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Politique

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Le « philosophe » Luc Ferry qui méprise Poutou, n’est pas proche de Fillon pour rien

Luc Ferry, philosophe – comme on dit – pourfendeur de l’« antihumanisme » de la pensée post-68 et auteur de toute une série d’essais sur, notamment, comment apprendre à bien vivre avec la philosophie (sic), a été ministre de l’Éducation sous Raffarin, nommé à différents postes par Sarkozy, éditorialiste dans divers journaux de droite, du Point à Challenges en passant par L’Express, conseiller chez Vivendi Universal, membre du Club du siècle essentiellement composés de patrons ou de figures proches du patronat, etc.

Il n’a pu s’empêcher de twitter quelques grandioses saillies pendant le débat de mardi soir, entre autres un « Macron gentil avec tous, Fillon juste cent coudées au-dessus du lot, le seul au niveau du poste. Le punir c’est se punir », histoire de rappeler son allégeance à François, dont il est proche.

Pas besoin ici d’une savante exégèse ni d’une ennuyeuse biographie, une petite anecdote fera l’affaire. En 2011, plusieurs journaux dont le Canard enchaîné avaient révélé que le sieur Ferry, officiellement employé par l’université Paris Diderot de 1997 à 2011, n’y avait en réalité quasiment pas enseigné, détaché au profit de toutes sortes de fonctions officielles. S’il y a pour une fois une vertu de la LRU votée en 2007 sous la diligence de Valérie Pécresse, c’est qu’elle permit à l’université, devenue « autonome » financièrement, d’exiger qu’il assure le service d’enseignement pour lequel elle le payait. Ayant refusé de se plier à l’exigence, l’histoire se terminera par l’obligation faite à Matignon de rembourser l’université, Ferry démissionnant finalement de sa fonction d’enseignant-chercheur dans l’année. Ah, le sens et l’art partagés de l’emploi fictif…

Etonnant non ?

C’est la hargne méprisante de Ferry contre Poutou qui a marqué les médias, notamment du fait de ce tweet de haute volée, qui résume toute la philosophie politique du grand homme : « Avec @PhilippePoutou débraillé en Marcel pour représenter les ouvriers, pas étonnant qu’ils aillent massivement chez Le Pen  ». Même Le Point convient qu’il aurait mieux fait de cultiver son jardin à la place. Pas besoin d’épiloguer, ces idéologues de troisième zone laisseront dans l’histoire à peu près la même trace que ceux dont Marx, dans la Guerre civile en France, disait que les ouvriers révolutionnaires pouvaient les renvoyer à leur basse morgue sans s’en préoccuper outre mesure :

« Dans la pleine conscience de sa mission historique et avec la résolution héroïque d’être digne d’elle dans son action, la classe ouvrière peut se contenter de sourire des invectives grossières des laquais de presse et de la protection sentencieuse des doctrinaires bourgeois bien intentionnés qui débitent leurs platitudes d’ignorants et leurs marottes de sectaires, sur le ton d’oracle de l’infaillibilité scientifique. »

Les prolétaires d’aujourd’hui ont effectivement une tâche majeure devant eux, faire dans la rue, les entreprises, les quartiers, à grande échelle, ce qui s’est produit avec Poutou dans ce débat mardi soir : non seulement tenir tête à leurs ennemis de classes, et pas seulement leurs laquais, mais aussi, avec toute la détermination et l’irrespect à l’égard de la « courtoisie républicaine » nécessaires, les démolir. C’est toute la dignité et le sens de sa candidature, et un avant-goût des combats à venir.




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