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Politique

Le ridicule ne tue plus

Gonflée ! A Nice, Le Pen essaye de draguer à gauche

Bien consciente du plafond de verre à laquelle elle se heurte, Le Pen ne rechigne devant rien pour ratisser large. Pas même draguer à gauche. Et de façon bien explicite, avec des gros sabots, de façon à ce que tout le monde comprenne le message.

On aurait cru entendre du Mélenchon dans le texte. Sauf qu’à la tribune, c’était bien la fille Le Pen qui tenait meeting. La scène se passe à Nice, bastion FN s’il en est, jeudi soir. Le Pen a fait le plein de voix, en arrivant quasiment en tête dans la ville d’Estrosi, tout juste devancée par le meilleur ami de l’édile, François Fillon. Elle arrive néanmoins en première place dans cinq des six départements de Provence-Alpes-Côte-d’Azur. En PACA, elle a fait près de 28% des voix. Mais c’est loin d’être suffisant pour progresser qualitativement.

Ce n’est donc pas seulement à droite qu’elle peut escompter gagner, mais en essayant également de gratter à gauche. Si, du coup, les thématiques du meeting ont été structurées autour des deux grands classiques de l’extrême droite xénophobe, à savoir « la sécurité » et « l’immigration incontrôlée », Le Pen a également varié dans son discours pour s’adresser aux électeurs de la France Insoumise.

III° Reich


En référence à son intention de frapper un grand coup, d’entrée de jeu, par ordonnances, Le Pen a ainsi accusé Macron de vouloir « mener une guerre éclair contre les travailleurs ». Blitzkrieg, donc. Au FN, on ne rechigne jamais devant le jeu de mots de mauvais goût.

Poursuivant sur sa lancée, Le Pen a rhabillé son concurrent pour l’hiver : « Emmanuel Macron est un banquier d’affaires. Il a le caractère qu’il faut à ce métier. Cette capacité à prendre des décisions dans le seul objectif du profit, de l’accumulation d’argent, sans aucune préoccupation pour les conséquences humaines de ses décisions ». On sait qu’en termes d’accumulation d’argent, Le Pen père et fille en connaissent un rayon. On sent l’experte. Et comme les militants frontistes ont toujours beaucoup de tact pour choisir leurs slogans, ils ont enchaîné sur un « Macron, Macron, on t’encule ! ».

David contre Goliath


Cela tombait fort mal puisque Le Pen a poursuivi en promettant de n’être aucunement préoccupée par « l’orientation sexuelle », la couleur de peau ou la religion de ses potentiels électeurs. On croit rêver, surtout vu l’état d’esprit de la salle. Mais le FN, selon Le Pen, c’est « David contre Goliath ».
« Je dis aux Français, dégagez-les ! ».

Mais ne se démontant devant aucune contradiction, après avoir passé un peu de temps sur un petit chalutier avant le meeting, Le Pen a continué la pêche aux voix. Après avoir célébré les travailleurs et une Europe colorée, cité Jaurès (après De Gaulle), elle a lancé un tonitruant « dégagez-les ! ».

Quelle victoire ?


En privé, le staff resserré de Le Pen estime qu’obtenir 40% au second tour serait déjà une belle victoire, d’où les tirades populistes en direction de la gauche qui, par ailleurs, suscitent pas mal de tiraillements entre Philippotistes et Marion-maréchalistes au sein du Front.

Ce qui est sûr, c’est qu’aucune voix ne doit aller à la bourgeoise de Saint-Cloud ni au banquier de chez Rothschild. Pour nous, ce sera dans la rue que ça se passera, à commencer par le Premier Mai, la seule façon pour démontrer que pour battre en brèche les lois antisociales et racistes du quinquennat qui s’achève, il n’y aura que les combats, dans les entreprises, sur les lieux de travail et d’étude, qui compteront. On sait combien, sur ce terrain, Le Pen et Macron se ressemblent, en bons candidats bourgeois : indépendamment des tirades sur le peuple, la lutte, les débrayages et les grèves, ils y sont allergiques. Rendons-les malades !




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