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Politique

Précarité pour tous ?

Fonctionnaires : bientôt tous contractuels ? Le projet des « experts » du gouvernement

Lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait jugé « inapproprié » le statut général des fonctionnaires. Il n'aura pas fallu attendre longtemps pour qu'il s'y attaque. Alors que sept syndicats appellent à une journée de mobilisation nationale de la Fonction publique le 22 mai contre la réforme du statut et pour le pouvoir d'achat, le gouvernement dévoile son plan.

Le 13 octobre 2017, Edouard Philippe annonce devant les ministres la création d’un Comité action publique 2022 (CAP 22), chargé de « repenser le modèle de l’action publique » autour de trois objectifs : améliorer la qualité des services publics pour les usagers, offrir un environnement de travail modernisé pour les agents, et accompagner la baisse des dépenses publiques pour les contribuables.

Après l’annonce d’un plan social qui ne dit pas son nom, avec le plan de départ volontaire annoncé en début d’année prévoyant la suppression de 120 000 postes dans la Fonction Publique, les premières recommandations de CAP 22 viennent de tomber : le comité presse du gouvernement encourage à recourir massivement aux contractuels dans la Fonction Publique . Composé de pseudo-experts (issus du privé, du public et du monde associatif), on imagine bien que ces avis vont être reçus comme une bénédiction par Emmanuel Macron et le gouvernement Philippe. La méthode rappelle notamment les attaques contre les cheminots, le rapport Spinetta commandé directement par le gouvernement pour préparer l’opinion publique. Une liquidation de la Fonction Publique qui est voulue depuis bien longtemps par les néolibéraux.

Plutôt que d’attaquer les fonctionnaires de front, le gouvernement va choisir d’entériner une Fonction publique à deux vitesses : aux côtés des agents titulaires évoluera une grande partie de collègues précaires. Car oui, le statut des fonctionnaires protège, même relativement, les travailleur-euse-s, et c’est bien pour ça que les « réformateurs » veulent le faire disparaître. Ces nouveaux agents précarisés n’auront pas un emploi à vie, ne bénéficieront pas d’une grille de salaire évolutive et égale, ne pourront pas tirer parti du principe de mobilité et de mutation inscrit dans le statut. A long terme, le résultat recherché est évidemment la disparition du statut des fonctionnaires, pour qu’enfin le contrat de travail précarisé s’impose, partout. Le fonctionnaire, voilà donc l’ennemi principal.

La fascination que porte la presse étrangère conservatrice sur Emmanuel Macron n’est même plus feinte. Alors que The Week, dans son édition du 14 avril 2018, titre « Les Français ont-ils trouvé leur Thatcher ? », The Spectator identifie « trois défis qui auront une influence déterminante » sur le reste du mandat présidentiel : 1) le retour du terrorisme islamique 2) l’islamisme 3) les cheminots .

Aussi dangereux donc que des terroristes, les cheminots incarnent, avec la bataille du rail, la contestation du pouvoir en place. La journée de mobilisation du 22 mai sera une date importante, même si pour l’heure aucune suite n’est annoncée du moins pour la fonction Publique. Cette journée permettra de continuer à tisser les liens de convergence nécessaires. L’occasion aussi de rappeler que « le travail, la sécurité économique et sociale, l’éducation, la retraite, la santé, les loisirs, le transport, l’accès de tous à l’énergie, les grandes infrastructures que cet ensemble implique ne sont pas seulement des services. Ce sont des droits. »




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