Société

Valérie Pécresse et sa « taxe Valls »

Ile-de-France. La droite menace d’augmenter le prix du passe Navigo à 85 euros

Publié le 22 juin 2016

La nouvelle majorité de droite au Conseil régional d’île-de-France menace de faire passer le prix du passe Navigo de 70 à 85 euros par mois. Valérie Pécresse prétexte des déficits beaucoup trop importants liés au coût de l’instauration du tarif unique et un manque d’investissements de la part de l’État pour justifier la nouvelle mesure. L’augmentation du prix du passe Navigo constitue ainsi une nouvelle provocation en règle contre les salariés, les jeunes et les classes populaires de la région.

Jean Roquelande

La nouvelle majorité régionale, par la voix de sa cheffe Valérie Pécresse, laisse planer ces derniers temps la menace d’une augmentation du prix du passe Navigo. Selon ses récentes déclarations, l’abonnement mensuel aux transports en commun régionaux passerait de 70 à 85 euros.

Le passe à tarif unique avait été instauré par la majorité régionale socialiste en 2015. Cette mesure a supprimé les zones existantes pour créer une zone unique. Alors que les prix des abonnements mensuels coûtaient entre 70 euros pour les usagers qui voyageaient entre Paris et sa banlieue proche (zones 1 et 2) et 116,50 euros pour les usagers qui venaient des municipalités les plus éloignées (zones 1 et 5), le tarif unique permet à l’ensemble des usagers de voyager à travers la région pour 70 euros mensuels seulement. Il permet également aux couches les moins favorisées et les plus éloignées de Paris d’économiser en règle générale jusqu’à 435 euros par an.

La « taxe Valls » sur les transports en commun

Or l’augmentation proposée par la présidente de région constitue un net changement dans son discours. Lors de la campagne électorale, Pécresse s’était engagée à maintenir le prix du passe unique à 70 euros sans hausse d’impôts. Aujourd’hui, elle se dit « contrainte » de l’augmenter, prétextant la soi-disant « impasse budgétaire » dans laquelle la région se trouverait actuellement. Selon les calculs de la Cour des comptes, le coût annuel du tarif unique s’élèverait à 485 millions d’euros environ sur un an. La hausse du versement transports des entreprises de plus de dix salariés permet au réseau de transports urbains franciliens de récupérer environ 185 millions d’euro. Il manquerait donc 300 millions d’euros pour financer cette mesure.

Pour combler ce déficit, Pécresse et sa majorité de droite ont donc décidé de s’en prendre aux usagers, et notamment aux plus précaires d’entre eux. Cette augmentation prendrait la forme, selon la présidente de région, d’une « taxe Valls », comprise entre 10 et 15 euros, sur les abonnements Navigo. Une opération de communication politicienne qui vise à dédouaner la droite régionale de ses responsabilités dans la mise en application d’une telle décision. Et une politique qui reprend avec la main droite ce qui avait été accordé par la main gauche : sur les 435 euros maximum d’économies qu’ont pu réaliser les usagers issus des classes populaires sur le coût des transports avec l’instauration du tarif unique, ces derniers vont devoir débourser à nouveau entre 120 et 180 euros par an.

Un prétexte pour faire les poches aux classes populaires

Pourtant d’autres solutions existent. Au lieu de faire les poches aux salariés, aux jeunes et aux classes populaires, la majorité régionale pourrait très bien augmenter les impôts sur les entreprises pour financer le tarif unique. A titre d’exemple, en 2015, la RATP a réalisé à elle seule des bénéfices nets de 437 millions d’euros ! Largement assez pour combler le déficit qui sert de prétexte à cette nouvelle attaque contre les classes populaires franciliennes.

En réalité, les transports urbains pourraient être rendus gratuits pour tous. Dans un rapport de la Cour des comptes publié courant 2015, il est estimé que les transports en commun étaient financés à l’échelle nationale à 46 % par le versement transport des entreprises de plus de 10 salariés, à 35 % par des impôts locaux et à 17 % par les tarifs payés par les usagers. Sur les environ 9 milliards d’euros qu’il faut par an pour l’opération des transports en commun, il ne faudrait en trouver qu’un 1,5 milliards pour financer la gratuité pour tous. Un financement s’avérant plus que facile à trouver dans les caisses du patronat.

En attendant, face aux menaces d’augmentation du tarif unique, un compromis entre la majorité « Les Républicains » et le gouvernement semblerait se dessiner, ce dernier voulant éviter à tout prix l’ouverture d’un nouveau front de bataille.

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