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Monde

La gauche révolutionnaire face aux verrous de la bureaucratie syndicale

Grève générale en Argentine : accentuation de la crise économique dans le pays

La direction de la plus grande confédération syndicale d’Argentine, la CGT, appelle aujourd'hui à une grève générale de 24 heures. De l'est à l'ouest, du sud au nord, les travailleurs des transports, des banques et des services de collecte des ordures sont en grève totale, appuyés par les professeurs et les travailleurs de l'industrie. C'est la troisième grève générale qui a lieu dans le pays depuis l'investiture du président Mauricio Macri. Dans un contexte où les éléments annonçant une grave crise économique se multiplient, notamment avec l’annonce de l’intervention du FMI dans le pays, une lutte s’est installée entre la bureaucratie syndicale, qui n’a appelé à cette journée de grève que pour calmer les velléités populaires, et les organisations de la gauche révolutionnaire, qui la poussent à prendre en compte les revendications du non-paiement de la dette extérieure et la lutte pour les droits des femmes, quelques jours après le vote des députés argentins en faveur du droit à l’avortement.

Ces dernières semaines, les signes annonciateurs d’une grave crise économique se sont multiplié en Argentine. C’est en effet en plein milieu d’une situation explosive que la CGT a été poussée à organiser le blocage complet de l’activité du pays, alors que la majorité de la population manifeste de plus en plus de colère et de rejet envers le gouvernement.

Le pays est pris dans un étau entre l’austérité imposée depuis des années par Mauricio Macri, président de droite élu en 2015, et les conséquences de sa politique économique d’ouverture au capital financier étranger, combinée à une baisse des impôts aux entreprises, qui a généré un très fort endettement extérieur. Dans un pays où la quasi moitié du trésor national s’évalue en dollars, cette dette s’intègre dans une situation internationale d’instabilités et de tensions économiques, à laquelle Trump a décidé de répondre à l’offensive en augmentant les taux d’intérêts et en dévaluant le dollar.

De par la structure semi-coloniale de l’Argentine et sa dépendance au commerce extérieur, l’ensemble de ces facteurs a engendré une situation de possible stagflation, c’est à dire d’une perte de la valeur de la monnaie du pays (le peso) sur plusieurs mois, soit un scénario de récession économique. Mauricio Macri a annoncé le pacte avec le diable : relancer un crédit stand-by avec le FMI de Christine Lagarde, livrant ainsi le pays à un plan généralisé d’adaptation du travail aux nécessités du capital international. Alors qu’il avait été mis en difficulté par la forte mobilisation qui avait émergé en décembre dernier en réponse à la réforme des retraites, le gouvernement se retrouve aujourd’hui sans porte de sortie.

La population quant à elle voit son salaire perdre en valeur jour après jour, alors que le gouvernement a promis une hausse de seulement 15% et qu’on annoncerait jusqu’à 40% d’inflation rien que pour l’année 2018. Le souvenir traumatique de l’intervention du FMI de 2001, année de grave crise économique en Argentine, a forgé un grand rejet populaire à cette décision poussant le gouvernement à opérer un tournant autoritaire pour imposer ses réformes.

Une nouvelle fois, les bureaucraties syndicales n’ont en aucun cas proposé un plan pour lutter réellement contre Macri et sa politique austéritaire ; elles ont appelé à une journée de grève générale pour ne pas être remises en question, dans un moment de défiance accumulée envers leur politique conciliatrice. Leur tactique pour calmer la pression de la base tout en évitant la politisation du conflit n’a cependant pas empêché la grève d’être un succès et d’imposer un rapport de force au gouvernement, qui s’inquiète déjà du coût économique d’une telle journée. La gauche révolutionnaire argentine a en ce sens joué un rôle d’avant-garde.

Camilo Mones, dirigeant du Parti des Travailleurs Socialistes (PTS) et du Mouvement des Regroupements Classistes (MAC) rappelle dans une interview donnée à LaIzquierdaDiario « La proposition concrète est encore une fois celle d’une grève active, et non d’une grève du dimanche. La bureaucratie syndicale a appelé à une grève grâce à la pression de sa base, alors que la semaine dernière les camarades femmes on fait la preuve qu’elles pouvaient remporter la première étape pour la légalisation de l’avortement grâce à leur mobilisation. » Un autre camarade ajoute « Nous on pense que la clé est ici dans la rue, que nous devons sortir et donner corps à cette grève pour qu’elle soit visible pour toute la société ». L’interview se termine avec une travailleuse de l’ex-Kraft « Tout ce qui arrive aux travailleurs aujourd’hui à cause de l’austérité et de l’inflation, nous en souffrons doublement en tant que femmes. » Malgré tous les efforts de la bureaucratie pour que les travailleurs ne sortent pas dans la rue et considèrent la grève comme un jour de vacances, la pression à gauche de la part des partis trotskystes et notamment du PTS est publiquement reconnue.

Pour les travailleurs argentins, il n’y a que deux issues à la crise qui commence : celle de l’esclavagisme du travail et d’une grave récession comme celle de 2001, mais cette fois sans que la situation internationale ne permette une récupération partielle et rapide, comme ce fut le cas après 4 ans de pauvreté à niveau inégalé dans le pays, ou alors celle de la victoire des travailleurs. Celle-ci impliquerait la construction d’une gauche révolutionnaire qui se met en mouvement pour inclure toutes les revendications des secteurs opprimés de la société, rejeter le paiement de la dette externe et la dépendance du pays au capital financier étranger, pour avancer vers une société réellement au service de ceux qui la font au quotidien : les travailleurs.




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