^

Politique

Ce dont rêvent les patrons pour 2017

Gattaz à l’université du MEDEF : « le monde est une formidable opportunité de marché »

Pierre Gattaz a introduit l'université d'été du MEDEF par un discours d'une trentaine de minutes, dessinant l'horizon du capitalisme français d'ici 2030. Quand les patrons nous disent ce dont ils rêvent, il est intéressant de voir un peu de quoi il retourne.

Crédit : ERIC PIERMONT. AFP

Gattaz a réédité les palabres de 2016 sur l’économie en mutation. Mais cette fois, on le sent très en attente des futures réformes du gouvernement.

L’amour de l’entreprise ne suffit pas au MEDEF, maintenant il faut des actes.
Pour Gattaz et l’ensemble des patrons cordialement invités à la grand-messe patronale, il y a quatre grands chantiers à mettre en oeuvre. Les chefs d’entreprises qu’il dépeint sont apparemment soit morts de trouille à l’idée d’embaucher, soit tétanisés par la bureaucratie (dont on sait qu’elle inhibe jusqu’à certains ministres qui ne savent pas se débrouiller avec une déclaration d’impôts), soit empêchés de se livrer corps et âme à l’embauche faute de marges suffisantes, ou encore parce que les talents ne sont assez bien formés par l’ENA. Damned.

Mais pour ces quatre chantiers, le MEDEF a quatre solutions :

1) un effort de pédagogie, pour valoriser l’entreprise, quitte à écouter les critiques. Gattaz réclame que les chefs d’entreprises nous fassent part de « leurs peines et leurs joies ». C’est sans doute le moment littéraire du discours, le reste est nettement plus technique.

2) continuer le combat grâce aux ordonnances (qui apparaissent comme la véritable carotte de tout le discours, Gattaz dit même que « tout y est ». On s’en doutait. Et le Projet de Loi de Finances 2018 : le MEDEF attend un effort du gouvernement pour soulager la fiscalité des entreprises, qui a beaucoup apprécié le CICE déjà (les marges des entreprises sont passées de 28 % à 32%), mais souhaite retrouver de belles marges pour faire face à la concurrence des autres Etats membres de l’UE (moyenne des marges 40 %)

3) Un MEDEF de conquête, qui n’est plus simplement défensif (même si on n’avait pas vu qu’il était en position de défense). Il faut conquérir les marchés, se lancer dans l’export. Une fois les patrons guéris de leurs anxiétés d’embaucher, ils s’apercevront qu’en Inde, en Chine, en Afrique, « le monde est une formidable opportunité de marché ».

4) La réforme de l’apprentissage permettra aux écoles de produire les talents nécessaires à l’entreprise. Gattaz et le MEDEF se mêlent donc de plus en plus de l’Education nationale. Blanquer (salué d’entrée de jeu puisque l’université d’été se tient à HEC, que Blanquer a présidé) est donc invité à réaliser le « rêve » du MEDEF.

Ces quatre blocs de réforme sont essentiels selon Gattaz, et on sait que le gouvernement est déjà en ordre de marche pour les réaliser. Ce n’est pas un coup de poker cependant. Gattaz rappelle en début de discours un proverbe à l’adresse des politiques : « ce n’est pas le plus gros qui bat les plus petits, mais les plus rapides et les plus agiles qui peuvent vaincre les plus lents ». On s’attend donc à une course de vitesse et Gattaz et le MEDEF se proposent explicitement de donner le tempo.




Mots-clés

Gattaz   /    Medef   /    Politique