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Politique

Des milliards d’euros et des millions de chômeurs

Formation professionnelle : Big Bang ou enfumage ?

La formation professionnelle en France est un système obscur et méconnu, que la ministre du travail, Muriel Pénicaud, a promis de réformer pour le simplifier. Mais cette réforme n’ira certainement pas dans le sens des plus précaires et des sans-emplois.

Ce lundi, Muriel Pénicaud a présenté les grands axes de sa réforme de la formation professionnelle, qu’elle entend transformer en profondeur, pour aller vers une simplification du système. Le texte devrait être présenté au Conseil des ministres courant avril.

Deux enjeux sont au coeur de la réforme : le compte personnel de formation (CPF) sera crédité en euros, et non plus en heure ; le projet marque également la fin du paritarisme dans la formation professionnelle, via la suppression des OPCA (organismes paritaires collecteurs agréés par l’État chargé du financement de la formation professionnelle continue).

Un compte personnel de formation crédité de 500 € par an

Aujourd’hui, les CPF sont crédités en heure. Ainsi, au moins en théorie, chaque travailleur ou sans-emploi peut bénéficier du même nombre d’heures de formation professionnelle. Mais la réforme prévoit qu’au lieu d’être crédités de 35h de formation par an, les CPF passeront à 500€ annuels. 

Avec le changement d’unité et le passage en euros, les travailleurs désirant se former deviennent les grands perdants. Les formations ainsi ouvertes à la concurrence vont devenir plus chères, et n’auront plus la même valeur. A titre d’exemple, le Caces, certificat qui permet de conduire des transpalettes ou des chariots élévateurs à l’issue d’une formation, coûte en moyenne 500€. Mais il représente aujourd’hui 20h sur le total de 35h annuelles créditées sur le CPF. Ainsi si aujourd’hui un ouvrier qui passe le Caces peu prétendre à 15h d’une autre formation, avec la réforme il aura vidé son compte personnel de formation. 

Avec la réforme que promet Pénicaud, les personnes qui désireront se former devront chercher avant tout une formation adaptée à leurs moyens, et non à leurs besoins ou leurs envies. Et pour cela, rien n’est moins simple : la ministre du travail a annoncé vouloir mettre en place un « AirBnB de la formation ». C’est-à-dire une application mobile sur laquelle chacun pourra voir les formations proposées dans sa région, s’y inscrire et… les payer. 

La CGT dénonce cette dernière mesure : « Cette réforme fragilise encore le monde du travail en érigeant une individualisation totale des travailleurs, désormais seuls responsables de leur employabilité ».

Vers la fin du paritarisme dans la formation professionnelle

Le financement de la formation professionnelle représente une enveloppe annuelle de plus de 31 milliards d’euros (dont 45 %, soit plus de 14 milliards d’euros sont issus des entreprises). Jusqu’à présent c’est les OPCA (organismes paritaires – entre représentants du patronat et des syndicats – collecteurs agréés par l’État) qui géraient le financement de la formation professionnelle. 

Désormais ce sera le rôle des Urssaf (organisme privé chargé de missions publiques) de collecter les montants d’une nouvelle taxe unique Apprentissage et formation. Ainsi l’État veut reprendre la main sur le financement des formations et pourra s’il le désire les réduire à loisir dans le secteur qu’il souhaite. 

Par ailleurs les milliers de travailleurs employés par les actuelles OPCA vont devoir se reconvertir notamment dans la gestion du financement des CFA (centres de formation d’apprentis) et la « co-construction » des diplômes.

Enfin, c’est une agence nationale gérée par l’État, les régions et les partenaires sociaux sobrement appelée France compétences qui se chargera du contrôle de la qualité et du prix des formations, en lieu et place des trois instances de gouvernance paritaires actuelles. Une mise à mort en bonne et due forme du paritarisme qui régit actuellement le système de formation professionnelle... et qui ouvre la voie à ce gouvernement des riches pour le vider progressivement de son contenu et de son intérêt - à l’image de la sécurité sociale attaquée depuis la fin du paritarisme avec le plan Juppé de 1995.

À qui bénéficient les formations professionnelles ?

A l’heure actuelle, seuls 15 % de l’argent prévu pour les formations professionnelles bénéficie aux personnes sans emploi, tandis que plus de 42 % de ce dispositif bénéficie aux cadres des entreprises. Pas étonnant quand on sait que les patrons financent presque la moitié du système de formation professionnelle… Et qu’ils n’ont aucun intérêt à former les chômeurs ou les travailleurs peu qualifiés, qu’ils peuvent rémunérer moins cher et ainsi niveler l’ensemble des salaires par le bas.

Mais cela ne changera pas avec la réforme, le patronat sera toujours le principal financier de la formation professionnelle, qu’il continuera à orienter vers la course aux profits et la sacro-sainte compétitivité plutôt que les besoins de la population.




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