Notre classe

David contre Goliath. Témoignage

Licencié pour être allé aux toilettes, Ludovic gagne son procès contre Toyota après 4 ans de lutte

Publié le 1er décembre 2016

Flora Carpentier

En octobre 2015, nous publiions le témoignage de Ludovic Milice, licencié de l’usine Toyota de Valenciennes en octobre 2012 au motif de ne pas avoir assisté au discours de vœux du président du groupe, alors qu’il s’était absenté aux toilettes. Il faut croire que le ridicule ne tue pas, quand il s’agit de broyer des travailleurs pas assez dociles face à la dictature patronale. En effet, Ludovic ne se cachait pas au sein de l’usine d’être militant de la CGT, et avait fait l’objet de nombreuses sanctions disciplinaires à l’époque. Il avait aussi réussi à faire condamner Toyota une première fois en 2012, pour non versement de ses indemnités de transport. C’était sans doute l’insoumission de trop ayant précipité son licenciement, par une multinationale habituée à mener ses salariés au doigt et à la baguette.

Il aura fallu 4 ans de procédures, avec un premier rejet par le conseil des Prud’Hommes de la contestation du licenciement en novembre 2014, pour que Ludovic emporte enfin la manche contre Toyota. Cet ancien salarié de la multinationale japonaise vient en effet d’obtenir la condamnation de Toyota à lui verser 11.000 € à titre de dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, ainsi que 2.000 € pour les frais de justice. Une somme dérisoire au regard du préjudice subi, Ludovic n’ayant pas retrouvé d’emploi depuis son licenciement, mais qui demeure une petite victoire quand l’on considère les lourdes condamnations qui s’abattent contre le monde du travail et en particulier les travailleurs combatifs ces derniers temps. Nous avons recueilli le témoignage de Ludovic.

« 11.000 euros, c’est vraiment des broutilles, vu le préjudice subi. J’aurais obtenu 50.000 euros, ça aurait été mérité. C’est une souffrance qui dure depuis 4 ans, je n’arrive pas à comprendre. Mon avocat demandait plus de 60.000 euros en dommages et intérêts et 10.000 euros au titre de la discrimination syndicale. Il faut bien qu’ils me régularisent les mois de salaires perdus. Après c’est sûr que c’est une petite victoire, mais j’aimerais qu’il y ait plus de réaction du côté du monde ouvrier. C’est terrible parce que je me fais licencier, j’ai 40 ans et je ne trouve pas de boulot, je me défends comme je peux mais je galère. Les employeurs appellent Toyota qui leur dit que j’ai fait un abandon de poste, et puis les médias ont parfois mal relayé les informations. M6 a dit que mon combat était marginalisé, que j’étais seul au monde. Ca m’a foutu un coup au moral. Ils n’étaient même pas présents le jour de l’audience et ils sortent un article pareil, comment veux-tu après que je retrouve du boulot ? Donc pour moi ça reste une demi-victoire, surtout que Toyota est capable de faire appel de la décision.

Heureusement, j’ai toute ma tête, je ne suis pas dépressif, je ne bois pas, je ne fume pas. Mais d’autres à ma place, ils sont suicidaires et je les comprends, malheureusement il y a plein d’ouvriers qui se suicident et ce n’est pas étonnant. Moi je me dis qu’on ne mérite pas de mourir pour une boite pourrie comme ça.

Alors j’espère que les gens vont lutter à l’avenir. Si j’étais en poste, je pense qu’il faudrait faire grève pendant une semaine. Parce qu’une journée de temps en temps ça ne sert à rien. Pendant la mobilisation du printemps, des salariés ont perdu 10 jours de salaire et en fin de compte tout part en fumée parce qu’on en parle de moins en moins. Donc il va falloir se mobiliser. »