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Jeunesse

Violences de genre et humiliations

Exhiber son pénis, ramper dans la merde… Enquête ouverte à Caen pour bizutage

Ce lundi, les étudiants en deuxième année de médecine à la fac de Caen ont été avertis que leur week-end « d’intégration » n’aurait pas lieu. En cause ? Des pratiques humiliantes, violentes, machistes. Une affaire qui remet en lumière le sexisme en médecine et les problèmes posés par les pratiques de bizutage.

A Caen, le WEB (week-end bizutage ou week-end de bienvenue, c’est selon) concerne les étudiants en deuxième année de médecine. Cette année il a été annulé en raison d’une enquête ouverte par la procureure de Caen pour des bizutages qui ont eu lieu l’année passée, au cours du même événement.

Les syndicats Syndicat étudiant de lutte/Solidaires (SL Caen) et Sud Education sont à l’origine des révélations concernant ces pratiques, après avoir reçu plusieurs témoignages plus qu’alarmants. Photographies, vidéos et témoignages à l’appui, ces organisations disposent d’un dossier adressé à la justice, la présidence de la fac et le rectorat, permettant de prouver qu’au cours de ces week-ends d’intégration, nombreux sont celles et ceux qui ont subi de véritables humiliations, souvent à caractère sexuel et sexiste.

L’association qui organise ces soirées, La Corpo, donne aux participants une liste de 69 « commandements », des défis à relever et qui doivent être filmés pour être validés. Liste découverte sur le groupe secret sur Facebook de l’association. Si les étudiants peuvent gagner des points en payant « un sandwich à un clochard » ou en faisant un don du sang, ils sont particulièrement incités à commettre des actes humiliants, dégradants pour eux ou les autres.

Certains racontent que même s’ils n’étaient pas formellement obligés de le faire, ils étaient mal vus s’ils ne se pliaient pas aux exigences des organisateurs. Les plus « chauds » peuvent aller jusqu’à « ramper dans la merde, les tripes ou les viscères de poisson et manger de la pâtée pour chien ». D’autres devaient « s’échanger un poisson rouge vivant en s’embrassant, le dernier de la chaîne devant l’avaler ».

Par-dessus tout, cette affaire met en lumière le sexisme banalisé et la culture du viol qui règnent dans ce type d’événements. « C’est grave qu’une jeune femme se sente obligée de photocopier ses seins pour s’intégrer » témoigne une étudiante. Entre autres « défis » à relever, les étudiants devaient faire semblant de se masturber ou exhiber leur sexe en regardant une fille droit dans les yeux. Ils étaient également incités à réaliser des vidéos pornographiques.

Ce n’est pas la première fois que les études de médecine en particulier sont pointées pour l’omerta autour des violences de genre qu’y subissent les femmes. Nous avions publié il y a deux ans le témoignage d’une étudiante qui racontait :

« Autre tradition pour se mettre dans l’ambiance, le bizutage. J’en subirai 2, en première et deuxième année, avec une sorte d’obligation de participer pour s’intégrer à la promo, ou plutôt à la corpo des étudiants. Je me vois remettre dès mon arrivée dans le car un livret du participant. Outre les infos pratiques, un concours de points, dont les deux plus gros pôles : 50 points par fille « sautée », 100 pour avoir dépucelé une vierge. Femme-objet, sexe non-consenti, incitation au viol... ».

Ce sont notamment dans les filières les plus élitistes que ce genre du bizutage a lieu, preuve s’il en faut que le sexisme est inhérent à toutes les couches de la population, mais aussi que ceux qui se sentent appartenir au rang des privilégiés agissent bien souvent en toute impunité. Révélateur également d’un malaise dans cette jeunesse qui ne voit d’autre exutoire que l’humiliation d’autrui.

Crédits photo : Sipa Press




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