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Monde

Les revendications patronales et xénophobes ne sont pas les nôtres

Guyane. « Statut particulier », autodétermination et auto-organisation

La presse hexagonale pointe la nouvelle revendication sur un « statut particulier » pour la Guyane. Mais, qu’est-ce que cela veut dire ? Autonomie ? Indépendance ? Comment les intérêts des travailleurs et des classes populaires pourraient être représentés ?

Le statut de la Guyane, « question tabou », au moins pour certains. Département, français, d’outre-mer. Mais surtout pas colonie. Autonomie, peut-être. Mais surtout pas indépendance. Inévitablement, en effet, la question du statut de la Guyane s’est invitée dans la crise sociale de cette vieille colonie française.

Partie des revendications sociales et économiques diverses, confuses, polyclassistes ; au milieu d’exigences de plus de moyens pour les écoles et les hôpitaux, de mesures contre le chômage et la précarité, pour plus et meilleures infrastructures et services publics, se sont engouffrées des revendications réactionnaires sécuritaires, contre les étrangers, des revendications patronales comme la baisse d’impôts, entre autres.

Cependant, une chose était claire, au moins au début : personne ne parlait du statut de la Guyane. Mais cette situation n’a pas su durer. Et au bout de deux semaines de mobilisations et moins d’une semaine après le début de la grève générale, on commence à parler de « statut particulier » pour la Guyane.

Derrière cette revendication c’est un flou total qui se cache pour le moment. Certains estiment qu’il s’agirait de remettre sur la table la proposition d’autonomie, déjà rejetée massivement en 2010 par les électeurs, même si avec une participation très faible (48 %). Ainsi, la Guyane serait régie par l’article 74 de la Constitution, « un statut qui tient compte de [son] intérêt propre au sein de la République ». 

Comme explique le juriste Blaise Tchikaya au journal La Croix : « Les lois applicables en Guyane seraient ainsi celles qu’auraient élaborées leurs assemblées élues dans les domaines déterminés par la République en amont. Par exemple, ils n’auraient évidemment pas le droit de changer le drapeau et devraient aménager leur politique extérieure par rapport à la ligne définie par le Quai d’Orsay. Mais cela signifie que la collectivité devrait se gérer elle-même, avec l’aide de la France pour améliorer un service public défaillant ».

Autrement dit, un projet complètement compatible avec les intérêts de secteurs du patronat local qui, tout en maintenant la soumission politique et économique du pays à la France, seraient intéressés par la possibilité de développer plus facilement des affaires avec les pays limitrophes et de la région. Ce qui n’est aucunement une garantie pour que les investissements nécessaires et urgents dans la santé, l’éducation, les services publics, les infrastructures, pour lutter contre le chômage et encore moins pour le respect des revendications culturelles des populations locales, soient débloqués.

En effet, sur cette question particulièrement importante, comme pour l’ensemble des autres revendications sociales, nous touchons à un aspect central : l’indépendance de classe des exploités et opprimés de la Guyane vis-à-vis du patronat local et de l’impérialisme français. Le mouvement guyanais a un caractère ouvertement polyclassiste, de conciliation de classe. Et cela dès le début. Par exemple, parmi ceux qui négocient au nom du mouvement avec le gouvernement français ont trouve le représentant du MEDEF local, Stéphane Lambert ; on retrouve également l’ancien policier, Mickaël Mancée, porte-parole charismatique du très réactionnaire mouvement des « 500 frères contre la délinquance ».

Dans ce contexte, on peut se dire qu’il est insensé de laisser la défense des revendications des travailleurs et des classes populaires entre les mains de ces gens-là. Et encore moins celles touchant au droit démocratique fondamental de l’autodétermination des peuples. La seule façon de garantir que les intérêts ouvriers et populaires soient réellement défendus c’est au travers de l’auto-organisation des travailleurs, de la jeunesse et des classes populaires dans les lieux de travail, dans les établissements scolaires, dans les quartiers populaires.

Les salariés et la jeunesse précarisée doivent organiser et décider des revendications de leur lutte à travers des organismes d’auto-organisation, comme des conseils ouvriers et des quartiers populaires. Dans ceux-ci, des représentants seraient élus, avec un mandat de la base et révocables à tout moment, pour porter les revendications ouvrières.

C’est seulement de cette manière que le droit à l’autodétermination de la Guyane pourrait être discuté librement. C’est seulement de cette manière que les exploités et opprimés de la Guyane pourraient s’assurer qu’on ne bafouera pas leurs revendications au nom d’une soi-disant « autonomie » ou même d’une (fausse) indépendance en adéquation avec les intérêts des classes dominantes locales. L’auto-organisation des travailleurs et des classes populaires est fondamentale pour éviter que les exploités et opprimés guyanais soient montés contre leurs frères et sœurs de classe immigrés, venus des pays limitrophes ou de la région, contrairement à ce que revendiquent des mouvements comme les 500 Frères.

La misère structurelle de la Guyane, ainsi que des autres colonies françaises, n’est pas un « accident » du destin mais un plan conscient de l’impérialisme français. La dépendance vis-à-vis de l’Hexagone est nécessaire au maintien du colonialisme ; elle est fondamentale pour empêcher que les peuples puissent décider de leur propre sort.

Le grand capital et les classes dominantes françaises « n’oublient » ni « n’abandonnent » la Guyane. Ils la laissent sciemment dans un état de misère et de sous-développement. Ils ne peuvent pas prendre le risque de perdre une colonie aussi stratégique d’un point de vue militaire, géopolitique et économique. Le patronat local s’en accommode et tire son épingle du jeu. Il est temps que les travailleurs et les classes populaires imposent leurs intérêts, allant jusqu’à arracher leur indépendance vis-à-vis de l’impérialisme français s’ils le souhaitent. Une indépendance qui ne pourrait être totale et réelle que dans le cadre d’une lutte pour un gouvernement des travailleurs et des opprimés, en expropriant les multinationales françaises et les grosses fortunes locales.




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