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"Les droits ne sont pas donnés, il doivent être pris"

Iran : Le pays secoué par une 5ème journée de grève des routiers

Cela fait 5 jours que les routiers iraniens sont entrés dans une grève massive qui paralyse la circulation de marchandises et de carburant dans une grande partie du pays. Le gouvernement qui craint un blocage total et une contagion de la grève, a du faire très rapidement des concessions, mais trop partielles aux yeux des grévistes qui entendent bien gagner sur l'ensemble de leur revendications, et ont donc décidé de poursuivre leur mouvement d'ampleur.

Mardi 22 mai, un nombre important de routiers se sont mis en grève dans une dizaine de villes à travers l’Iran suite à un appel qui avait été lancé via le réseau social Telegram et s’est très vite propagé. Les chauffeurs protestent contre les bas tarifs des locations (la rémunération qu’ils touchent pour réaliser une livraison), la diminution du poids total autorisé de la cargaison et l’augmentation des coûts de maintenance de leur unique outil de travail : leur camion.

En Iran, les routiers ne sont pas employés par des sociétés de transport. Ils sont dans la majorité des cas indépendants, c’est à dire qu’ils possèdent leur propre et unique camion, qu’ils ont acheté à crédit, et louent leurs services en échange d’une rémunération à la tâche. C’est l’État qui fixe la rémunération minimale, qui dépend du tonnage et du contenu de la cargaison (présence ou non de produits dangereux par exemple). La situation économique des routiers est extrêmement précaire, c’est pourquoi ils demandent actuellement une augmentation de 40% de leur rémunération.

En deux jours, le gouvernement a proposé une augmentation à hauteur de 20%. Concession accordée non pas par empathie, mais par obligation, de peur de voir le mouvement se répandre d’avantage. C’est que l’impact de cette grève est immense : les marchandises ne circulent plus, le pétrole commence à manquer, les files de voitures aux stations service sont interminables et certaines stations sont même déjà à sec ! Mais les grévistes, déterminés, n’ont pas accepté cette concession du gouvernement et ont décidé de maintenir leur mouvement jusqu’à satisfaction de l’ensemble de leurs revendications.

Difficile de dire quel pourcentage des 360.000 chauffeurs sont actuellement en grève, mais ce qui est sûr, c’est que le mouvement est suivi à l’échelle nationale. Les chauffeurs grévistes ont stationné leurs camions le long des routes et ont invité l’ensemble des camionneurs qui n’étaient pas encore en grève à stopper leur camion et rejoindre le mouvement. Le gouvernement tente bien entendu de casser le mouvement en envoyant les forces de répression escorter des convois, mais la détermination des grévistes est forte et leur nombre ne cesse d’augmenter malgré les tentatives de sabotage de la part du gouvernement.

Cette grève ouvrière n’est pas isolée et s’inscrit dans un processus de recrudescence de la contestation qui se généralise depuis plus d’un an, et dont les événements de janvier 2018 ont été l’expression la plus avancée. Il y a quelques mois en effet, de nombreu.se.s manifestant.e.s sont descendu.e.s dans la rue pour protester contre la vie chère.
La situation économique, à l’origine du mécontentement, est toujours aussi dégradée, et l’annonce récente de Trump de retirer les États-Unis de l’accord nucléaire iranien risque d’aggraver encore plus la situation économique des classes populaires. Washington vient de surcroit d’énoncer 12 conditions drastiques pour conclure un nouvel accord avec l’Iran et menace ainsi le pays avec les sanctions les plus sévères depuis 40 ans.

Mais l’agitation qui anime l’Iran depuis de nombreux mois à travers des grèves emblématiques de la classe ouvrière et des manifestations importantes n’a sûrement pas dit son dernier mot. Les routiers l’ont d’ailleurs bien compris : "Les droits ne sont pas donnés, il doivent être pris".




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