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Société

Communiqué de la Brigade Anti Déportation

L’Etat déporte des réfugiés vers l’Afghanistan. « D’autres attendent, torturés quotidiennement par la police »

Nous publions ci-dessous le communiqué affligeant de la Brigade Anti Déportation - La Chapelle Debout, qui en dit long sur les violences infligées par l'Etat français aux réfugiés afghans.

Aucun d’eux n’est parti !

Contre l’hystérie du pouvoir la résistance de celles et ceux qui ne sont rien et qui sont tout le monde

C’est avec l’accord des exilé.s afghans menacés d’expulsion forcée vers l’Afghanistan par l’Etat français et pour qu’ils puissent rester ici que nous écrivons. Car il s’agit des premières expulsions directes pour l’Afghanistan depuis 2009.

Nous avons testé pour vous l’hystérie du pouvoir et de ses collabos, leur capacité aux mensonges et à la violence, aux harcèlements et au déni.

Nous vous annoncions le 10 juin dans un communiqué la mise en oeuvre d’une série de déportations vers Kaboul devant avoir lieu du 09 au 24 juin, par un État français en marche et aux ordres de la préfecture du Pas-de-Calais.
Nous vous annoncions également notre intention de tout mettre en œuvre pour stopper ces tentatives. C’est chose faite, aucun d’eux n’est parti et tous sont libres aujourd’hui !

Et même si nous ne sommes pas dupes et que leur liberté est toujours contrainte voir entravée, nous voulons crier victoire pour eux, pour nous, pour vous, pour la suite dont rien ne nous dit qu’elle ne s’enfonce pas un peu plus chaque jour dans la pénombre brune.

Quand un État fraîchement investie par une mascarade démocratico-napoléonienne, s’empresse de légitimer les méthodes totalitaristes d’une préfecture, quand ce même État ne prend ni le temps ni la mesure de ce dont il fait semblant d’hériter, nous pouvons affirmer que cet État est tout entier contenu dans ces méthodes et qu’aucune déclaration « humanitariste », ni états généraux, ni plan d’urgence, ni concertations, ne pourront plus masquer ses véritables intentions à part pour celles et ceux dont l’aveuglement n’a d’égal que leur désir secret de collaborer.

Nous savons que pour ces hommes et d’autres à venir la préfecture du Pas-de-Calais fait fi de toute décision de justice. Lorsqu’un juge annule une OQTF pour l’Afghanistan, elle s’empresse d’en délivrer une autre ne laissant plus aucune possibilité de recours.

Nous savons

Nous savons que pour ces hommes l’État a vite capitalisé sur les accords conclus entre l’Union Européenne et l’Afghanistan en octobre 2016, visant à expulser par la force un nombre illimité d’exilé.es afghan.es en échange « d’aides au développement ». Vol direct donc et émission d’un nouveau type de document de voyage, « le Laisser Passer Européen », obtenu en deux jours et qui doit permettre lui aussi de ne plus s’embarrasser comme avant des lenteurs des « pays d’origine » et de leur souveraineté.

Nous savons que rien ne semble vouloir arrêter cette machine administrative qui se libère jour après jour de tout contrôle juridique.

Nous savons que d’autres hommes attendent, torturés quotidiennement par la police qui les menace chaque jour d’un départ imminent : Témoignage de S. que nous venons de rencontrer et en attente de sa déportation :
« Everyday the police comes and tells me ’you’ll be deported’. Everyday. It makes me crazy. Sometimes I’m shaking. Everyday since I arrived : Tomorrow, after tomorrow ; tomorrow, after tomorrow. For this reason, I’m happy
for the people who got free. » (Traduction de la rédaction : « Tous les jours, la police vient et me dit ’tu vas être déporté’. Tous les jours. Ca me rend fou. Parfois j’en tremble. Tous les jours depuis que je suis arrivé : demain, après-demain ; demain, après-demain. Pour cette raison, je suis content pour les personnes qui ont été libérées. »)

Nous savons que l’étroite collaboration entre les compagnies aériennes (Turkish Airlines / Air France) et l’État fonctionne parfaitement bien.

En une semaine l’État a « joué » à ce qui pourrait ressembler si ce n’était pas au prix de la vie et de la santé de ces hommes, à une parodie inversée de « qui part à la chasse perd sa place » prouvant, s’il était nécessaire, que pour lui et ses collabos ces hommes n’ont ni nom ni visages et sont interchangeables :
Le 20 juin, ne pouvant pas déporter la personne prévue pour cause « de papier en Italie », l’État décide de mettre dans l’avion M.I dont le vol était initialement prévu le 24 juin. La résistance de M.I et notre action à l’aéroport ainsi que la mobilisation qu’elle suscite lui permettent de descendre de l’avion.

