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Jeunesse

Une attaque sans précédent depuis 1986

L’université sélective dès la Licence En Marche rapide

Hollande avait autorisé le tirage au sort à l'entrée de l'université en Avril. Voilà le gouvernement qui va plus loin et annonce qu'il va mettre fin à cette pratique, au profit d'une sélection sur critères, sur « prérequis ». Une mesure qui va de pair avec l'annonce de la réforme du Bac.

Crédit photo : Berti HANNA/REA

La ministre de l’Enseignement supérieur annonce une concertation le 17 juillet pour les modalités de cette réforme, qui doit « aboutir » d’ici l’automne. Celle-ci porterait sur la mise en place de « contrats de réussite étudiante », qui spécifieraient des « prérequis » pour rentrer en Licence 1. Pour Edouard Philippe, les universités doivent avec cette réforme « gagner en autonomie, travailler en réseau et se rapprocher du monde économique. ». Ainsi, si on ne sait pas encore quels sont les « prérequis » qui figureront dans les contrats, cette offensive s’inscrit dans le projet, loin d’être nouveau pour le patronat français, d’adapter toujours plus les « flux d’étudiants au marché du travail », ce qui passe notamment par la sélection à l’entrée de l’université, comme il fut tenté de l’imposer en 86 avec la loi Devaquet, pour toutes les filières. Projet qui a en partie été défait par les mobilisations massives d’étudiants et de salariés, mais qui a largement suivi son cours depuis avec l’autonomisation des universités, et récemment l’extension des « fusions » de celles-ci en de « Grands Établissements », ne dépendant pas du Code de l’Éducation, et pouvant donc d’ores et déjà sélectionner légalement et augmenter les frais d’inscriptions à loisir. L’objectif du gouvernement de combat LREM est donc de généraliser la possibilité légale de sélectionner les futurs étudiants selon des critères choisis par les universités sous couvert de méritocratie, le tirage au sort étant jusqu’à lors mis en place par « nécessité » n’étant pas équitable. Autrement dit, après avoir délibérément laissé dégénérer une situation, où, face à une augmentation constante du nombre d’étudiants, les budgets alloués aux universités sont restés constants, aggravant d’année en année les conditions d’études et de travail dans les campus, le gouvernement Philippe s’appuie sur cette situation critique pour justifier de revenir encore plus sur le code de l’éducation qui spécifie que « le premier cycle est ouvert à tous les titulaires d’un baccalauréat ».

En parallèle, le gouvernement prétexte de conduire « 60% des bacheliers à l’échec en licence », et de trop dépenser pour les lycées (sous couvert d’une énorme offensive médiatique sur le fait que le bac serait devenu « trop accessible »), pour justifier une réforme du baccalauréat prévue pour 2021 en « resserrant les liens » du lycée avec le « monde professionnel ». Autrement dit, avec les besoins des entreprises et du patronat, et permettant l’adaptation des parcours aux besoins dès le lycée, avec notamment un renforcement prévu des filières professionnelles.

La sélection n’est pas chose nouvelle, au-delà des filières déjà officiellement sélectives, elle se pratiquait déjà illégalement via le contingentement de plusieurs centaines de filières sur « Admission Post Bac », ou tout bonnement par l’écartement des classes populaires pour qui il n’est pas envisageable de se payer les frais qui accompagnent les études (logement, transports, nourriture, etc.). En effet, plus de 50% des étudiants doivent travailler pour financer leurs études, et le salariat double les chances d’échec scolaire, selon l’Observatoire de la Vie Étudiante. Mais cette nouvelle attaque de la part du gouvernement, prévue à la même période que la « Loi Travail XXL » qui va considérablement précariser le travail, et notamment celui des jeunes, ne peut qu’énormément
empirer la situation, officialisant et permettant à une échelle bien plus massive, le fait que des milliers de jeunes, parce qu’ils ne seront pas assez bien « classés » à la sortie du lycée, ne puissent pas étudier la sociologie, la psychologie, les sciences, etc.

Nous en saurons plus après la « concertation » du 17 juillet, mais d’ores et déjà, et alors que le principal argument du gouvernement est le manque de moyens pour accueillir tout le monde, alors que celui-ci prévoit une augmentation de 2 milliards d’euros par an au budget militaire, nous devons exiger l’unique réponse acceptable face à cette situation : un investissement public massif dans les universités, afin notamment de mettre fin à la précarité et au manque de personnel, de rénover les locaux vétustes et d’en construire des nouveaux, afin de pouvoir accueillir l’ensemble des étudiants dans la filière de leur choix. Alors qu’en cette rentrée débutera également la sélection en Master 1, dès septembre nous devrons renvoyer le gouvernement dans les cordes. C’est l’objectif que doit se donner l’ensemble du mouvement étudiant et lycéen, entraînant les « sans facs », qui seront très nombreux cette année encore à se voir refuser leur inscription illégalement, en jonction avec le monde du travail, pour enrailler avant qu’il ne soit trop tard les projets de la présidence Macron sur les universités.




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