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Politique

L'association anti-corruption Anticor attaque l'Etat

Fusion Alstom-Siemens : l’Etat aurait fait gagner 350 millions d’euros à Bouygues

Comme l'a révélé le Canard Enchainé, l'association anti-corruption Anticor a déposé plainte auprès du Parquet national financier afin d’enclencher une procédure pour enquêter sur la « négligence » de l’État dans la fusion de Alstom avec Siemens. En effet, cette fusion qui aurait pû rapporter gros à l’État rapporte gros à Bouygues, 350 millions minimum. A l'image de l'affaire Tapis et du précédent La Garde, l’État privilégie les petits arrangements entre amis plutôt que de défendre les salariés et les contribuables. Rien de surprenant sous le soleil.

crédits photo : Pascal Rossignol

Alstom a été l’un des dossier brûlant de ces deux dernières années. « Le fleuron de l’industrie française » qui produit les TGV, les TER et les tramways, était menacé. Alors que de nombreuses voix s’élevaient pour faire valoir la nationalisation de l’entreprise, l’État français a favorisé sa fusion avec le groupe allemand Siemens, en échange d’un désengagement de l’État. Or c’est ce désengagement qui est remis en question par la saisine de la justice effectuée par l’association anti-corruption Anticor. Une plainte contre X pour « négligence par personne dépositaire de l’autorité publique » a été déposée mais elle vise directement le ministre de l’économie Bruno Le Maire et le président Macron.

En effet l’État aurait volontairement fait cadeau de 350 millions d’euros à Bouygues, en refusant de faire valoir son droit au rachat des 20% d’actions Alstom détenues par Bouygues. Le président d’Anticor a déclaré à l’AFP qu’ « en renonçant à un accord qu’il avait lui-même conclu à son avantage, l’État s’est privé d’une bonne affaire en perdant un gain minimum à court terme de 350 millions d’euros » et donc cela permet « à la société Bouygues de s’en approprier directement le bénéfice ».

« L’ensemble de ces circonstances témoigne incontestablement du caractère abstentionniste et coupable des agissements de l’État »

Bouygues est entré dans le capital d’Alstom en 2006 sous demande de l’État, au prix de 62 euros par titre. En 12 ans, Bouygues a bénéficier de 1,5 milliard de dividendes et primes diverses grâce à sa participation dans Alstom. En juillet prochain, le conseil d’administration et une assemblée générale des actionnaires entérineront la fusion et actera de faite le gain de 350 millions d’euros supplémentaire qui aurait pû revenir à l’État.

Depuis 2014 et jusqu’en octobre dernier, Bouygues prêtait certaines de ses actions à l’État qui contrôlait 20 % du groupe Alstom. Le but étant d’empêcher le dépècement du groupe après le rachat de sa branche énergie par la Général Electric. L’État avait alors annoncé vouloir devenir le deuxième actionnaire d’Alstom. C’est en ce sens que l’accord sur la rétrocession des actions de Bouygues avait été conclu. De fait, l’État pouvait alors bénéficier des 8 euros de primes par action mais Macron, en personne, a décidé de laisser ces dividendes à Bouygues dont le PDG, Martin Bouygues, a soutenu sa campagne présidentielle, un bon retour sur investissement.

Un petit arrangement entre amis au dépend des salariés

Ce mardi, les syndicats ont voté contre la reprise d’Alstom par Siemens mais ce vote n’est que consultatif. Ils espèrent maintenant que la plainte viendra mettre des bâtons dans les roues de cette fusion qui ne garantit en rien les emplois. En octobre dernier, l’intersyndicale estimait que les « synergies annoncées avec ce projet de fusion-absorption font peser les plus grandes menaces sur les emplois dans la construction ferroviaire ». Elle exigeait du gouvernement « qu’il prenne les mesures qui s’imposent pour préserver tous les sites Alstom en France, toutes les activités et tous les emplois sur chaque site ». On voit bien qu’avec cette plainte ce n’est pas ce que le gouvernement a en tête.

Selon la CFE-CGC, en se retirant d’Alstom, l’État a « renié les engagements qu’il avait pris au moment de la vente » des activités énergie à l’américain General Electric en 2014. « A savoir devenir actionnaire de référence pour garantir le maintien des emplois ». A l’époque cette fusion s’était traduite par une saignée dans les effectifs. Alors que General Electric avait promis de maintenir l’emploi, 600 postes auraient été supprimés. On ne peut que se questionner sur la suite avec cette fusion Alstom Siemens, d’autant plus qu’à Grenoble, Alstom/GE Hydro souhaite supprimer sur son site spécialiste en conception et construction de turbines pour barrages 345 postes sur les 800 que compte le site, soit quasiment la moitié de l’effectif.

L’Etat doit prendre ses responsabilités ?

Dans Libération, l’économiste du PCF Frédéric Boccara explique que « l’État doit jouer son rôle de stratège industriel en renégociant avec Siemens. Pourquoi ne pas imaginer un GIE sur le modèle d’Airbus où Français et Allemands seraient à parts égales pour piloter un champion du rail ? La Banque publique d’investissement pourrait par exemple reprendre les parts de Bouygues et obtenir au moins une minorité de blocage. »

Le problème avec cette vision c’est que l’Etat français n’est pas un mur anti licenciement. A PSA, où l’Etat est actionnaire, des usines sont fermées et on licencie massivement. Contrairement à ce qu’affirment les politiciens nationalistes, protectionnistes et souverainistes, les capitalistes français, pas plus que l’État lui-même, ne sont en rien une garantie pour la survie des postes.

Lorsque Alstom a revendu ses parts dans les trois co-entreprises créées à la suite du « mariage » Alstom-GE, la groupe a engrangé 2,5 milliards de dollars qui serviront à payer des dividendes extraordinaires à ses actionnaires notamment ceux qui vont se faire des millions avec la fusion Alstom-Siemens. Pour que l’État « prenne ses responsabilités », il faudra l’y contraindre. Pour imposer « zéro licenciement », il faudrait lutter pour une nationalisation complète d’Alstom, sous contrôle des travailleurs, comme premier pas dans la nécessaire étatisation du secteur industriel des transports.




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