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Politique

Édito

Le jour où Poutou a cessé de faire rire les classes dominantes

Depuis ce mardi soir, face au buzz suscité par son intervention, les choses ont changé pour Philippe Poutou. Le candidat du NPA a définitivement cessé de faire rire les classes dominantes, la caste politicienne et le système médiatique. Analyse.

Crédits Photos : AFP/LIONEL BONAVENTURE

Philippe Poutou, c’est le symbole du politicien non-professionnel : celui qui ne porte pas de costume, ne met pas de cravate et parle sans l’ensemble des codes communément admis par la classe politicienne. Celui surtout dont certains se permettent de se moquer ouvertement, à l’image de cette séquence consternante sur le plateau d’On n’est pas couchés, ce samedi 25 février, où les chroniqueurs sont pris d’un fou rire général, signe d’un mépris de classe, alors qu’ils l’interrogent sur son programme contre les licenciements. Cependant, force est de constater que depuis son passage télévisé face aux dix autres candidats à l’élection présidentielle, le ton a changé. Désormais, dans les médias et la classe politique dominante, le seul candidat ouvrier de cette élection ne fait plus rire du tout.

Une séquence d’anthologie

Stupeur sur le plateau de BFM TV. Il est 22h43 et Philippe Poutou vient de lâcher une bombe qui va définitivement faire changer le cours du débat. Il ne lui aura fallu guère plus de deux minutes pour faire exploser le carcan médiatique qui s’imposait jusque-là en attaquant frontalement François Fillon et Marine Le Pen sur leurs affaires respectives. Pour faire ce coup de force, il s’agissait pour Poutou de saisir la balle au bond. En effet, autant dire que généralement tout est fait pour éviter de pareilles invectives. C’est le caractère « historique » de ce débat à 11 candidats qui est là pour l’illustrer. Et d’ailleurs, suite au débat, France 2 a déjà pris ses dispositions pour éviter une récidive du seul candidat ouvrier à la présidentielle. Le seul candidat qui a usé de cette tribune, une tribune exceptionnellement offerte, pour invectiver Fillon et Le Pen afin d’exprimer la colère du monde du travail et de la jeunesse face à la corruption généralisée de la caste politicienne.
Ainsi, l’intervention du seul ouvrier de cette présidentielle a permis de faire tomber définitivement les masques. Il aura mis un coup de pied dans la fourmilière de cette mascarade télévisuelle où les hommes politiques les plus corrompus auraient sinon débattu, sans rire, de la « moralisation de la vie publique » et proposer leurs solutions. Une « harmonie » que Poutou a fait tomber en éclats en deux phrases. La première a fait s’effondrer la posture victimaire de Fillon, obligé de répondre de manière agressive. En trois mouvements, « l’imposture » ouvrière de Marine Le Pen ne tient plus. Dès lors, jusqu’à la fin du débat, plus aucun candidat n’osera attaquer le candidat du NPA.


La colère contre ce système

Comment le seul candidat ouvrier, habitué aux quolibets et aux moqueries, a-t-il réussi à imposer un tel niveau d’impertinence aux ogres du système médiatique ? La réponse est simple, et c’est Philippe Poutou qui la résume le mieux : « Je souhaite exprimer cette colère d’en bas […] contre les politiciens corrompus, il y en a qui se reconnaîtront ici, dans la salle qui sont autour des pupitres ». Après des décennies d’austérité et d’attaques antisociales, d’alternance sans alternative, la colère contre ce système politique et médiatique est immense. Et les affaires de corruption, de détournement d’argent, combinées aux harangues incessantes contre les « assistés » et les profiteurs dans la bouche de tous les grands candidats de cette présidentielle, ont fini de mettre le feu aux poudres.
Dans ce contexte, le coup de colère de Poutou contre les magouilles et la corruption est venu rentrer en résonance directe avec le quotidien de millions de travailleurs. Qui mieux qu’un ouvrier qui travaille à la chaîne à l’usine de Ford Blanquefort, qui risque de perdre son travail, qui ni poste électoral, ni emploi fictif pourrait mieux l’exprimer ? Le candidat du NPA parle avec ses tripes. Et peu importe que cela ne corresponde pas aux règles de bienséance du système médiatique, peu importe que les chroniqueurs de BFM TV trouvent ça « irrespectueux  » parce que ça tape au bon endroit. Philippe Poutou, c’est l’impertinence ouvrière qui surgit dans le banquet présidentiel, la réalité des travailleurs et des classes populaires qui perce le petit écran.


Un ouvrier anticapitaliste à la présidentielle

L’intervention de Philippe Poutou aura suscité un emballement médiatique sans précédent. Sur les réseaux sociaux, celui-ci est devenu le porte-voix de millions de travailleurs et de jeunes. Dans le système médiatique dominant, en revanche, le ton est bien différent. L’attitude de ce « petit » candidat exaspère. Au mieux, on explique que le débat était indigent, qu’il n’a pas permis de discuter du « fond  ». Au pire, on l’attaque frontalement. Il faut lire à ce propos cette tribune nauséabonde, mais des plus conscientes, paru dans Challenges, qui décrit Poutou comme «  l’inquiétant bouffon de la république  » déterminé à « détruire la démocratie traditionnelle, son ennemie privilégiée  ». Des attaques d’un journal, porte-parole d’une partie consciente de la bourgeoisie, qui ne viennent en définitive, qu’exprimer les rires qui se transforment soudain en peur. La meilleure manière de reconnaître les chiens de garde, c’est bien quand on voit leurs crocs.

Ces tentatives d’intimidation, qui n’en sont qu’à leur début, expriment une prise de conscience profonde que, contrairement à ce qu’affirme Le Figaro, l’extrême gauche n’est pas morte. Au travers de ses punchlines, il a ouvert la voie à l’expression de la colère du monde du travail et de la jeunesse qui couvait et n’avait pas voix au chapitre. C’est pour cette raison, précisément, qu’il ne fait plus rire, mais qu’il commence même à faire peur dans les rangs des classes dominantes. « Voter NPA, c’est redonner confiance au camp des exploités » et le camp d’en face, celui des capitalistes, l’a bien compris.
C’est bien pour ça qu’on rigole moins du côté des chroniqueurs de la classe dominante et de ses médias. Leur agressivité d’aujourd’hui jure avec la légèreté et la condescendance avec lesquelles ils traitaient Philippe Poutou jusqu’ici, le « gentil ouvrier ». Gageons qu’à partir de maintenant, on ne verra plus Le Figaro se réjouir de la supposée «  fin de cycle de l’extrême gauche », gageons qu’on ne verra plus Vanessa Burggraf s’esclaffer de rire devant le candidat ouvrier. Gageons enfin qu’on risque de voir moins souvent Philippe Poutou sur les plateaux télé, à l’image du prochain débat à onze candidats qui a d’ores et déjà été annulé. Ce 4 avril, sur le plateau de BFM TV, les anticapitalistes ont relevé la tête et ça ne plaît pas à tout le monde.




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