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Politique

Lettre ouverte du syndicat ASSO aux membres de la France Insoumise

« Les travailleur.se.s auraient peut-être eu quelque chose à dire sur leurs conditions de travail »

En février dernier, sur le site de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, on pouvait lire que son équipe avait rencontré des représentants de l'économie sociale et solidaire. Les dits représentants ? Les patrons ! Par le biais du syndicat ASSO, les principaux concernés, à savoir les travailleur.se.s de ce secteur, adressent une lettre ouverte aux Insoumis.e.s afin de répondre à cette provocation. Lettre ouverte que nous relayons.

Suite à la parution d’un communiqué intitulé « La France insoumise rencontre les représentants de l’Économie Sociale et Solidaire. » sur jlm2017.fr le 11 février 2017, notre syndicat a souhaité interpeller le mouvement de soutien de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle. Sans réponse de leur part depuis deux semaines, nous publions cette lettre.

Retrouvez le communiqué initial en cliquant ici.

Cher.e.s Insoumis.e.s,

Sur le site jlm2017.fr , vous affirmez avoir rencontré les représentants de l’économie sociale et solidaire (ESS) le 2 février dernier. En l’occurrence vous avez rencontré deux représentants de l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (UDES), c’est-à-dire des patrons de l’ESS. Et il ne s’agit pas d’un nouveau patronat responsable, social et solidaire, mais de l’organisation qui durant le mouvement social du printemps 2016 avait signé comme un seul homme avec le Medef un communiqué déplorant l’usage de la grève au prétexte que cette dernière paralysait l’économie. Sans blague ? Nous avions d’ailleurs bloqué symboliquement le siège de l’UDES le 14 juin 2016. Ce sont aussi eux qui plutôt que de dénoncer le cadeau éhonté sans contrepartie de 40 milliards d’euros au patronat qu’est le Crédit impôt compétitivité (CICE), sont venus la queue entre les jambes demander à ne pas être oubliés, notamment pour les associations. Nos associations, aussi, doivent aujourd’hui être compétitives, sans blague ? Enfin ce sont les mêmes qui co-organisent le « Prix pour l’emploi de qualité - Mon asso s’engage ! », prix décerné sans la moindre consultation de salarié.e.s. Les travailleur.se.s auraient peut-être eu quelque chose à dire sur leurs conditions de travail. Il existe d’autres organisations de l’ESS et du secteur associatif plus intéressantes à rencontrer dans une perspective de transformation sociale. Cherchez, vous trouverez !

Au-delà de nos griefs contre l’UDES, votre communication sur cette rencontre pose des questions sur les positions de la France insoumise sur la question du travail en général et plus particulièrement dans l’ESS et l’associatif.

Considérez-vous que rencontrer les patrons d’un secteur économique suffit à comprendre ce secteur ? Quelle place accordez-vous aux salarié.e.s, légitimes pour reprendre leur entreprise en faillite, mais pas assez pour parler et agir avant que le patron n’ait planté ou délocalisé sa boîte ?

Quelle vision avez-vous de l’ESS ? Partagez-vous celle de l’UDES : un tiers secteur intervenant là où le marché n’est pas performant ou sur un marché de niche ? De notre côté, nous pensons qu’aucune économie ne devrait pouvoir être autre que sociale et solidaire.

Pensez-vous que les belles idées protègent les salarié.e.s des organisations qui les promeuvent ? Notre expérience montre que non. Nous vous renvoyons aux travaux de Mathieu Hély et Pascale Moulévrier montrant que les conditions de travail dans l’ESS ne sont pas meilleures qu’ailleurs voire que la dichotomie entre les valeurs défendues et les conditions internes à l’organisation sont sources de souffrances supplémentaires au travail.

Notre avis, puisque vous ne nous l’avez pas demandé, est que nous vous attendons aussi sur la question des conditions de travail dans l’ESS et dans l’associatif.

Nous demandons :

• L’ouverture de droits complets pour tous les précaires des associations : CUI-CAE, stages et services civiques. Comptabilisation dans la masse salariale, droit au chômage, rémunération au SMIC ;

• L’organisation d’élections des délégués du personnel et l’ouverture des droits aux instances représentatives du personnel à toute association, quel que soit le nombre de salarié.e.s ;

• Un salaire minimum à 1700 € net pour un temps plein, soit le salaire médian en France ;

• Un CDI pour toutes et tous. Le CDD est dans la loi exceptionnel et doit le rester, les statuts particuliers comme le CDD d’usage, le contrat d’engagement associatif ou encore le CDI intermittent doivent disparaître ;

• Des subventions pluriannuelles au fonctionnement des associations afin de pérenniser les emplois associatifs ;

• Une implication véritable du Ministère du Travail dans l’organisation et la promotion des élections professionnelles. Il n’est pas acceptable en effet que le fiasco des élections TPE-TPA de 2016-2017 se reproduise.

Nous vous rejoignons évidemment sur l’abrogation de la loi El Khomri et le rétablissement de la hiérarchie des normes.

Au plaisir d’en discuter, si vous y voyez un intérêt,

Le syndicat Action des salarié.e.s associatifs (ASSO)




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