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"Boost", le plan de restructuration fatal

Latécoère : 300 emplois supprimés

Publié le 8 juin 2016

Le 07 juin, Latécoère annonçait aux organisations représentatives du personnel la troisième phase du plan de restructuration "Boost", appelé Transformation 2020. Une phase comprenant notamment 236 suppressions de postes selon la direction, mais 300 selon les syndicats.

G.Gorritxo

Le plan

La restructuration industrielle était attendue, à la suite de la "remise à flots" du sous-traitant de rang 1 d’Airbus, qui "revient de loin", si l’on en croit la presse spécialisée et le PDG Frédéric Michelland. Rappelons tout de même que le plus récent exemple en date de ce "sauvetage" concernait la stagnation des salaires des ouvriers, autour de 1400 euros/mois, quand dans le même temps les membres du Conseil d’Administration s’augmentaient et que 10 millions d’euros sous forme d’actions gratuites étaient versées au management du groupe. S’en était d’ailleurs suivi une grève, une première depuis 1972.

La plan annoncé le 07/06 aux représentants du personnel de Latécoère SA (aérostructures) et Latélec (système d’interconnexions), et approuvé par le Conseil d’Administration du 06/06, prépare une modification importante de l’appareil industriel du groupe. Le PDG annonce 236 suppressions de postes, dont 232 pour la branche aérostructure et 4 pour le câblage. L’usine de Latélec à Louey, près de Tarbes (consacrée aux "systèmes d’interconnexion", c’est-à-dire au câblage, comme celle de Labège par exemple) devrait fermer entièrement. Elle est composée de 34 titulaires en CDI et autant d’intérimaires. Une partie des activités (et donc des ouvriers) de l’usine de Toulouse (rue Périole) serait aussi affectée. Une partie pourrait être transférée sur le site de Gimont, dans le Gers, entrainant une cinquantaine de mutations. 

De plus, l’entreprise poursuit sa dynamique de délocalisation, avec le transfert d’activités de "petits assemblages à faible valeur ajoutée" en Bulgarie (après le Mexique, la République Tchèque, la Tunisie et récemment le Maroc, entre autres...).

Enfin, Latécoère pourrait céder "Latécoère Services" (ingénierie), représentant 841 salariés.

En parallèle, et c’est aussi l’axe de défense de Michelland, le groupe devrait investir 100 millions d’euros d’ici 2021, dont 20 millions pour la construction d’un nouveau site de production à Toulouse (probablement vers Blagnac ou Colomiers), d’une centaine de salariés.

A l’heure où la Banque Centrale Européenne vient de commencer ses rachats de dettes des entreprises de la zone euro, il n’est pas difficile ni risqué d’investir. Surtout quand on réalise continuellement des profits, qu’on a un portefeuille de commandes de 2.6 milliards d’euros et une croissance en 2015 à 7.3%, comme c’est le cas de Latécoère. 

Lundi 30/05, Airbus annonçait maintenir les objectifs annoncés de livraison pour 2016. Pour se rendre compte de la pression mise sur la cadence de production, Airbus n’a pu livrer que 6 A320néo par exemple depuis le début de l’année, mais son objectif est d’en livrer 100 ! (bien que Quatar Airways vienne d’annuler une commande, justement pour des retards de livraison ).

Avec les folles augmentations de cadences, qui ne risquent pas de s’arrêter, les suppressions de postes de Latécoère se répercuteraient en plus sur "ceux qui restent", dans le plus pur esprit de la loi El Khomri : travailler plus (pour gagner moins) pour certains, être facilement licencié pour d’autres... 

Le PDG, lui, parle de respecter "l’esprit de la loi sur la Sécurisation de l’Emploi", dite "loi Macron". Nous y reviendrons…

Le discours

Pour les patrons du groupe, cette phase est présentée comme l’aboutissement d’un "sauvetage", dans un contexte concurrentiel terrible. Si la concurrence est forte dans ce segment de l’aéronautique (le segment des aérostructures est dit le "moins rentable de l’aéro", contrairement aux équipements, aux matériaux ou aux équipements cabine), les millions d’actions gratuites et les augmentations de salaires mirobolantes nous rappellent que les "difficultés" sont toujours assumées par les ouvriers, et pas par les dirigeants.

Après avoir posé les restructurations comme ne pouvant pas en être autrement, la direction a un argument principal. Faire espérer les travailleurs qu’il n’y aura pas, ou très peu, de licenciements secs. Elle a surtout insisté sur le Plan de Départ Volontaire qui serait mis en place, et les reclassements internes possibles parmi les 150 postes "ouverts". Rien sur le "Plan de Sauvegarde de l’Emploi" (PSE) qui suivra.

Et ce sera son axe de défense principal dans les mois à venir, et jusqu’à novembre, c’est-à-dire jusqu’à la fin de la période de consultation/information des "partenaires sociaux" (CE, CCE, CHSCT).

C’est qu’il lui faut maintenant limiter au maximum la possibilité d’un conflit. Non pas que la direction s’émeuve des conséquences humaines du PSE qu’elle met en place, mais pour limiter les "frais à court terme" qu’engendrerait une grève.

La société de Bourse Gilbert Dupont, par exemple, en est bien consciente. Après avoir annoncé la possibilité d’un "important gain de productivité dès 2018", le courtier met en garde sur les "frais à court terme", notamment engendrés par le "risque social" (entendez, une grève).

Ce mercredi 08/06 au soir, le cours de Latécoère finissait d’ailleurs à la hausse, ayant pris 2.99% à 3.88 euros. Traduction : Latécoère licencie, les actionnaires se frottent les mains.

La réaction ?

L’an dernier, les ouvriers avaient courageusement réagi face aux attaques à leur salaire, en faisant grève pendant 5 jours. Entre temps, un large mouvement de contestation, contre la loi travail de Hollande et Valls, est venu bouleverser le contexte social. 

Alors que les raffineries, les cheminots, et plus généralement une grande partie du mouvement ouvrier est en train de relever la tête, ce "moment chaud" pourrait être propice aux victoires, autant sectorielles que contre la loi. Alors que le gouvernement tente d’éteindre plusieurs incendies à la fois, à la veille de l’Euro de foot, et notamment l’incendie cheminot, un grognement de l’aéronautique, secteur stratégique s’il en est et notamment à Toulouse, finirait de l’effrayer !

Michelland parle d’un PSE qui se ferait dans l’esprit de la loi Macron. Carole Delga (présidente PS de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées), de son côté, s’est déjà entretenue avec le PDG. Soi-disant pour être attentive aux mesures d’accompagnement et aux investissements, mais aussi pour lui assurer son soutien politique : "J’ai assuré M. Michelland de la disponibilité de la Région dans le cadre de ses compétences et de ses dispositifs pour soutenir les projets de cette entreprise historique et emblématique qui permettront à l’avenir de conforter et redévelopper l’emploi sur notre territoire".

Au contraire, contre le PDG, les actionnaires, et leurs soutiens politiques, il convient d’affirmer clairement : Non aux suppressions de postes et à la restructuration forcée ! Maintien de l’activité à Tarbes et à l’usine de Toulouse !

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