Monde

Bombardements en Syrie

Hollande et ses « hérauts de la liberté » contre Daech

Publié le 23 novembre 2015

L’Organisation des Nations unies (ONU) a approuvé une semaine après les attentats du 13 novembre à Paris et à Saint-Denis une résolution autorisant « toutes les mesures nécessaires » dans la lutte contre Daech. Cette résolution légitime la grande coalition impérialiste qu’Hollande cherche à mettre sur pied depuis la semaine dernière et constitue une consécration symbolique de son union sacrée sur la scène internationale.

Ivan Matewan

Un blanc-seing international pour Hollande et les bombardements en Syrie

La résolution proposée par la France a été adoptée samedi 21 novembre à l’unanimité par l’ONU. Elle définit le cadre politique et « légal » dans lequel la France et ses alliés impérialistes peuvent continuer à intervenir en Syrie au nom de la lutte contre Daech. Elle autorise « toutes les mesures nécessaires » afin de détruire cette « menace mondiale et sans précédent contre la paix et la sécurité internationales ». Bien que l’action militaire ne soit pas explicitement autorisée par le texte, les diplomates sont tous d’accord sur le fait que des mesures militaires peuvent être légitimement prises dans ce cadre.

Ce vote montre l’importance du soutien dont bénéficie Hollande à l’échelle internationale. Selon le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius (qui a dû avaler quelques couleuvres, lui qui refusait jusqu’à hier qu’on puisse envisager de laisser en place Bachar al-Assad et traiter avec les Russes), « tous les États s’engagent concrètement dans ce combat, qu’il s’agisse de l’action militaire, de la recherche de solutions politiques ou de la lutte contre le financement du terrorisme. » Le Premier ministre britannique, David Cameron, a même déclaré que ce vote montrait « qu’il n’y avait aucun doute sur l’ampleur du soutien international pour faire davantage en Syrie et pour une action décisive afin d’éradiquer l’État Islamique ». Cette déclaration a été confirmée plus tard par un diplomate onusien selon qui « il est fort probable de voir de nouveaux pays rejoindre la coalition militaire ».

La nouvelle politique militaire française semble, en ce sens, plébiscitée à l’échelle internationale. Cette résolution donne d’ailleurs un blanc-seing à Hollande et aux autres puissances impérialistes pour poursuivre, sous couvert du soutien de l’ONU, leurs interventions militaires qui ne tarderont pas de s’intensifier en Syrie et en Irak, sans pour autant que ne cessent, en sous-main, leurs rivalités. Tous, en effet, ne poursuivent pas le même agenda. Pas plus la Syrie et l’Iran que les États-Unis, l’Allemagne ou la France. Il n’en reste pas moins que, sur le front Daech, les dissensions semblent être mises en berne afin de laisser place à cette large coalition.

Les « hérauts de la liberté » s’organisent contre Daech

Alors que l’Union sacrée contre Daech vient d’être consacrée sur la scène internationale, Hollande continue ses efforts afin de constituer effectivement cette grande coalition. Hier, il s’est entretenu avec David Cameron qui était officiellement à Paris pour se recueillir devant le Bataclan. À l’issue de leur rendez-vous, celui-ci a affirmé son soutien à Hollande et annoncé qu’il demanderait cette semaine au Parlement britannique d’approuver l’intervention en Syrie aux côtés de la France. Il est possible qu’au niveau de l’opinion publique, la décision ait plus de mal à passer, tant le mouvement anti-guerre, très fort en 2003, est encore présent dans les esprits. Le nouveau leader du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, est d’ailleurs un farouche adversaire de toute intervention, et ce contre l’aile droite et les principaux ténors de son parti. Hollande rencontre aujourd’hui Barack Obama à Washington, dînera demain avec Angela Merkel avant de s’entretenir jeudi 26 novembre avec Vladimir Poutine à Moscou. Mais sa grande tournée guerrière ne s’arrête pas là : dans les jours à venir, il rendra visite également à Matteo Renzi en Italie, à Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, au Premier ministre canadien Justin Trudeau et, enfin, au président chinois Xi Jinping.

Pour sa part, Poutine a lui-même entrepris sa propre campagne « diplomatique » en rencontrant lundi 23 novembre Ali Khamenei, guide suprême d’Iran, à Téhéran. Les deux parties ont affirmé l’unité de leurs points de vue sur la Syrie.La ligne politique de Poutine ayant été confortée par le tournant militaire de la politique de Hollande, il essaie, en alliance avec l’Iran, de faire pencher autant que possible la balance en faveur du président syrien Bachar al-Assad en dénonçant « le caractère inadmissible des tentatives extérieures de dicter les scénarios du règlement politique ». Quant à la diplomatie française, afin de maintenir cette grande coalition permise en grande partie par la conjoncture actuelle et non pas par une communauté d’intérêts structurelle, elle assure « ne pas vouloir se substituer aux pourparlers de Vienne » ni à une transition politique.

Les impérialistes français, britanniques, nord-américains, Poutine et la théocratie iranienne se posent ainsi en « hérauts de la liberté ». Pourtant Daech est l’émanation même de l’invasion impérialiste de l’Irak en 2003. Le virage politique à 180 degrés opéré depuis le 13 novembre par la France en direction de la Syrie, et la nouvelle coalition qui se met en place et s’apprête à intensifier les bombardements dans la région, ne manqueront pas de détruire encore davantage des sociétés, en Irak et en Syrie, ravagées par des années de guerre impérialiste, et de tuer encore des dizaines de milliers de civils. Une « solution » qui finit par renforcer l’organisation qu’elle prétend combattre, ou les avatars qui pourraient en découler.

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Mots-clés Syrie