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Politique

Après la carotte, le bâton

Gilets jaunes : le gouvernement durcit le ton

Face au mouvement des gilets jaunes, qui dure depuis le 17 novembre, Macron et son gouvernement cherchent à faire taire la colère, mais ne trouvent pas d’autre solution que de durcir le ton face à un mouvement qui se poursuit avec des blocages d’autoroutes et de dépôts pétroliers.

Crédits photo : AFP - Thierry Zoccolan

Dans un premier temps, les grands médias et le gouvernement semblaient plutôt bienveillants envers les « gilets jaunes », ce mouvement de blocage des routes et péages contre la hausse des prix des carburants – qui s’est rapidement transformé en protestation contre la vie chère et contre la politique de Macron en général. Mais le mouvement se poursuit au-delà des attentes avec des blocages d’autoroutes et de dépôts pétroliers qui continuent.

Dès mardi matin, le Ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a changé de ton sur les plateaux de France 2 : « On voit bien aujourd’hui qu’on a une dérive totale d’une manifestation qui pour l’essentiel était bon enfant samedi. On voit qu’on a une radicalisation avec des revendications qui ne sont plus cohérentes, qui vont dans tous les sens ». Castaner a même été jusqu’à accuser les gilets jaunes d’affaiblir le pays face au terrorisme, puisque qu’ils mobiliseraient un trop grand effectif de policiers.

On observe également un changement de discours, la presse et les politiciens mettant désormais d’avantage l’accent sur les quelques actes homophobes et racistes commis lors du 17 novembre. Ces actes sont en effet absolument inacceptables et il convient de les condamner fermement. Cependant, ces incidents minoritaires sont ici utilisés pour discréditer une révolte légitime et pour faire apparaître le mouvement comme contrôlé uniquement par l’extrême droite, ce qui n’est pas le cas – bien que sa présence à certains blocages et sa tentative de récupération du mouvement soit extrêmement problématique.

Soulignons au passage l’hypocrisie de la dénonciation des actes réactionnaires effectuée par des hommes politiques comme Castaner. Ce dernier, quand il s’agit du mouvement des gilets jaunes, déclare que « Chaque insulte, chaque agression homophobe est une injure à notre pacte républicain ». Mais lorsqu’il s’agissait d’excuser les sorties de son confrère Gérald Darmanin opposé au mariage pour tous : il se contentait d’un simple « on a tous dit des bêtises ».

C’est aussi une manière d’assimiler les principaux acteurs des gilets jaunes, c’est-à-dire les classes moyennes et populaires des petites villes et des campagnes, à une image méprisante de « beaufs » rétrogrades – là encore, un raccourci facile pour décrédibiliser le mouvement qui, certes, regroupe différentes catégories de population, parfois avec des opinions rétrogrades, mais qui dans l’ensemble exprime des aspirations légitimes et progressistes, notamment la lutte contre l’injustice fiscale et contre la baisse du pouvoir d’achat.

Les organisations patronales se sont par ailleurs opposées au mouvement. Ainsi les transporteurs routiers, mais aussi l’Union des entreprises de proximité, la Confédération des petites et moyennes entreprises ainsi que le Medef se sont dissociés publiquement des « gilets jaunes ».

Ce qui a poussé le gouvernement à tenter d’être dialoguant avec ce mouvement, c’est non seulement son acceptation large dans la société (73% disent soutenir les gilets jaunes) mais surtout car les gilets jaunes représentent pour beaucoup la base sociale de Macron, c’est-à-dire les catégories socio-professionnelles ayant voté pour lui et dont il cherche à maintenir l’adhésion en vue des prochaines élections. Le gouvernement a donc dû tenter d’apaiser lui-même la colère avec des mesures telles que la généralisation du chèque énergie ou encore le vote à la dernière minute, vendredi 16 novembre, de dispositifs censés désamorcer la gronde.

Oui mais voilà ; au vu de la tournure que prend le mouvement, qui perdure et se durcit lui aussi, le gouvernement commence à sentir que la colère est profonde et qu’elle n’est pas prête de s’éteindre. Dans cette situation, le gouvernement n’a pas de relais. Ainsi, comme à son habitude, le gouvernement ne sait pas faire autrement que de passer en bulldozer pour écraser les contestations à sa politique. C’est le sens des dernières déclarations d’Édouard Philippe aux députés En Marche : "Nous allons faire ce sur quoi nous nous sommes engagés" ; « nous gagnerons collectivement par la cohérence, la constance et la détermination ».

Démontrant une certaine fébrilité, Emmanuel Macron lui-même est sorti de son mutisme, lui qui était en déplacement à l’étranger et avait déclaré dimanche qu’il ne s’exprimerait qu’ « en temps voulu ». Ainsi, il a profité d’être à l’extérieur pour se poser en arbitre de la situation, laissant Castaner et Philippe endosser le mauvais rôle. Le président tente d’afficher un profil ferme mais tranquille, prônant le « dialogue » et « l’explication » mais surtout pas un changement de cap de la part du pouvoir.

Macron, qui avait tant souhaité « passer au dessus des corps intermédiaires » ne peut plus compter sur ceux-ci pour canaliser la colère. Le mouvement étant relativement spontané et n’étant pas encadré par ces « corps intermédiaires » que sont les syndicats – ce qui s’exprime notamment par un mouvement « sans leader » –, Macron n’a personne avec qui discuter pour calmer le jeu. Pour tenter de reprendre la main, pas d’autres solutions que de durcir le ton – mais il n’est pas garanti que cela fonctionne.




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