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Jeunesse

Edito Jeunesse

Sélection. Radicalisation du mouvement étudiant

La situation est excellente. Une semaine et demi après la journée du 22 mars, marquée par une répression des étudiants de Montpellier massivement relayée, la mobilisation contre la sélection semble avoir pris un nouveau tournant. Une évolution qui se caractérise par une augmentation du nombre d’étudiants mobilisées et par une radicalisation des modes d’action.

Un tournant indéniable dans la mobilisation

La mobilisation aura finalement réussi à atteindre les colonnes des médias bourgeois, forcés de se mettre à relayer des luttes qui ont pris une ampleur nouvelle. Si la majorité de ces médias jettent un œil circonspect voir méprisant sur ce phénomène, aucun d’entre eux ne semble pouvoir nier l’extension de la colère étudiante. Pour Europe 1, « la contestation s’étend » [1], pour LCI « le mouvement prend de l’ampleur » [2] tandis que Reporterre observe une amorce de « convergence des luttes ».

Depuis le 22 mars et « l’étincelle » de Montpellier, la progression du mouvement a en effet connu un saut qualitatif, qui s’exprime notamment dans les occupations de nombreux bâtiments d’universités. A l’épicentre du phénomène, une AG de près de 2 500 étudiants montpelliérains votait l’occupation illimitée de la fac le 27 mars. Une modalité d’action entraînante puisque la dernière AG a réuni 3 000 personnes.
Au-delà des facs « stars » du mouvement étudiant, comme Toulouse, Nantes, Rennes ou Bordeaux, le mouvement a également vu des facs moins connues pour leur combativité entrer en lutte. A Nancy, 1 000 étudiants ont voté le 27 mars le blocage d’un des bâtiments de la faculté de Lettres. A Dijon, une centaine d’étudiants ont occupé temporairement la Maison de l’Université le 28 mars avant de se replier dans une salle du campus. De même à Caen, à Strasbourg, à Rouen, des centaines d’étudiants sont actuellement mobilisés, occupant des bâtiments ou des salles, manifestant contre la répression, et poursuivant tous le même objectif de faire tomber le Plan étudiants.

Cette extension de la lutte va de pair avec des attaques contre le mouvement. Des médias comme Le Midi Libre, Ouest France ou Le Figaro, choisissent de mettre en avant les anti-bloqueurs, présentés comme les grandes victimes du mouvement. Pire, la semaine dernière, Quotidien se saisissait du prétexte de dégradations antisémites dans un local de l’UEJF/Alliance à Tolbiac, pour tenter de discréditer les occupants de la faculté, qui avaient pourtant immédiatement condamnés ce saccage. Des attaques rapidement démontées qui n’ont en aucun cas affecté la détermination des étudiants.

Un accord sur la nécessité de convergence avec les cheminots

Par ailleurs, alors que l’on commence à commémorer l’anniversaire de mai 68, le mouvement des cheminots dessine le spectre d’une réponse plus large aux politiques du gouvernement. Les étudiants semblent ainsi avoir bien compris l’importance de la jonction avec ce secteur combatif. A la veille du 3 avril, première journée de grève des cheminots les initiatives se sont multipliées pour soutenir cette lutte.
A Montpellier le 28 mars, plus de deux cents étudiants ont terminé leur manifestation sauvage dans la gare Saint-Roch pour montrer leur soutien. Le même jour et pour la même raison, le cortège des étudiants manifestant contre la répression à Lille passait par la gare de Lille-Flandres. Hier, dans Tolbiac occupée une rencontre entre cheminots et étudiants réunissait plus de 250 personnes. Les cheminots y appelaient les étudiants à se rendre aux AG de gare pour témoigner de leur appui à la lutte, et amorcer une convergence.

La journée d’aujourd’hui sera donc déterminante pour la suite du mouvement contre la sélection. Dans toutes les villes de France, les facs occupées peuvent devenir des points de rencontre entre les secteurs mobilisés. Alors que le gouvernement semble décidé à attaquer l’ensemble des acquis du mouvement ouvrier, de l’éducation à la protection sociale en passant par les services publics, seule une réponse collective et coordonnée des étudiants, cheminots, salariés de Carrefour et d’Air France, hospitaliers, salariés des EHPAD, éboueurs, et enseignants peut dessiner une perspective de victoire.




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