Politique

Le favori de la primaire à droite n’aime pas les « pédagogues prétentieux »

Fillon président, à quelle sauce les profs et les personnels pourraient être mangés ?

Publié le 24 novembre 2016

Tous les candidats de la primaire de la droite nourrissent, à des degrés divers, une haine viscérale pour les fonctionnaires. Sur ce chapitre, Fillon se distingue comme le plus virulent de tous, avec ses 500 000 suppressions de postes en vue, à sabrer notamment du côté des personnels de l’Education Nationale. Autre avantage pour le candidat plébiscité par la droite dimanche dernier, il connaît la maison, et son passage aux manettes du ministère de l’Education de 2004 à 2005, n’est pas sans avoir laissé de douloureuses marques dans les mémoires. A quelle sauce vont donc être mangés les profs et les personnels de l’Education Nationale avec Fillon ?

Boris Lefebvre

La « loi Fillon » de 2005 sur l’éducation contient déjà en germe ce que le probable candidat de la droite souhaite appliquer de manière encore plus sévère à l’Education Nationale : école du mérite et école de la répression. Voici les deux facettes d’un même projet qui se décline en un versant aveugle aux inégalités sociales et économiques qui faussent toute idée de mérite et en un versant répressif qui veut imposer une unité républicaine très dure. Fillon avait, en effet, fait passer dans sa loi de 2005 l’idée des bourses au mérite et ainsi que celle du contrat personnel de réussite et le « partenariat école-commissariat » qui met en lien direct tous les chefs d’établissement avec un correspond de la police pour apporter des réponses expéditives aux problèmes de délinquance à l’école.

Une école calquée sur le modèle de l’entreprise


Fillon ne cache pas son amour de l’entreprise. En tant que bon serviteur du patronat français depuis maintenant plus de trois décennies, il s’est fait une spécialité de la privatisation de tous les secteurs qui tombent entre ses mains. Après France Télécom, c’est bien l’éducation nationale qui risque de se voir soumise au modèle de l’entreprise.

Tout d’abord, Fillon prône un assouplissement des réglementations envers les établissements privés. Il veut voir leur nombre augmenter au-delà des 20% imposés par la loi. Performants, ces établissements, souvent catholiques, allient le côté réactionnaire et ultra-libéral de Fillon. C’est sur ce modèle du contrat qu’il veut donc renforcer l’autonomie des établissements. Les directeurs d’établissement pourront désormais recruter les enseignants et leur proposer un plan d’évolution au sein de leur structure. Autrement dit, le directeur devient un PDG chargé de transformer son école en entreprise attractive et compétitive face aux autres établissements du secteur. Cette logique implique que l’avancement des enseignants soit directement confié aux chefs d’établissement. La revalorisation des salaires au mérité participe également de cette dynamique managériale. Ainsi, on pourra avoir un salaire décent si on le mérite, c’est-à-dire si on se fait bien voir de la direction. Cela sera d’ailleurs d’autant plus facilité puisque Fillon a pour projet d’augmenter le temps de présence dans les établissements. Ainsi, le temps de travail sur le lieu d’enseignement passerait, dans le secondaire, de 648 heures de travail par ans à 800 heures. Il va sans dire que ce temps n’implique aucune réduction du temps passé en cours. Comme dans les entreprises, travailler plus et gratuitement.

Une école nationaliste et autoritaire


Le cheval de bataille de Fillon en matière de programme scolaire, c’est l’autorité et les fondamentaux. Lors du dernier débat des primaires avant le vote de dimanche dernier, Fillon s’en est pris à la « caste de pédagogues prétentieux » qui serait, à elle seule, responsable de l’échec de l’école. Cette formule incantatoire de la droite résume l’échec du système scolaire à l’introduction de programmes « égalitaristes » dans les écoles, sans prendre en compte que les suppressions massives de personnels sont une cause beaucoup plus tangible de l’état dans lequel se retrouve l’éducation aujourd’hui.

Ainsi, contre le « complot pédagogique », d’autant plus menaçant qu’il est vague, Fillon réaffirme l’urgence d’apprendre les fondamentaux aux enfants : lecture, calcul et roman national. Contre une histoire critique et destinée à faire comprendre les dynamiques qui président aux événements, Fillon veut rassembler autour des grands personnages et des grandes dates de l’histoire de France. Une histoire donc très nationaliste chargée d’unir autour des valeurs de la patrie et répondre au « problème » de l’Islam. Cette union aussi illusoire que mythique est aussi appelée de ses vœux par la proposition qui incite à réintroduire l’uniforme à l’école. Masquer les différences sociales pour ensuite prétendre qu’elles n’existent pas et qu’elles n’influencent pas le destin des élèves. Pour les récalcitrants, il n’y aura qu’à « corriger leur comportement » comme le stipule le programme éducatif de Fillon. Et si cela ne suffit, la remise en vigueur de la loi visant à couper les allocations familiales pour les élèves trop souvent absents devrait parachever le tableau.

Le programme de Fillon a donc vraiment de quoi révolter les personnels de l’Education Nationale. Pour autant, le projet de Juppé n’était pas essentiellement différent. En accord avec son concurrent sur l’autonomie croissante des établissements, Juppé appliquerait qu’une version soft de la libéralisation de l’école. Côté Hollande, de son côté, les 60.000 postes se font toujours attendre. Quoi qu’il arrive, en mai 2017, il faudra se battre, dans l’Education, si l’on ne veut pas être mangés à la sauce du populisme anti-fonctionnaires.