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Notre classe

Université d'été du NPA

Laura, cheminote : « On est fiers d’avoir tenu tête et d’être encore debout »

A l'occasion du traditionnel meeting de l'Université d'été du NPA, Laura, cheminote en lutte contre la réforme ferroviaire, syndiquée Sud Rail, militante du NPA et de Révolution Permanente, a pu revenir sur ce conflit de plus de 3 mois qui a été la démonstration de la combativité et de la détermination de la classe ouvrière face à Macron.

Une grève héroïque

« Aujourd’hui, personne ne peut dire que les cheminots ne voulaient pas se battre parce qu’au contraire, la détermination et la combativité étaient là ! » : le ton est donné. Entre le rejet massif du pacte ferroviaire dès sa publication, les taux de grèves historiques, et notamment le 22 mars alors même que la CGT n’appelait pas à une journée de grève , et, de manière générale, le fait qu’il s’agissait d’une grève suivie, malgré les fiches de paie parfois très sévèrement amputées, voilà tout autant d’éléments qui ont démontré la détermination des cheminots durant ce conflit. Un conflit qui a vu naître toute une nouvelle génération de militants qui se sont impliqués dans la construction de la grève, souvent des jeunes cheminots et parfois issus de l’immigration, comme le démontrait l’article de Libération paru pendant la grève.

C’est aussi la nature de la grève qui a été soulignée. Une grève populaire et non-corporatiste. Populaire parce que malgré tout le cheminot bashing qu’a pu faire le gouvernement, la solidarité vis-à-vis des cheminots n’a fait que s’intensifier au long du conflit. « Parce que tout le monde a compris qu’au delà de la question du statut et nos conditions de travail, il s’agissait aussi d’une lutte pour défendre le service public. » Et de l’autre côté, « Les cheminots ont compris qu’ils ne pouvaient pas gagner tous seuls, derrière eux, c’était tous les travailleurs qui étaient attaqués. ». C’est vers d’autres secteurs en lutte que les grévistes se sont tournés, que ce soient les étudiants, la santé, ou encore les postiers.

Une victoire écrasante du macronisme ?

« Alors maintenant, la question qui peut se poser c’est, en dépit de tous ces ingrédients, pourquoi on a pas gagné ? » Si d’un côté la combativité des cheminots a été à plusieurs égards exemplaire mais que le gouvernement n’a nullement reculé dans son projet néolibéral de casse du statut et du service public, c’est du côté de la stratégie proposée par l’Interfédérale qu’il faut notamment regarder. « Cette idée de grève à l’économie, c’était en fin de compte une grève pour négocier et non pas pour le retrait du pacte ferroviaire. Ce calendrier prévu à l’avance et sur 3 mois a de fait permis à la boîte de s’organiser et d’éviter le blocage. Et ça a également passivisé les grévistes : à quoi bon venir en Assemblée Générale s’il suffit de cocher des cases sur un calendrier ? »

Malgré cette défaite revendicative bien réelle, il ne s’agit pas d’une victoire complète pour Macron car son objectif « allait bien au-delà, il s’agissait pour lui d’écraser et d’humilier les cheminots, pour derrière discipliner l’ensemble des travailleurs ». Or, au contraire, c’est une nouvelle génération militante qui a tenu tête à Macron pendant un long conflit et qui en ressort « fière et encore debout ». Une fierté qui transparaissait le 28 juin, manifestation censée être un baroud d’honneur mais qui exprimait tout de même la combativité des cheminots, à laquelle Macron va devoir se confronter pour l’application concrète de sa réforme.

« Aujourd’hui les cheminots ne sont pas démoralisés, et encore moins les secteurs les plus combatifs et ça c’est parce qu’ils ont en partie tiré des leçons de cette grève et des batailles qu’on a menées. »

L’expérience de l’intergare, une école de démocratie ouvrière

C’est sur l’expérience de l’intergare que Laura est par la suite revenue. Cette rencontre qui permettait à des grévistes de différentes gares parisiennes de se coordonner, puis de Province bien qu’embryonnaire, a réuni quelques centaines de grévistes venant de différentes assemblées, qui, contre le verrouillage de ces assemblées a été « une école de démocratie ouvrière ». Des actions ont pu y être décidées, comme l’envahissement du siège de la SNCF le 5 juin, jour du vote au sénat, et d’autres dates hors calendrier y ont été adoptées notamment celle du 22 mai, « parce que c’était impensable pour nous de ne pas se joindre à la fonction publique ». Un moyen pour que les grévistes discutent ensemble et s’emparent de leur grève pour porter leur propre agenda. Mais aussi un cadre pour interpeller les directions syndicales via des motions votées dans plusieurs assemblées générales, ainsi que des actions, comme celle pendant laquelle on s’est rendus sous les fenêtres de l’interfédérale et qui a d’ailleurs été réprimée par les CRS.

Un « exemple modeste mais significatif » qui est désormais reconnu par l’avant garde cheminote. Une expérience sur laquelle il faudra s’appuyer lors des prochaines grèves, et dès la rentrée pour défendre les cheminots qui connaissent la répression syndicale de la direction. « Dans le contexte actuel, avec en plus le gouvernement qui est délégitimé par l’affaire Benalla, c’est sûr qu’il y aura des luttes et des affrontements avec le gouvernement et sa politique, cette expérience doit nous servir pour préparer les combats à venir. ». Une expérience d’auto-organisation, de démocratie ouvrière qui pourrait servir d’exemple à d’autres secteurs.

C’est au chant de « On est là ! Et même si vous ne le voulez pas nous on est là ! » que s’est conclue l’intervention de Laura, un chant significatif qui « veut dire ce qu’il veut dire, on aura notre mot à dire dans les prochaines batailles contre Macron et sa politique. »




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