Politique

Après avoir fait la loi El Khomri, il fallait oser !

Incroyable : le PS lance une pétition pour sauver les droits des travailleurs face à la droite

Publié le 15 novembre 2016

Camille Pons

Entre manœuvres et répression, le gouvernement (PS, s’il est besoin de le rappeler) a réussi à acter la loi travail. Un énorme recul pour les droits des travailleurs, sans même parler de ce qu’étaitle projet initial… Si aucun d’entre nous n’a oublié cette loi, rejetée par une large majorité de la population, le PS, comme si de rien était, lance une pétition plutôt osée, qui se pose en défense des "droits des travailleurs" pour 2017 ! Mais bien sûr...

On pourrait croire à un faux, tant un appel de ce type émanant du Parti Socialiste semble fou. Et pourtant, il figure bien sur le site officiel du parti, et n’y va pas par quatre chemins. "La droite prépare un projet inégalitaire et autoritaire", "Haro sur les droits des travailleurs", "ça ne passera pas !". Avant même le texte, le visuel donne le ton... Si ce n’est pas faux en soi –le(s) projet(s) de la droite sont effectivement d’énormes reculs pour les travailleurs – on aurait pu croire que le PS fasse profil bas sur la question, attende un peu plus, détourne le regard... Il n’en est rien...

"En matière sociale, Les Républicains ne prennent plus de gants : le programme présidentiel 2017 de la droite est un concentré de régressions réactionnaires " commence le communiqué. La phrase a au moins le mérite d’être claire. On nous demande de voter pour l’une ou l’autre manière de détruire nos droits (avec ou sans gants ? ). Encore que la loi El Khomri, loin de la stratégie de "dialogue social" du début de quinquennat, ne soit pas passée non plus avec des gants de velours (pensent-ils qu’on a oublié les 49.3 à répétition par exemple ? ).

L’appel continue en prenant la défense des 35h, face à la proposition de 39h de la droite. Une défense purement formelle, quand on sait que les travailleurs travaillent déjà en moyenne plus de 39h, que de nombreuses heures supplémentaires sont rarement payées (sans même parler de majoration), ce qui était une dénonciation récurrente des témoignages "OnVautMieuxQueça", et que la loi travail permet de faire travailler les salariés jusqu’à 60h/semaine. Malgré telle ou telle fausse nuance, tous défendent la même logique d’ensemble, où des millions ne trouvent pas d’emploi pendant que d’autres travaillent trop. L’époque est loin où les socialistes revendiquaient le partage du temps de travail, ne serait-ce qu’en parole.

Le texte poursuit en voulant nous faire croire qu’il se positionne contre le report de l’âge de départ à la retraite (tout en l’ayant fait lui-même), ou encore qu’il défend le droit des chômeurs...

Mais la fin est peut-être la meilleure : "Et, comme si s’attaquer aux travailleurs ne suffisait pas, les syndicats sont également menacés : fin des listes syndicales au premier tour des élections professionnelles, référendum à la seule initiative patronale : c’est l’éradication de la représentation syndicale qui est programmée. » Quand bien même le cœur de la loi travail ait été l’inversion de la hiérarchie des normes, la possibilité d’accord dérogatoire, entreprise par entreprise, y compris par référendum.

Le seul point d’accord que l’on peut avoir avec le texte, c’est sa conclusion qui s’adresse également aux membres du Parti Socialiste et ses gouvernements : "Et ça, pour nous, ça ne passera pas !"