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Débats

Franc succès de la première semaine de Révolution Permanente

Léninisme 2.0

Le bilan de la première semaine d’existence de Révolution Permanente pouvait difficilement être plus positif. Pas loin de 20 000 entrées et un article très représentatif du projet éditorial du site devenu un véritable « phénomène » sur les réseaux sociaux. Retour sur ce bilan d’étape et plus largement sur les fondements « stratégiques » de ce projet.

Malgré quelques petits problèmes techniques liés au crash d’un des disques durs du serveur qui héberge Révolution Permanente et qui ont conduit à ce que le site soit inaccessible pendant plusieurs heures (nous nous en excusons auprès de vous, lecteurs !), les chiffres sont têtus et attestent du succès rencontré par le lancement de ce premier site d’information quotidienne de l’extrême gauche en France. Pas loin de 20 000 entrées pendant la première semaine et presque 4000 visites sur une seule journée en fin de semaine. Cela positionne d’ores et déjà Révolution Permanente parmi les sites les plus visités de l’extrême gauche hexagonale. Quelques problèmes d’ordre technique, tels que l’affichage correct du site sur tous les navigateurs et systèmes d’exploitation, sont encore en cours de réparation, mais nous pouvons parler dès à présent d’un franc succès.

Couverture de terrain et dénonciation de l’exploitation

Un fait marquant de cette première semaine a été la couverture de la mobilisation des réfugiés à Paris, avec de nombreux articles de fond et reportages « de l’intérieur ». Un de ces reportages, datant du jour de l’occupation de la caserne de pompiers désaffectée, accompagné d’une très belle galerie de photos, a été particulièrement lu et commenté. Ce jour-là, une équipe chargée de suivre les réseaux sociaux a par ailleurs assuré une couverture en direct à partir du compte Twitter @revpermanente. Faire de Révolution Permanente une tribune pour ce type de mobilisations et, en même temps, une tranchée pour dénoncer et combattre la politique du gouvernement comme nous l’avons fait dans cet autre article, tout en débattant avec les courants de la gauche institutionnelle et les directions syndicales, constitue l’un des cœurs de notre projet. De même que pour la très importante mobilisation du personnel hospitalier, pour laquelle a été inauguré le format du vidéo-reportage, que nous comptons reproduire et développer à l’avenir.

Mais le véritable buzz de la semaine a été fait par la chronique des conditions d’exploitation dans les supermarchés « ‘’Petites misères’’ de la vie d’une caissière » qui a été à elle seule lue plus de 10 000 fois et a fait l’objet de très nombreuses réactions sur les réseaux sociaux (plus de 3 000 « likes » et partages sur Facebook, des dizaines de commentaires). Loin de toute « coïncidence » ou « coup de chance », le succès de cet article répond à l’une des raisons d’être de Révolution Permanente, à savoir porter la parole de tous ceux et celles qui ne l’ont presque jamais dans les médias traditionnels pour parler de leurs luttes, mais aussi du quotidien de l’exploitation dans chaque lieu de travail. Les nombreuses réactions de d’autres travailleurs et travailleuses s’étant identifiés à ce témoignage et qui y ont trouvé l’occasion pour parler de leurs propres conditions de travail ou encore pour exprimer leur révolte nous confortent dans l’idée que ce site correspond à un besoin réel. Nous rappelons en ce sens que les pages de Révolution Permanente sont ouvertes à ceux et celles qui voudraient collaborer à ce projet.

Quelques nouveautés

Dès cette semaine, la page d’accueil du site intègre le dispositif « Photo de la semaine » par lequel nous aurons le plaisir de relayer le travail de nombreux photographes, professionnels ou amateurs, en lien avec l’actualité politique et sociale.

Avant la fin du mois, une version mobile de Révolution Permanente sera disponible, de façon à rendre plus confortable la lecture et la navigation à partir des portables et tablettes, qui correspondent d’ores et déjà à une partie considérable de nos accès.

