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Politique

Pour le service public vraiment ?

Le Plan Macron à la SNCF : ou comment licencier low cost via le « transfert de personnels »

Concertations ministérielles qui n’aboutissent à rien, communication interne à la SNCF, la fronde commence à monter chez les cheminots.

Les groupes Facebook connus chez les cheminots « Je Bosse à la SNCF et j’assume » ou encore « Cheminots préparons la reconductible », sont inondés de questions de la part de nombreux cheminots et cheminotes qui s’interrogent sur leur avenir. Entre les différents posts d’appel à massifier le mouvement, les cheminots se rendent compte chaque jour de plus en plus des dégâts qu’engendrera cette réforme si elle venait à passer.

L’ouverture à la concurrence et le transfert de personnel inquiètent les cheminots

Les cheminots ont de quoi être inquiets, car les dernières annonces viennent confirmer qu’en cas de transfert dans des filiales privées ou dans une nouvelle entreprise privée venant remporter un marché, les cheminots n’auront que 15 mois maximum de garantie du Statut. Mais au-delà, ce transfert implique la reprise de seulement 80% du personnel d’un établissement transféré, sans connaître même les conditions de reprise, qui seront moins bonnes que celle à la SNCF. La ministre a simplement confirmé que les cheminots logés dans un appartement SNCF ne seront pas obligés de quitter leur logement. Mais si on pouvait penser que la SNCF ferait tout son possible pour garder tous les cheminots dans l’entreprise, cette dernière fait en réalité tout le contraire, inondant les boîtes professionnelles des cheminots pour leur expliquer les conditions de transfert vers les filiales privées et son lot de perte de conditions salariales. Les cheminots ont bien compris que pour la SNCF, ouverture à la concurrence signifie « délestage » d’un maximum de son personnel, sans même chercher à faire semblant de vouloir les garder.

Les technicentres, le Fret, les conducteurs et les commerciaux seront en première ligne !

Ils sont parmi les cheminots les plus mobilisés dans cette grève : les conducteurs, les agents du matériel et autres commerciaux, et ils seront les premiers à basculer vers le privé ou être licenciés si la reforme venait à se confirmer. Lors de la dernière séance de concertation, Eric Santinelli, secrétaire fédéral de SUD-Rail, a rappelé que « en cas de refus d’être transféré, c’est un motif de rupture du contrat de travail ». Les cheminots ont vu depuis 2014 leur entreprise se réorganiser à marche forcée, soi-disant pour se « préparer à la concurrence » ; mais la réalité est que la direction de la SNCF a surtout préparé d’une part la « récupération » clé en main des établissements commerciaux et d’autre part les conducteurs à la concurrence.
La SNCF, après avoir tué au fur et à mesure le Fret ferroviaire avec la fin du « wagon isolé » et la fermeture des embranchements, a également torpillé l’activité Fret SNCF avec sa filiale Geodis (Premier routier d’Europe), ou encore en mettant sur les rails de la concurrence sa filiale de droit privé VFLI, pratiquant ainsi un dumping envers l’entreprise existante. La direction a annoncé la future privatisation de Fret SNCF ; pourtant, avec la fin des petites lignes empruntées par le FRET, c’est non pas une privatisation qui est le plus à craindre, mais bien l’arrêt totale du Fret Ferroviaire, déjà jugé non rentable par l’entreprise ; et la réforme viendra accélérer cela avec le passage en société anonyme.

Pour les technicentres qui ont déjà été vidés depuis plusieurs années de leur charge de travail, la situation est encore plus critique, car ce sont bien des futurs plan sociaux massifs qui seront lancés. Les cheminots ont vu la fermeture partielle des technicentres de Romilly et Oullins, et entendu parler des futures fermetures des technicentres de Sainte et Perrigueux. La SNCF a déjà rappelé qu’elle ne comptait plus sur l’entretien du matériel par les cheminots, mais qu’elle avait des contrats avec Alsthom ou Bombardier pour l’entretien des nouvelles rames. Fini donc la réparation et l’entretien, la réforme va accélérer la fermeture de ces technicentre. On jettera donc les rames de train obsolètes comme on jette un iPhone.

Cette réforme ne s’annonce en rien comme une amélioration du service public ferroviaire, avec des des prix, l’augmentation du trafic, ou le plein emploi, mais bien comme un futur plan social et une précarisation des salariés transférés.

La fin des lignes non « rentables » et la privatisation supprimeront des milliers d’emploi !

Beaucoup de cheminots encore pensent ne jamais être transférés, et voient donc cette réforme ferroviaire leur passer au-dessus de la tête. La réalité est tout autre. Si certains ne seront pas transférés dans des filiales, le passage du groupe public ferroviaire en une holding SNCF, avec 3 sociétés anonymes, « Mobilité », « Réseau » et « Gare & Connexion », la SNCF pourra avec la fin du Statut (et donc de la garantie de l’emploi), supprimer via des plans sociaux les métiers qu’elle ne souhaite plus garder, comme les métiers dit « transverse » (Agence Paie et Famille, CMGA, ESBE …). La fermeture des petites lignes dites « non rentables » qui ne seront plus financées par les lignes rentables entraînera la suppression de milliers de poste dans la maintenance des voies, les postes d’aiguillages, le FRET, les agents en gare. Mais cela engendrera aussi une série de suppressions d’emplois en cascade dans les métiers de la sous-traitance comme le nettoyage, mais aussi bien au-delà avec des villes et villages où le train permettait une vie dans des secteurs ruraux ; la fermeture des gares en province atteindra jusqu’à la survie du petit café ou du bureau de poste des villes enclavés. Celui qui doute de cela n’a qu’a se rappeler la fermeture de cabinets médicaux, ou encore de petits commerces au profit de grands hypermarchés dans les grandes agglomérations.

Les cheminots et les usagers ont donc tout intérêt à se battre main dans la main, car cette réforme n’amènera que hausse du prix où là où il restera des trains, et cimetière d’emplois là où il ne passera plus.




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