Société

#leprixdelavie

Face aux médicaments trop chers, la censure fait rage !

Publié le 13 juin 2016

Ce lundi 13 avril, Médecin du monde devait lancer une campagne choc intitulée #leprixdelavie sur le prix exorbitant des nouveaux médicaments. Si l’association en a été empêchée par les propriétaires des panneaux publicitaires, l’un de ses objectifs aura quand même été atteint : créer le débat autour du marché lucratif de l’industrie pharmaceutique.

Camilla Ernst

« Bien placé, un cancer peut rapporter jusqu’à 120000 euros », « Une épidémie de grippe en décembre, c’est le bonus de fin d’année », « 1 milliard d’euros de bénéfices, l’hépatite C, on en vit très bien ». Brute, volontairement provocante et sans nuance, la campagne publicitaire se voulait à la fois informative pour la population et dénonciatrice du fonctionnement actuel du marché des firmes pharmaceutiques, qui touche particulièrement aujourd’hui les nouveaux traitements contre le cancer et contre l’hépatite C. Ainsi, la nouvelle molécule commercialisée pour traiter cette dernière, le sofosbuvir, se vend à 41 000 euros les 12 semaines de traitement par patient, alors que sa production ne coûte aux industriels qu’une centaine d’euros. Il en va de même pour le Glivec, un traitement contre la leucémie vendu 40 000 euros par an par patient pour un coût de production de 200 euros. Et ainsi de suite. L’association dénonce ainsi le système de brevets détenus par les industries pharmaceutiques leur permettant de fixer les prix en fonction du marché et des juteux profits qu’elles peuvent en tirer plutôt que de l’intérêt des patients.


Avec cette campagne, l’association a rencontré une double levée de boucliers. La première venant des trois principaux afficheurs, MediaTransport, JCDecaux et Insert, qui ont refusé de représenter de telles affiches dans les transports ou dans la rue, de peur de se mettre en porte-à-faux avec les firmes pharmaceutiques. Une réaction largement révélatrice des collusions entre l’industrie et le monde de la pub, et de la privatisation de l’espace public. De son côté, le Leem, le syndicat patronal des industries pharmaceutiques, est rapidement monté au créneau : « Imaginer que les entreprises du médicament spéculent sur l’aggravation de certaines maladies comme le cancer du sein n’est pas seulement injurieux pour les industriels, c’est également particulièrement choquant et irrespectueux pour les millions de personnes qui se battent quotidiennement contre la maladie. » Ainsi, se permettre de vendre aussi cher des traitements nécessaires à la survie des patients ne serait pas irrespectueux ?


En réalité, la campagne de Médecin du monde soulève deux problèmes. Le premier est celui de la question de la mainmise de l’industrie pharmaceutique sur la production et la commercialisation des médicaments par l’intermédiaire de brevets qui courent de longues années avant la commercialisation possible de médicaments génériques. Le deuxième est le risque que ce genre de traitement extrêmement cher finisse par ne plus être remboursé par la Sécurité sociale, à l’heure où l’État se désengage continuellement du financement de l’Assurance maladie, en même temps qu’il ne cesse d’amputer le budget alloué aux dépenses de santé publique. Et si les exemples choisis par Médecin du monde sont particulièrement criants, il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui le taux de remboursement des médicaments par la Sécurité sociale varie d’un médicament à l’autre en fonction du « service médicale rendu » (fixé soit-dit-en-passant bien souvent en fonction des résultats d’essais cliniques largement financées par les laboratoires pharmaceutiques eux-mêmes) et qu’il est nécessaire pour de plus en plus de médicaments d’avoir un organisme complémentaire privé – et payant – pour compléter le remboursement, limitant de fait l’accès à certains médicaments aux bourses les plus modestes.

Si la campagne de Médecin du monde a le mérite de soulever le débat et d’informer – voir à ce sujet leur site #leprixdelavie et la pétition à signer en ligne –, interpeller l’État par l’intermédiaire de Marisol Touraine ne suffira certainement pas à démanteler un système où règne une industrie pharmaceutique toute puissante et génératrice de bénéfices monstrueux. C’est l’alliance et la lutte coordonnée des salariés de l’industrie pharmaceutique, des usagers et des professionnels de santé qui permettra d’exiger un système de santé entièrement public, un financement de la recherche et de la production pharmaceutique par l’État décidé et planifié conjointement par ces trois acteurs, ainsi que la gratuité des soins, entièrement pris en charge par la Sécurité sociale, sans nécessité de souscrire à des complémentaires privées.

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