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Notre classe

Retour sur la lutte

GM&S : « Il y a tellement de colère accumulée que tout peut arriver »

Entretien. Au cours de la mobilisation, nous avons recueilli les témoignages de deux salariés du site « Pierre » et « Jean » qui n’ont pas souhaité que leurs noms soient connus.

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Vous avez dans les jambes 6 mois de mobilisation et la volonté d’aller jusqu’au bout. Comment le ressentent l’ensemble des salariéEs ?

Pierre : La grande majorité du personnel est dans l’action et répond aux propositions de la CGT. Il y a à peu près une trentaine qui ne font rien pour diverses raisons, mais ils ont tort de ne pas s’impliquer. C’est notre avenir à tous qui est en jeu.

Comment est organisée votre lutte ?

Pierre : C’est la CGT qui organise tout, à tous les niveaux, et les décisions sont prises en assemblée générale avec une participation allant d’une centaine à plus de 200. Heureusement, beaucoup de monde met la main à la pâte pour aider à tout ce que l’on fait. On bosse plus qu’au boulot, mais au moins c’est pour nous ! Et puis, comme ce n’est pas la première fois qu’on lutte, on est de plus en plus soudé et bien rodé !

Comment se passe la grève ?

Pierre : On est en grève depuis le 11 mai avec occupation. 230 grévistes qui se relaient par équipe de 15 à 30 pour garder l’usine. Tout le monde est volontaire, et nous n’avons pas de problème pour les roulements. On est bien organisé, et s’il y a un coup dur, on peux réunir tout le monde en moins d’une demi-heure !

Pourquoi piéger l’usine ?

Jean : Pour tout faire sauter ! (rires)

Pierre : Dans le passé, à chaque reprise de l’entreprise, on s’est fait avoir. Les patrons rachètent pour « 1 euro symbolique », pillent la boîte et se cassent. Le pire, c’était Altia. Ils nous ont tout pris et les dirigeants ont mis les bâtiments en SCI (société civile immobilière) et continuent à ponctionner 240 000 euros par an. Personne ne fait rien ! Alors, si on a piégé, c’est pour se faire entendre, et s’il n’y a pas de solution, à quoi bon leur faire cadeau de l’usine...

Est-ce que la manif réussie du mardi 16 mai vous a été utile ?

Jean : Oh que oui ! Ça montre qu’on n’est pas tout seul, qu’on est bien soutenus. Ça m’a fait chaud au cœur.

Pierre : Moi, j’en eu les larmes aux yeux de voir tout ce monde venu nous soutenir.

Et le soutien de Mélenchon et de Poutou ?

Jean : C’est très bien qu’ils soient venus, ils ont multiplié la présence des journalistes, ça fait encore plus parler de notre lutte. Je n’ai pas suivi tout ce qu’ils ont dit, mais j’étais très content de les voir avec nous.

Est-ce que vous envisagez de joindre les autres entreprises comme Whirlpool, Tati où Vivarte qui sont dans la même situation afin de regrouper les forces ?

Jean : Aucune idée. Peut-être que c’est possible, je ne sais pas... Mais quand on peut, on aide. On a été soutenir l’hôpital d’Aubusson, les agents du CHU de Limoges quand ils étaient en grève... Ici à La Souterraine, on est avec les gars de la SNCF qui se battent contre la fermeture de la gare.

Quand est-il pour vos salaires ?

Pierre : Pour l’instant, nos salaires (de base) sont versés normalement, hors journées de grève bien sûr, mais pour mai nous n’en savons rien. La Région a proposé une avance de 580 000 euros pour payer les salaires, mais sous réserve de poursuite de l’activité.

Ce week-end, le gouvernement a fait de nouvelles propositions. Vous en êtes où ?

Jean : Pas plus avancé, c’est toujours le flou. On en a parlé ce matin et les syndicats discutent en ce moment (lundi 22 mai) à la préfecture. Pour moi, ce n’est pas assez.

Pierre : Déjà, cela prouve qu’on a eu raison de se bouger. Si on avait rien fait, il y a longtemps que la boîte serait fermée. Pour notre avocat, ce n’est pas suffisant. Il manque au moins 10 millions d’euros pour garder tout le monde. On ne veut pas de licenciements.

Qu’envisagez- vous après la nouvelle manifestation du 23 mai au tribunal de commerce de Poitiers ?

Jean : Faut voir, c’est pile ou face. Si le tribunal prolonge, ce sera un soulagement. S’il liquide la boîte, il y a tellement de colère accumulée que tout peut arriver...

Pierre : On a tout fait pour obtenir un sursis. On verra...

Propos recueillis par Hubert du NPA Limoges




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