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Interview. L’inquiétude des ouvriers de PSA St Ouen après l’annonce de fermeture de l’usine

La nouvelle a fait grand bruit dans les médias ces derniers jours. Après des années de dégraissage des effectifs, PSA a fini par dévoiler ses plans de fermeture de la dernière usine accessible par le métro parisien. Un militant CGT nous raconte comment les 350 salariés ont accueilli la nouvelle.

Crédit Photo : Flora Carpentier / Révolution Permanente

Le doute de la fermeture transpire sur les murs de l’immense bâtisse classée monument historique depuis de nombreuses années, tandis que des plans de départs volontaires et non renouvellement des départs en retraites participaient à faire fondre les effectifs de cette usine de pièces du groupe automobile. Il y a un an déjà, un ouvrier nous racontait le cynisme de la direction de PSA, qui poussait les ouvriers vers la sortie en envoyant des boîtes de recrutement directement dans l’usine. Autant dire que le prétexte selon lequel PSA n’aurait pas le choix de fermer l’usine puisque ce serait une décision de l’Etat pour implanter un nouvel hôpital ne passe pas auprès des ouvriers, qui sentent bien le vent tourner depuis des années. C’est ce que nous explique un militant CGT.

Révolution Permanente : Comment a eu lieu l’annonce de la fermeture de l’usine ?

“Lundi la direction a fait un briefing auprès des 350 salariés, des deux équipes. On nous a dit qu’un hôpital allait être construit et que l’usine devrait fermer d’ici mars 2021. La direction en profite pour dire qu’ils ne sont pas responsables, qu’ils n’ont pas le choix parce que ce serait une décision de l’Etat… c’est faux ! C’est complètement de leur responsabilité, ça fait des années qu’ils prévoient cette fermeture, qu’ils nous parlent de “croissance pilotée”, tout ça était calculé ! D’ailleurs ils ont caché pendant longtemps la décision de fermeture aux salariés. Ils nous disent que c’est le Grand Paris mais tout ça c’est du blabla. Même les camarades du Conforama nous l’ont confirmé, le magasin est juste derrière l’usine et eux aussi sont concernés parce qu’ils seraient aussi sur le terrain du futur hôpital. Leur directeur leur a dit que puisque PSA avait accepté de partir, ils étaient eux aussi obligés de quitter les lieux. On a aussi contacté les délégués des hôpitaux de Bichat et Beaujon censés fusionner pour laisser place à cet hôpital, et eux aussi sont contre ce projet qui va signifier encore plus de suppressions d’emplois chez eux, puisqu’il devrait y avoir au moins 1000 lits en moins.”

RP : Comment avez-vous réagi et quel est l’état d’esprit parmi les ouvriers depuis la fermeture ?

“Dès mardi nous nous sommes réunis en assemblée générale, beaucoup d’ouvriers sont venus. Les gens sont dégoûtés. La direction ne parle que de la fermeture, ils s’en foutent de nous, ils ne nous disent rien ! Personne ne sait ce qu’ils comptent faire de nous. Le directeur a été voir les salariés de tous les secteurs pour nous rassurer, mais on sait bien que c’est du blabla, d’ailleurs ils n’ont donné aucune garantie écrite aux salariés, et tous les ouvriers sont très inquiets. Beaucoup d’ouvriers sont en arrêt maladie parce que la direction nous annonce la fermeture mais ne nous dit pas ce qu’on va devenir.

Le directeur dit qu’il n’a aucun problème pour reclasser les 350 salariés mais ils veulent nous envoyer en Province ! Parce qu’en région parisienne qu’est-ce qu’il reste ? Il n’y a plus que Poissy et ils nous disent qu’il n’y a pas de place pour nous là-bas. A côté de ça, ils nous disent qu’il y aurait une prime si les salariés sont envoyés travailler à plus de 50 kilomètres de leur domicile. En-dessous de cette distance, on n’aurait rien. C’est vraiment honteux, les salariés refusent ça.”

RP : Que penses-tu qu’il faudrait faire pour s’opposer à cette fermeture ?

“La seule solution c’est que les salariés se mobilisent tous ensemble. Le 21 novembre il y a un comité central d’entreprise. Les salariés n’acceptent pas de partir comme ça et demandent des garanties sur leur avenir. Nous on n’a pas demandé la fermeture de l’usine. Et quand on regarde ce qu’il s’est passé à PSA Aulnay, l’usine a fermé, la direction leur avait dit comme à nous “ne vous inquiétez pas, tout le monde aura un emploi”. Et aujourd’hui il y a plein d’ouvriers qui ne touchent même plus le chômage et qui n’ont pas retrouvé de travail.

Surtout qu’à côté de ça, le groupe continue à faire des bénéfices, et veut encore s’enrichir en vendant le terrain de Saint-Ouen ! Il y a du travail, la preuve avant les vacances de la Toussaint on a eu plein de samedis travaillés. Mais aujourd’hui les salariés n’ont plus la motivation pour travailler. Beaucoup ont été à l’infirmerie… il y en a qui ont 55 ans, ils vont faire quoi ces gens-là ? Trouver un travail ou partir en Province à 55 ans, c’est pas possible… chacun a une situation particulière.”

RP : Le CCE où PSA compte annoncer la fermeture aura lieu mercredi prochain… qu’avez-vous prévu d’ici là ?

“Ce mardi déjà il y a eu un débrayage de 12h15 à 13h15 pour les deux équipes, on s’est réunis en assemblée, et mardi prochain de même on appelle à un débrayage pour s’organiser et remettre nos revendications aux représentants syndicaux en vue du CCE. La difficulté c’est qu’en face on a une alliance entre les syndicats CFE-CGC, FO, la CFTC et le syndicat patronal maison SIA, qui ont toujours signé tous les accords avec la direction de PSA, et qui refusent de venir aux assemblées des ouvriers, en disant qu’ils vont négocier eux-mêmes avec le patron. Du coup il y a même du mécontentement parmi leurs syndiqués. Ils signent toujours tout, tous les accords, les samedis gratuits… sans même consulter les salariés !”

RP : En ce moment il y a un ras-le-bol général contre Macron, comme on le voit avec la mobilisation des gilets jaunes… vous le ressentez aussi à l’usine ?

“Oui, d’ailleurs il y a beaucoup de salariés qui vont participer au 17 novembre, qui soutiennent les gilets jaunes. Parce qu’ils se disent que l’usine va fermer, que le carburant va augmenter, que leur pouvoir d’achat diminue… on en a plus que marre de Macron, c’est un président qui ne fait des cadeaux qu’aux riches ! Les pauvres, il ne les calcule même pas ! Et pourtant il y a des ouvriers qui ont voté pour lui, qui lui ont fait confiance, et qui sentent qu’ils se sont fait avoir.”




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