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Politique

Terrorisme

Le drame d’hier ne doit pas faire oublier les condoléances dues aux victimes de violences policières

Après l’attentat de ce jeudi soir, où un policier a trouvé la mort, la classe politique s’est unanimement émue du drame, présentant ses condoléances aux familles. L’attitude est un peu différente quand il s’agit de dénoncer les violences policières que subissent les jeunes de quartiers.

Champs Élysées. Un camion de la police nationale est garé sur le bord de la route. Un homme rentre dans le camion et tue un policier, nommé Xavier, puis est abattu par un collègue du premier, après avoir blessé deux autres agents. L’homme est tout de suite décrit comme un terroriste se réclamant de Daesh, qui revendique l’attentat dans la nuit. Un homme est mort dans un attentat. Et cet homme fait partie des forces de répression de l’État français. A vos marques ? Partez ! Les médias se déchainent, les hommes politiques, alors réunis pour un « débat » sur les présidentielles, commentent l’épisode.

Condoléances unanimes, de l’extrême droite à l’extrême gauche, en France et à l’étranger à la famille de l’homme décédé. Communion nationale des responsables politique : certains candidats à la présidentielle interrompent leur campagne qui ne durait plus qu’une journée. François Hollande, dans un tweet, explique qu’un hommage national sera rendu. Le journal La Dépêche présente la victime comme « la 255e victime du terrorisme depuis 2012 ».

Et là, on ne peut pas s’empêcher de remarquer une différence dérangeante entre tous ces hommages et l’absence de réaction systématique chaque fois qu’un homme meurt sous les coups, les balles, les décharges de Tazer de la police. Juillet dernier, à Beaumont-sur-Oise, Adama Traoré est assassiné dans la gendarmerie de la ville, victime d’un étouffement, victime de la négligence volontaire des gendarmes qui l’ont laissé mourir dans le fourgon puis la gendarmerie, victime de la répression de l’État. 10 mois après, François Hollande n’a exprimé aucune excuse, aucune condoléance : sa seule réaction a été de faire enfermer Baguio Traoré, frère d’Adam, coupable d’avoir mené un combat pour la Justice et la vérité.

Lamine Dieng, Abdoulaye Kamara, Adama Traoré, Liu Shaoyo, Amine Bentounsi… autant de noms d’hommes, souvent arabes ou noirs, souvent habitants dans des cités, assassinés par la police durant des interpellations ou dans leurs cellules. Ils ont entre 10 et 15 ans et meurent dans les mains gantées de la police et de la gendarmerie ; ils sont des milliers frappés, blessés, humiliés tous les ans ; ils sont des centaines de milliers à être contrôlés systématiquement, au faciès. Pour eux, aucune condoléance officielle. Aucune excuse. Juste un silence qui ne signifie qu’un adoubement de ces meurtres d’État. Quand ce n’est pas le silence, c’est la répression, contre la famille Traoré, contre la famille Kamara, dont deux frères purgent plus de 15 ans en prison pour avoir dénoncé le meurtre de leur frère.

Leur silence, à l’Élysée, à Matignon, Place Beauvau montre bien leur mépris, leur inhumanité, leur volonté de continuer leurs meurtres et exactions. Alors oui, aujourd’hui, nos condoléances vont à la famille du policier. Mais demain, elles iront aussi à toutes les victimes des bombardements de la France, des USA, de Bachar Al Assad et de la Russie en Syrie et en Irak ; elles iront à la prochaine famille victime d’un assassinat policier ; à tous les noyés dans la Méditerranée face à l’Europe forteresse.




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