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Politique

Ne soyons pas dupes

L’arbre qui cache la forêt ? Agnès Buzyn débloque 50 millions d’euros supplémentaires aux Ehpads

Alors qu’une journée de mobilisation sans précédent se prépare parmi les personnels d’Ehpad, Agnès Buzyn, Ministre de la Santé, a annoncé jeudi matin sur RTL son intention d’allouer 50 millions d’euros supplémentaires à ces structures. Un arbre pour cacher la forêt ?

Crédits photo : ALBANE NOOR / BSIP / AFP

Invitée sur RTL ce jeudi matin, Agnès Buzyn a annoncé qu’elle débloquerait 50 millions d’euros en faveur des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Avec ces 50 millions d’euros, qui s’ajoutent aux 100 millions prévus dans le budget 2018 de la sécurité sociale, Agnès Buzyn espère certainement museler l’indignation générée par les récents témoignages de personnels dénonçant les maltraitances induites par les cadences infernales, le manque d’effectifs et les conditions de travail déplorables. Les récits font état de salariés qui se retrouvent généralement à quatre pour s’occuper d’une cinquantaine de patients les obligeant à administrer des toilettes expéditives et à servir des repas froids. D’après un rapport de la mission flash de la Commission des Affaires sociales du 13 septembre, ce secteur connaît un taux d’accidents de travail deux fois supérieur à la moyenne nationale et plus important que dans le BTP.

C’est pour exprimer ce ras-le-bol général que les fédérations syndicales (CGT, CFDT, FO, UNSA et CFTC) ont appelé à une journée de mobilisation nationale sans précédent de tous les personnels d’Ehpad mais aussi des aides à domicile, le mardi 30 janvier en portant comme revendications principales l’augmentation des effectifs et la revalorisation des salaires. L’annonce de la Ministre de la Santé et des solidarités semble donc arriver à point nommé pour tenter d’ouvrir la voie à ce qui s’assimilerait à une ébauche de dialogue social et ainsi apaiser la gronde générale.

Mais cette promesse de financement arrive quelques jours après que la Ministre ait déclaré souhaiter poursuivre le projet de réforme de tarification des Ehpad, réforme dénoncée par les syndicats et visant, d’ici 2023, à aligner progressivement les dotations aux Ehpad publics et privés. Or d’après la Fédération Hospitalière de France (FHF), cette réforme, et notamment la convergence des forfaits de dépendance, aboutirait à une perte de 200 millions d’euros pour les établissements publics au profit des établissements privés. En effet, la réforme prévoit une tarification des forfaits de dépendance qui soit indépendante des statuts et calculée en fonction d’une valeur de point GIR (groupe iso-ressources) définie pour l’ensemble d’un département. Or, dans les instituts publics, les personnes âgées présentent généralement un niveau de dépendance (et donc un GIR) plus élevé que dans le privé. Cette réforme induira donc généralement une re-tarification à la baisse dans le public et à la hausse dans le privé.

Au regard de ces considérations, les 50 millions d’euros accordés par Agnès Buzyn pèsent bien peu, et encore moins si on les compare aux 3 milliards de bénéfices effectués par la compagnie Korian, mastodonte du secteur. 3 milliards qui ne bénéficient évidemment pas aux pensionnaires pour qui le prix des repas est évalué à environ 2.80 euros par jour alors que le prix mensuel d’une place en Ehpad est compris entre 2000 et 5000 euros. « Un Ehpad privé lucratif a des taux de profit plus rentables qu’un hypermarché » affirme Cédric Volait, coordinateur régional CGT Santé et action sociale de la région Paca.

A l’heure où de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer ce qui n’est plus qu’un marché juteux au profit des vies de nos aînés, l’annonce de 50 millions d’euros supplémentaires par Agnès Buzyn apparaît comme l’arbre tentant de dissimuler la forêt. Un leurre par lequel les travailleurs ne doivent pas se laisser duper en appelant massivement à la grève et au soutien aux grévistes des Ehpad le 30 janvier.




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