une classe ouvrière combative dans l’arène électorale. Il y a un bon fossé ou bien une contradiction entre la colère sans précédent et la haine des travailleurs envers les mesures d’austérité massives qui leur sont imposées, et la non-cristallisation de ce mécontentement dans des groupes combatifs, dans les domaine électoral et politique. Cela limite les socialistes des États-Unis à des efforts politiques de propagande électorale, combinés à un travail constant dans tous les mouvements sociaux. Notre premier élément central sera la transformation de la relative passivité présente en luttes sociales massives.

Pouvez-vous partager quelques remarques sur l’histoire et les origines de votre organisation ?

Socialist Action a 33 ans. Nos origines viennent du Socialist Workers Party (SWP, « Parti des travailleurs socialistes »), fondé par James P. Cannon quand l’opposition de gauche menée par les trotskistes a été exclue des partis communistes stalinisés aux États-Unis et à travers le monde en 1928. Nous nous considérons comme la continuité, et avec ses meilleures traditions, du SWP avant le tragique abandon de son programme révolutionnaire socialiste historique et de ses traditions classe ouvrière.

Pourquoi voter pour des candidats socialistes indépendants est important ? Les socialistes devraient-ils envisager de soutenir le Parti vert de Jill Stein ?

Comme je l’ai dit, nous ne considérons pas Jill Stein ou son Parti vert comme indépendant, socialiste ou basé sur la perspective d’organiser la classe ouvrière au pouvoir. Les Verts sont un parti réformiste de classes moyennes qui depuis sa formation, et encore aujourd’hui, pratique un des-fois-à-l’intérieur-des-fois-à-l’extérieur du Parti démocrate. Stein a incité au vote Sanders aux primaires du Parti démocrate en Californie et a avancé une place pour Sanders sur sa liste du Parti vert, comme si le record de Sanders dans les politiques et partis dirigeants pouvait être transformé par un changement de scrutin. Un vote pour Socialist Action est un vote pour l’organisation indépendante du pouvoir de la classe ouvrière, pour rompre définitivement avec le système capitaliste, pour la construction de mouvements sociaux forts qui ont pour but de défier le capitalisme jusqu’à ses fondements.

L’impérialisme des États-Unis continue de tuer à l’international, que ce soit sous un président Démocrate ou Républicain. Quelles sont vos propositions pour la politique étrangère des États-Unis ? Qu’est-ce que cela veut dire d’être anti-impérialiste dans ce pays ?

Socialist Action se positionne pour le retrait total et immédiat de toutes les troupes américaines partout dans le monde. Nous nous opposons à toutes les guerres des États-Unis. Nous sommes pour l’abolition immédiate du budget militaire entier d’un trillion de dollar, pour la fermeture de toutes les 1 100 bases militaires américaines et le millier de bases à l’intérieur du pays. L’impérialisme des États-Unis n’est rien que l’expression à l’international des intérêts de la classe américaine dirigeante. Nous sommes contre toutes les guerres américaines, qu’elles soient d’intervention, d’occupation, « humanitaires », de drones ou de sanction et d’embargo. Nous sommes des soutiens inconditionnels des droits des nations opprimées à leur auto-détermination, quel que soit le gouvernement de ces nations – dictatures, régimes nationalistes, etc. Ce droit historique à l’auto-détermination des nations comprend essentiellement que la responsabilité des masses des nations opprimées à décider de leur futur ne repose que sur les personnes elles-mêmes et jamais sur les États-Unis ou n’importe quel autre pays impérialiste du monde. Dans toutes ces nations pauvres et opprimées, nous sommes pour la défaite de toutes les forces américaines et pour le retrait immédiat et total des troupes américaines, afin de mettre fin à toutes les formes d’intervention des États-Unis.

Jeff Mackler est le candidat Socialist Action pour les présidentielles américaines. Il parlera à la conférence « The Solution is Socialism  » le 22 octobre à la Central Connecticut State University, sponsorisé par Youth for Socialist Action.
Voir SocialistAction.org pour plus de details.

Propos recueillis par Moisés Delgado
Traduction : Manon Véret
Crédit photo : Site web de Socialist Action