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Société

Fin de la trêve hivernale

Les privations et expulsions des plus précaires peuvent reprendre de plus belle !

A compter du 1er avril, les expulsions locatives ainsi que les coupures d’électricité et de gaz seront de nouveau légales après 5 mois de trêve hivernale.

Crédit photo : afp.com/JOEL SAGET

Pendant 5 mois dans l’année (du 1er novembre au 31 mars), la trêve hivernale est censée protéger les ménages en difficulté contre les expulsions locatives et les coupures de gaz et d’électricité, au-delà de cette période prévue par la loi ces dernières redeviennent légales. Une loi qui, en soi, n’empêche en rien des conditions de vie si rudes pour les plus précaires que les décès par manque de chauffage dans les habitations rythment l’hiver ; sans parler des centaines de cadavres qui s’entassent dans nos rues. Mais avec la fin de cette "trêve", ce sont des milliers de foyers se retrouvent alors confrontés à la menace de l’expulsion.

Alors même que sous la pression, des dizaines de milliers de ménages quittent eux-mêmes leur logement avant d’y être contraints par la force, les chiffres de l’expulsion sont constamment à la hausse, en particulier depuis deux ans. La Fondation Abbé Pierre signale ainsi qu’en 10 ans les assignations au tribunal ont augmenté de 20% et les expulsions effectives par les forces de l’ordre de 41% (dont 24% pour la dernière année !), l’année 2015 atteignait ainsi le scandaleux record de 168 775 procédures judiciaires dont 127 000 ayant abouti à une décision d’expulsion et 14 363 à des expulsions par les forces de l’ordre. De l’autre côté, le « taux d’effort des locataires », c’est-à-dire la part des revenus consacrée au loyer a doublé entre 1984 et 2013, d’après l’association Droit Au Logement.

Parallèlement à la reprise des procédures d’expulsion, plusieurs centres d’hébergement d’urgence seront fermés, les associations dénoncent une situation très préoccupante et signalent la saturation des services du 115 (numéro d’urgence pour les sans-abris).
Contre l’hypocrisie de la trêve hivernale qui ne protège que partiellement les locataires pendant 5 mois par an, et alors que la précarité elle ne s’arrête pas au 1er avril, car il est évident que la précarité tue et cela par-delà les saisons, plusieurs manifestations sont prévues ce samedi à paris et en province. Quant aux arrêtés municipaux « anti-expulsion » qui avaient été invalidés en tribunal administratif les années précédentes, ils font place aujourd’hui aux arrêtés « anti-mise à la rue », décidés par onze communes de banlieue parisienne pour lesquelles "Il ne s’agit plus de s’opposer aux expulsions mais de s’assurer que, lors de l’expulsion, le relogement des familles aura été assuré par l’État au regard de ses engagements internationaux et nationaux". En bref, une régression des conditions de vie des plus démunis, et un masque humaniste, ne proposant que des pansements sur des fractures en guise de plâtre.

La situation est d’autant plus révoltante alors que près de 2.6 millions de logements sont laissés vacants ! La solution urgente, et en réalité la seule pour faire face à ce désastre social, réside bien dans la réquisition de ces logements vides, dont une bonne part ne sert que les intérêts des spéculateurs. Et une solution qui ne peut être valable que dans l’immédiat, et qui doit être rendu caduque par la répartition du travail entre toutes et tous, avec interdiction des licenciements et des emplois précaires, permettant de sortir de l’extrême pauvreté toute une frange de notre camp social.




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