Un média avec un parti pris

Si dans le passé les principaux médias en France ont pu avoir une relative indépendance, aujourd’hui ceux-ci appartiennent (ou ont pour principaux actionnaires) dans leur quasi-totalité aux plus grands noms du patronat français. Il suffit de quelques exemples pour se faire une idée. Bernard Arnault (Groupe LVMH) pour Le Parisien et Les Echos, Serge Dassault pour Le Figaro, Patrick Drahi (SFR et Numéricâble) pour Libération et l’Express, le trio Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse (Fondation YSL, Free et Banque Lazard) pour Le Monde, Le Nouvel Obs et Télérama. Difficile d’entretenir dans ce contexte la moindre illusion sur une soi-disant « impartialité » de la presse.

Autant dire que dans un monde divisé en classes sociales, celle des capitalistes accorde une certaine importance aux outils d’information et elle est très bien armée pour relayer une certaine vision des choses à des millions de personnes. C’est pourquoi, en nous inspirant de l’expérience de nos partenaires latino-américains du réseau de quotidiens numériques Izquierda/Esquerda Diario, il nous a semblé nécessaire le lancer une initiative de ce type en France, de façon à produire de l’information au quotidien, du point de vue des exploités et dans la perspective de renverser le système.

Ne pas laisser aux réactionnaires le monopole des nouveaux outils d’information

En France, l’extrême droite a été depuis très longtemps pionnière dans l’utilisation des nouvelles technologies. Ainsi, le Front National a été, dès 1990, le premier parti à se doter d’un site internet. Sa page facebook est aujourd’hui, avec plus de 230 000 « likes », de loin la plus populaire parmi celles des partis politiques, avec plus que le double d’adhésions que celles de l’ex-UMP ou du PS. Plus récemment, le phénomène autour de Soral et Dieudonné a gagné une énorme influence, notamment dans une partie de la jeunesse, en se servant en particulier de vidéos circulant sur internet, qui pour certaines ont pu être visualisées plus d’un million de fois.

Nous sommes actuellement dans un contexte où la débâcle de la gauche au gouvernement tend à pousser une partie travailleurs et des jeunes à la recherche de solutions plus « radicales », dans un moment où l’extrême gauche se contente de garder sa presse papier (qui reste sans doute un outil important, nous ne le nions pas) et avec des sites internet se contentant de relayer les articles de celle-ci. Dès lors, c’est laisser tout un espace libre pour le développement des idées réactionnaires auprès de générations moins habituées à la lecture papier (d’où les transformations que la presse traditionnelle a dû subir elle-même pour s’adapter au numérique) et encore moins à acheter la presse politique.

Léninisme 2.0

Dans la tradition révolutionnaire et en particulier chez Lénine, la presse partisane était considérée comme un « organisateur collectif ». Dans la Russie du début du 20ème siècle, sortir l’Iskra une fois par mois en format papier depuis l’exil et le distribuer dans tout le pays correspondait à ce qu’il y avait de plus avancé du point de vue de la technique, mais aussi à un effort militant immense. C’était également le cas dans le choix de sortir un quotidien papier, la Pravda, tout en devant faire face à la répression et à la censure, à partir de 1912, lorsqu’une poussée du mouvement ouvrier commença à se développer. Sans ces efforts considérables, le parti de Lénine, qu’on appelait « bolchévique », n’aurait jamais pu disputer la conscience de milliers d’ouvriers jusqu’à devenir la force majoritaire au sein des travailleurs des principales villes du pays à la veille de la révolution d’octobre 1917. Et le destin de la révolution et de l’histoire du 20ème siècle aurait été tout autre.

Dans ce même esprit, mais un siècle plus tard, il nous semble nécessaire d’actualiser l’audace de Lénine et l’importance qu’il accordait à se donner les moyens de diffuser les idées révolutionnaires selon les conditions de l’époque. Une époque, la nôtre, où l’existence d’internet a radicalement changé les habitudes et qui peut être un formidable outil pour toucher des couches larges de travailleurs et de la jeunesse étudiante et précaire. C’est parce que nous pensons que ce défi est passionnant et que les idées révolutionnaires ne sont pas condamnées à apparaître pour les nouvelles générations comme des pièces de musée ou des outils ringards que nous mettons toute notre énergie dans la réalisation de Révolution Permanente, un site d’information quotidien qui vient d’achever avec succès sa première semaine et qui est venu pour rester.