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Notre classe

La direction face à sa base

« Indignation » et « condamnation », la colère monte à la CGT contre la direction confédérale

Le 6 décembre, l'intersyndicale (à l'exception de Solidaires) a publié un communiqué commun, dénonçant les “violences” des manifestants et réaffirmant la volonté du “dialogue social”, se portant au chevet d'un Macron plus faible que jamais. Dans la CGT, de nombreuses voix s'élèvent contre cette signature apposée à un communiqué qui répond à l’appel de Macron à maintenir l’ordre, le tout contre les gilets jaunes.

Crédits photo : Francis CAMPAGNONI

Le 6 décembre sept organisations syndicales (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, et FSU) publiaient un communiqué dénonçant les violences des Gilets Jaunes, répondant positivement à l’appel au secours de Macron, désireux de retrouver des interlocuteurs pour se sortir de la situation périlleuse dans laquelle son gouvernement est plongé.

Dès la parution du texte, de nombreux militants se sont indignés, ainsi que des structures de la CGT, à l’image de la puissante CGT Industries Chimiques. Celle-ci a sorti un communiqué le jour même, scandalisée par le "coup de poignard dans le dos de ceux qui luttent actuellement", jugeant la position intersyndicale signée par Martinez “indigne de la CGT". Condamnant la répression, la fédération a réaffirmé son appel à ses syndicats à “entrer massivement en grève dès à présent comme dans le pétrole, le caoutchouc, la chimie, et pour le 14 décembre, journée de grève interprofessionnelle.”. La CGT Chimie demande la réunion d’un Comité Confédéral National d’urgence pour y débattre de la stratégie de lutte et du processus de mobilisation, ainsi que des modes de prises de décision et d’engagement de la CGT. Deux heures plus tard, la direction de la CGT a produit un nouveau communiqué, opposé à celui de l’intersyndicale (qu’elle avait pourtant signé !), démontrant un double jeu difficilement compréhensible pour de nombreux militants de l’organisation.

Alors que le mouvement continue de s’amplifier avec l’entrée en mouvement de la jeunesse lycéenne et étudiante le weekend dernier, que la répression est toujours plus féroce comme en témoigne l’arrestation choquante de jeunes à Mantes La Jolie, le communiqué apparaît d’autant plus scandaleux.

« C’est un signal catastrophique envoyé à toutes celles et ceux qui luttent. Nous mettons en danger nos militants » dénonce l’Union régionale des Bouches-du-Rhône au travers un mail adressé à Martinez, réclamant elle aussi la tenue d’une réunion confédérale en urgence. « En cas de refus nous prendrons toutes nos responsabilités », quitte à aller jusqu’à désavouer le patron de la centrale de Montreuil, explique le communiqué vu par le Parisien. De son côté, l’union départementale CGT Haute Garonne dénonce un communiqué qui “répond à l’appel au calme demandé par Macron qui tente d’étouffer les légitimes mobilisations et revendications des salarié-e-s et de la jeunesse”. Selon la CGT 31, la prise de position “désavoue et porte atteinte à nos camarades d’Air France aujourd’hui licenciés, à nos camarades cheminots, de l’Energie , de la Poste, au secrétaire général de l’UD du Lot traînés devant la justice …, comme aux centaines de militant-es qui sont victimes de la justice de classe et de la répression patronale”

Les réactions qui se succèdent dans la CGT à la suite du communiqué de compromission signé par leur direction confédérale témoignent d’une colère et d’une volonté des militants syndicaux à se joindre aux jeunes en mouvement et aux gilets jaunes, qui font face à une répression brutale. À la base, des convergences entre gilets jaunes et “gilets rouges” s’étaient déjà concrétisé dans de nombreuses localités malgré les freins de la direction, à l’image des blocages communs de raffineries et de dépôts pétroliers. Mais alors que la crise sociale et politique s’approfondit et que le gouvernement cherche à terroriser la mobilisation, il faut que la mobilisation passe un cap. C’est paradoxalement alors que la question de la généralisation de la grève devient impérative pour bloquer l’économie du pays et dégager Macron, que les directions syndicales et notamment celle de la CGT s’opposent frontalement à la mobilisation comme en témoigne le communiqué du 6 décembre. Le 8 décembre, de nombreux syndicalistes seront dans la rue aux côtés des gilets jaunes contre l’avis des “chefs”. C’est une forte pression, en désobéissant à Martinez et à sa ligne, qu’il va falloir amplifier pour exiger voire imposer aux appareils qu’ils prennent leurs responsabilités, et faire du 14 décembre le début d’une grève générale, seule méthode qui peut permettre de faire plier définitivement le gouvernement, obtenir une hausse des salaires, l’abrogation des lois travail, l’augmentation des pensions.




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