Qu’à cela ne tienne, le 23 au matin nous apprendrons que Mr I est à nouveau emmené à l’aéroport par la Police Aux Frontières après un très bref passage à l’hôpital. Apprenant une nouvelle tentative de déportation, il s’est mutilé en se lacérant les bras. Grâce à une mobilisation sans faille des membres du collectif et du groupe d’action anti-déportation, une dizaine de personnes sont en temps et en heure à l’aéroport, M.I descendra de l’avion et sera libéré le lendemain.

Le 21 juin, M.N voit son vol pour Kaboul confirmé, les membres du collectif et du groupe d’action anti déportation sont préparés, une vingtaine de personnes sont à l’aéroport, M.N descendra de l’avion.

Comme il ne faut que 2 jours pour obtenir le fameux laisser passer européen, M.N prendra donc la place de M.I dans le vol du 24 juin. C’est M.I qui nous préviendra de ce vol, la police fait tout pour que ce vol soit masqué, au lieu du « tristement » traditionnel vol de 16H20 il programme sa déportation pour 12H25. Seule une action juridique de dernière minute a pu éviter à M.N de partir. Rendons hommage à celles et ceux qui se battent en- core pour que la justice ne soit pas qu’une machine répressive.

Lors des trois dernières actions à l’aéroport les 20, 21 et 23 juin nous avons pu éprouver le durcissement des personnels au sol et des équipages de vol. En effet lors de l’action du 23 juin, des membres du collectif on pu faire face aux pilotes et à son armada. Le mot d’ordre de la compagnie était de répéter en boucle, « il y a un papier officiel, la compagnie a donné son accord nous ne pouvons rien faire », avant de tourner les talons sans états d’âme. Une compagnie aux ordres.

Nous serons donc seul.es, nous qui ne sommes rien, nous qui sommes tout le monde.

Nous allons redoubler de force et de concentration pour transmettre à un maximum de passagères et de passa- gers notre ultime conviction de résistance. Comme des agents contaminants nous en appelons aux femmes et aux hommes du commun, pour faire ce que les gradés et les uniformes ne veulent pas faire : regarder en face, interroger et questionner, en appeler à l’autorité du pilote, pour enfin résister.

Aujourd’hui, ceux auprès de qui nous avons lutté lors de ce marathon anti déportation sont tous sortis du centre de rétention, mais continuer à résister c’est se demander quel est le prix de cette provisoire remise en liberté ? Et pour qui ?

« Dieu qu’ai-je fait pour être traité de la sorte ? Ai je braqué une voiture ? Ai-je cambriolé une maison ? Ai-je agressé un innocent ? Pourquoi m’emprisonnent-ils pendant un mois et demi ? Que veulent-ils ? M’envoyer en Afghanistan, où c’est la guerre ? Ils sont en train de me tuer »
Ce sont les paroles de M. I. la veille de sa libération, alors qu’il venait de résister à ce qui sera son dernier em- barquement.

Pour eux le prix des violences et du harcèlement physiques et psychologiques, que la cour européenne des droits de l’Homme pourrait qualifier de « traitements inhumains et dégradants », doux euphémismes pour tortures.
Pour eux le prix du déni des droits, de tous leur droits, ceux d’être là, d’être vivants, libres et au monde. Pour nous, le prix du silence et de l’indifférence en attendant pire.

Merci et bravo aux personnes présentes. Merci à celles qui relayent. Ce sont les premières déportations de France directes vers l’Afghanistan. Il est capital que cela se sache et que l’on s’organise partout pour les empêcher toutes pour tous les exilé.es d’ où qu’ils et elles viennent. La liberté concrète de circuler et de s’installer est à ce prix.

Restez mobilisé.es.
Inscrivez vous dans les groupes à notre numéro pour être informé.e, pour visiter les Centres de Rétention avec des personnes exilé.es, aller dans les aéroports ou dans les rues ou les Centres d’Hébergement pour empêcher des rafles.

Nous avons besoin de tout le monde !

Cette action le prouve une fois encore, ça ne dépend que de nous !

Mail : collectif.lachapelle.debout@gmail.com
Facebook : Collectif La Chapelle Debout





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